Une approche de la "théorie réductionniste des ovnis"

Maugé, C.: Laboratoire de Zététique, janvier 2004 Reproduction totale ou partielle interdite, sous quelque forme que ce soit, sans autorisation écrite explicite.

Introduction

Probablement de tout temps, les humains ont regardé le ciel et y ont vu des choses bizarres. Beaucoup d'entre elles ont peu à peu été acceptées comme faisant partie de l'ordre naturel, puis expliquées en termes cohérents ; mais certaines nous paraissent encore difficilement compréhensibles voire sont déclarées "impossibles" par diverses personnes, ou bien sont considérées par d'autres comme nécessairement liées à une cause radicalement étrangère à la nature et à la Terre.

Pour la période contemporaine, c'est l'observation d'un pilote privé, Kenneth Arnold, le 24.06.1947 dans la région du Mont Rainier (Etat de Washington, USA), qui déclenche chez les autorités, dans les médias et dans le grand public, la prise de conscience de ce qu'on appellera plus tard le "phénomène ovni". En ce début de guerre froide, les militaires et les services de renseignement américains se demandent d'abord si les soviétiques n'étaient pas en cause ; mais ils se convainquent rapidement du contraire. Dès lors, les commissions officielles s'endorment à moitié ou se réveillent en fonction de la pression du public et des responsables politiques, elle-même liée au nombre d'observations révélées par les médias et à l'activité des groupements privés d'étude des ovnis, dont les premiers naissent au début des années 1950s.

Toute l'histoire du phénomène est un jeu complexe d'interactions entre les différents acteurs, les ovnis eux-mêmes (quoiqu'ils soient), les témoins, le public général, les médias, les autorités politiques et militaires, les scientifiques, et les ufologues (spécialistes, le plus souvent autoproclamés, des ovnis). Il n'est pas question de développer ici cette histoire, fort embrouillée ; ni d'étudier les caractéristiques des ovnis (ou, plus exactement, les caractéristiques qu'on leur attribue), très diverses ; ni non plus de présenter leurs causes possibles (ce que le jargon ufologique appelle souvent les différentes hypothèses ­ souvent des convictions ­ sur l'origine des ovnis), très nombreuses. Le visiteur de ce Site a d'ailleurs vraisemblablement déjà quelques connaissances sur ces questions. Si ce n'était pas le cas, il pourra se reporter aux quelques ouvrages généralistes valables indiqués en note Michel Bougard (dir.), Des soucoupes volantes aux OVNI. SOBEPS ­ Diffusion J.P. Delarge, 1976. Gildas Bourdais. Enquête sur l'existence d' êtres célestes et cosmiques. Filipacchi, 1994. Hynek, J. A.: Les Objets Volants Non Identifiés : mythe ou réalité ? .Belfond, 1974. (Inexpliqué). OVNIS : un dossier brûlant. Atlas, 1984. Fernand Lagarde (dir.). Mystérieuses soucoupes volantes. Albatros (Etapes), 1973. Lagrange, P. & Clarisse Le Friant & Guillaume Godard. Sont-ils parmi nous ? La nuit extraterrestre. Gallimard/Canal+, 1997. Jacques Lob et Robert Gigi. Les apparitions OVNI. Dargaud, 1979. (Initialement publié en trois tomes : Le dossier des soucoupes volantes, 1972 ; Ceux venus d'ailleurs, 1973 ; O.V.N.I., dimension autre, 1975). James E. McDonald. Objets volants non identifiés. Le plus grand problème scientifique de notre temps ?. GEPA, 1969. Daniel Mavrakis et Marie-Pierre Olivier. Les objets volants non identifiables. Laffont, 1986.Jacques Scornaux et Christiane Piens. A la recherche des OVNI. Marabout, 1976., la plupart assez anciens (les titres récents portent souvent sur des aspects plus restreints ou ne sont guère recommandables).

Nous tenterons ici de montrer, non pas que les ovnis n'existent pas, ni même qu'ils n'existent probablement pas, mais que tout ce que nous savons du phénomène peut parfaitement s'expliquer en supposant que les ovnis n'existent pas. Ou, en d'autres termes, que ce que ce que l'on appelle souvent en France l'"hypothèse socio-psychologique" des ovnis semble bien pouvoir rendre compte de l'ensemble des données. Afin de ne pas trop alourdir ce texte, nous ne donnerons qu'un nombre limité de références ou de détails sur les divers cas mentionnés, en renvoyant pour plus de précisions aux quelques ouvrages mentionnés en notes Sources précédentes Evans, H. & Spencer, J. (eds.). UFOs 1947-1987. The 40-year search for an explanation. Fortean Tomes, 1987. Maugé, C.: "OVNI-OVI: sur un certain état de la question", Inforespace, n° 63, juin 1983 : 2-12 (a) ; n° 7 hors-série, décembre 1983 (b)..

Quelques précisions de vocabulaire

Le terme "ovni", désormais considéré comme un nom commun par les dictionnaires, est en fait l'acronyme de Objet Volant Non Identifié ­ une traduction directe de l'anglais Unidentified Flying Object (UFO), lequel a donné chez nous les dérivés ufologie (étude des ovnis), ufologue, ufologique. Nos amis québécois préfèrent parler quant à eux d'ovnilogie (ou ovniologie), qui ne semble pas avoir eu beaucoup de succès de ce côté-ci de l'Atlantique.

Les termes "objet", "volant", "non identifié" mériteraient en toute rigueur une analyse sérieuse, nous en ferons toutefois l'économie ici. Il convient par contre de différencier les différents concepts que recouvre le mot "ovni". Si le contexte l'exige, nous utiliserons donc les expressions plus précises suivantes.

Par ailleurs, de nombreuses observations associent la présence d'êtres à celle des ovnis. Divers termes sont utilisés pour les désigner, comme entité, humanoïde (en référence à leur forme habituelle), extraterrestre, alien (certes d'origine anglaise mais moins restrictif que le précédent). Sans nous interdire leur usage, le mot "officiel" retenu ici sera ufonaute.

Bien qu'il n'existe pas de classification réellement satisfaisante des différentes sortes d'observations, nous utiliserons à l'occasion pour sa simplicité et sa commodité une typologie basée sur celle de J. Allen Hynek, un astronome sceptique qui avait été le consultant de l'étude officielle des ovnis par l'US Air Force avant de devenir peu à peu un partisan (raisonnablement sérieux) des ovnis :

Les ufologues de toutes tendances utilisent trop fréquemment des termes connotés péjorativement pour désigner les "collègues" ne partageant pas leurs propres vues, comme ufophobe, "debunker", "socio-psycho" chez les tenants des ovnis pour désigner ceux qui ne croient pas à l'existence des vrais-ovnis, ou ufomane, croyant dans la situation contraire. A nouveau sans nous imposer un usage systématique, nous parlerons de partisan pour les tenants de l'existence des ovnis et d'opposant pour ceux qui penchent pour leur inexistence (ceci en traduction des termes anglais proponent/opponent, qui ne véhiculent a priori pas de sens de valeur).

Bien que les partisans puissent avoir des idées très différentes sur l'origine des ovnis, la majorité défendent l'hypothèse extraterrestre (souvent abrégé en HET) : c'est celle que nous utiliserons s'il nous faut opposer une théorie des ovnis à l'hypothèse socio-psychologique. Cette dernière expression semble toutefois impliquer que tous les cas d'ovnis allégués relèvent exclusivement de processus psychologiques ou sociologiques en un sens fort. Comme ceci n'est pas toujours nécessaire, je préfère quant à moi, en attendant mieux, parler d'hypothèse réductionniste composite ou même de théorie réductionniste composite (TRC) : car il s'agit d'une théorie cohérente prétendant réduire l'ensemble des cas de pré-ovnis à un ensemble composite de causes conventionnelles.

La TRC est a priori légitime (ce qui ne veut pas forcément dire juste ­ c'est en fait ce qu'il faudrait établir), car ses "démolitions" prétendues sont caricaturales ou au mieux très partielles. En particulier, certains ont cru démontrer successivement que les quasi-ovnis ne peuvent pas être des engins secrets, des phénomènes naturels, des expériences de type hallucinatoire. Séparément, tout ceci est vrai : tous les quasi-ovnis ne sont pas des engins secrets, etc. La TRC, elle, envisage ensemble toutes ces causes possibles, ce qui est bien différent que de les considérer l'une après l'autre. De plus, la TRC présente l'avantage d'être économique puisqu'elle ne devrait pas exiger des modifications dans le corpus des connaissances actuelles, ou en tout cas seulement des changements minimes parfaitement intégrables dans ce corpus.

Les différentes causes des rapports d'ovnis

Fondamentalement, la TRC énonce que tous les cas de pré-ovnis sont potentiellement explicables en termes conventionnels et relèvent tous de l'une des causes suivantes. Il faut bien noter que, dans certains cas, la nature réelle du stimulus peut ne jamais être découverte ; ceci concerne par exemple des observations anciennes qui n'ont pas été bien enquêtées à l'époque des faits ou des mystifications habiles dont l'auteur aurait pu disparaître sans jamais dévoiler la supercherie.

Des mystifications

Elles sont relativement peu nombreuses, vraisemblablement de l'ordre de 1 % ou au pire quelques pourcents. Outre des plaisanteries "de bistrot" n'ayant été connues que localement ou de sérieuses exagérations de journalistes, certaines ont eu un impact considérable dans les médias voire chez maints ufologues. Rappelons ainsi pour mémoire le cas du contacté américain George Adamski (20.11.1952 etc.) ; l'enlèvement allégué de Cergy-Pontoise le 26.11.1979 ; le crash de Roswell au début juillet 1947, peut-être pas pour l'existence d'un engin (américain) qui se serait écrasé à l'époque, mais vraisemblablement pour l'interprétation ufologique de l'affaire, et en tout cas pour ses développements récents (prétendu film de l'autopsie ; livre du colonel Corso ; faux documents se rapportant au MJ-12, un groupe ultrasecret qui dicterait la politique du gouvernement américain) ; ou encore les multiples aventures d'Ed Walters à Gulf Breeze (Floride) depuis 1987.

Des méprises simples

Le récit fait par le témoin est objectif, mais il a simplement étiqueté "ovni" quelque chose qui n'en est pas. Alternativement, le témoin lui-même ne parle pas d'ovni, c'est ultérieurement un ami, un journaliste ou un ufologue qui introduit cette notion. L'origine de la mésinterprétation peut être :

Des erreurs impliquant des processus psychologiques plus complexes

(le terme "psychologique" est à prendre dans un sens assez large, incluant entre autres certains processus d'origine physiologique).

  1. Illusions d'optique simples, comme la vision d'un satellite semblant avancer en zigzag dans le ciel étoilé par suite de l'effet autocinétique (dû aux saccades de l'œil), ou la banale illusion de la lune à l'horizon (où notre satellite est perçu comme plus gros qu'au zénith), pour laquelle on n'a toujours pas d'explication définitive malgré de récentes avancées.
  2. Processus de "transposition", avec 2 étapes (ceci est tiré d'un texte de Paolo Toselli Toselli, P.: "L'examen des cas d'objets volants identifiés (OVI) : le facteur humain", in Pinvidic, T. op. cit. réf. 5 : 280-301 (Lecture très vivement conseillée). qui mérite largement la lecture).
    1. Dans la "transformation projective", le témoin attribue à l'objet observé des qualités ou des comportements qu'il puise dans sa connaissance consciente ou inconsciente du phénomène ovni. On pourrait s'étonner d'une telle connaissance inconsciente, mais même des personnes non intéressées par les ovnis peuvent avoir lu en diagonale un article sur la question dans la salle d'attente de leur médecin ou vu à l'occasion un documentaire télévisé voire un téléfilm "réaliste".
    2. A un degré supérieur, c'est l'"élaboration projective", avec une augmentation considérable des éléments subjectifs, où l'observateur confère au stimulus non reconnu outre les 'constantes' des ovnis, des "capacités" d'interférence physique avec l'environnement. Toselli cite ainsi la poursuite d'automobilistes sur 10 km dans la région d'Amiens le 03.10.1954 par une boule écarlate volant en rase-mottes à 150 m du véhicule et piquant sur elle à un moment, s'arrêtant quand les témoins stoppent, tournant en spirale et changeant de forme avant de s'éloigner à grande vitesse dans le ciel : il s'agissait en fait de la Lune.
  3. Expériences en états modifiés de conscience, c'est-à-dire hors de l'état normal de veille. On peut mentionner ainsi les assez nombreuses "hallucinations" d'automobilistes fatigués par un long trajet, surtout nocturne ; ou encore les visions hypnagogiques ou hypnopompiques (lors de phases d'endormissement ou de réveil). Ces dernières en particulier semblent pouvoir expliquer un nombre important d'enlèvements "simples" : sujet endormi dans sa chambre, sensation de lumière et de présence, vision d'entités, paralysie du sujet, impossibilité de réveiller le conjoint, impression de léviter ou d'expérience de hors-corps,
  4. Expériences psychopathologiques. De tels cas existent indubitablement, ne serait-ce que pour de simples considérations statistiques, mais ils ne dépassent vraisemblablement pas 1 % des incidents ovni. C'est par exemple l'enlèvement de H. Turner aux USA le 28.08.1979 Clark, J. E.: The UFO Encyclopedia, 2nd edition. The phenomenon from the beginning. Omnigraphics, 1998, 2 volumes., ou en France le cas dit du "légionnaire" (expérience confuso-onirique et anxieuse s'apparentant au dreamy-state).
    Il convient de remarquer que contrairement à ce que pensent beaucoup de partisans, interpréter un certain nombre de manifestations d'ovnis en termes psychologiques voire psychiatriques n'est en aucune façon stigmatiser les personnes ayant vécu de telles expériences. Car non seulement l'erreur est humaine, mais elle est parfaitement banale : tous, nous commettons chaque jour des erreurs de perception, de mémoire, de logique, de jugement. De même, nous vivons tous des états modifiés de conscience, généralement sans nous en rendre compte. Et il est probable qu'une partie importante d'entre nous a eu (ou aura) au moins une fois dans sa vie une expérience relevant de la psychopathologie sans que cela signifie aucunement que nous soyons "fous". Quant aux pathologies mentales plus lourdes, ce sont après tout des maladies comme les autres, qui ne devraient nullement entraîner une dévalorisation des patients.

Des phénomènes géophysiques rares plus ou moins reconnus

comme la foudre en boule, les lumières sismiques, ou encore des halos ou couronnes solaires ou lunaires anormaux. On trouvera de multiples exemples de ces anomalies géophysiques, relativement fréquents (mais pas entièrement expliqués) ou au contraire rarissimes, dans les compilations de William R. Corliss Corliss, W. R. (comp.). Tornados, dark days, anomalous precipitations, and related weather phenomena, 1983. Rare halos, mirages, anomalous rainbows, and related electromagnetic phenomena, 1984. Remarkable luminous phenomena in nature, 2001 (réédition très augmentée de Lightning, auroras, nocturnal lights, and related luminous phenomena, 1982). Toutes les publications de Corliss sont publiées par lui-même dans le cadre du Sourcebook Project, P.O. Box 107, Glen Arm, MD 21057, USA.. Le cas des farfadets, elfes et autres jets bleus est particulièrement intéressant, puisqu'il concerne des manifestations lumineuses (de nature électrique) de la haute atmosphère observées depuis des décennies par des pilotes mais dont l'existence n'a été admise par les scientifiques que depuis les années 1990s Voir par exemple Stephen Mende, David Sentman et Eugene Wescott, "La foudre au-dessus des nuages", Pour la Science, n° 240, octobre 1997 : 48-51. Sturrock, P. A. et al., "Physical evidence related to UFO reports: the proceedings of a workshop held at the Pocantico Conference Center, Tarrytown, New York, September 29 ­ October 4, 1997", Journal of scientific Exploration, 12 n° 2, summer 1998: 179-229. Une version largement augmentée est : Peter A. Sturrock, La science face à l'énigme des OVNIS, Presses du Châtelet, 2002. Voir un résumé et une revue critique du texte original dans : Claude Maugé, "Le 'rapport Sturrock' et les preuves physiques des OVNI", Inforespace, n° 98, juin 1999 : 4-26.10 pp. 172-173 : c'est la démonstration que nous sommes loin de tout connaître sur notre bonne vieille Terre, y compris en ce qui concerne l'existence même de phénomènes finalement plutôt banals.

Des engins ou armes secrets bien humains, ou des opérations (par exemple spatiales) que l'on veut garder secrètes

pour lesquels les ovnis sont une excellente couverture. Les Etats-Unis ont ainsi pu trouver leur compte à ce que des vols d'avions espions U2 ou des lancements de missiles au large des Canaries (22.06.1976, 05.03.1979, et autres dates) soient confondus avec des ovnis. L'ex-Union Soviétique n'était pas en reste, avec ses lancements spatiaux des années 1960s ou la "méduse lumineuse" de Petrozavodsk le 20.09.1976 (lancement d'un satellite espion de la base secrète de Plesetsk). Quant au fameux « triangle belge », plusieurs types d'engins pourraient avoir été impliqués, une fois éliminées les méprises ordinaires. Et en France, il n'est pas impossible que le témoin de la fameuse RR3 de Valensole le 01.07.1965 ait vu un hélicoptère de la 6ème Flotte américaine en mission d'espionnage (je tiens cette hypothèse du physicien renommé qu'était Yves Rocard) ; les autorités auraient alors préféré laisser parler d'ovni plutôt que de devoir reconnaître une telle incursion sur notre territoire. Cela paraît d'autant plus plausible qu'un avion espion U.S. était intercepté deux semaines plus tard au-dessus de l'usine atomique de Pierrelatte (ce fut une des raisons qui décidèrent le général De Gaulle à quitter l'OTAN). De telles affaires semblent pouvoir contribuer à expliquer l'attitude certes très ambiguë des autorités politiques et militaires (nous verrons dans la section consacrée à la preuve sociologique par le comportement des autorités d'autres raisons possibles).

Le problème du "résidu" de cas solides

Existence de nombreux cas inexpliqués

Il est hors de doute qu'il existe un nombre non négligeable de cas apparemment fiables, raisonnablement bien enquêtés, et au moins en apparence irréductibles à des causes conventionnelles, en particulier parmi les cas avec effets physiques ou physiologiques durables. Bien que le nombre de ces quasi-ovnis soit probablement inférieur à certaines valeurs avancées par les partisans, il pourrait être de l'ordre de quelques milliers (dizaines de milliers si l'on est laxiste, centaines si l'on est sévère). Mais en raison des éléments suivants, il n'est pas interdit de penser que même ces cas "solides" pourraient être en réalité explicables par les différentes causes envisagées en 3 (ce qui ne prouve bien sûr pas qu'ils soient forcément tous explicables ainsi).

La valeur des enquêtes

En raison du problème de la fiabilité du milieu ufologique, on peut s'interroger sur la valeur de beaucoup d'enquêtes (y compris par plusieurs des grands noms de l'ufologie), et donc penser que nombre de cas prétendument inexplicables relèvent en fait de causes banales sans qu'on soit forcément en mesure de découvrir laquelle (ou lesquelles quand plusieurs entrent en jeu simultanément, ce qui complique bien sûr les choses).

Les classiques inexplicables mais pourtant expliqués

Il existe un nombre important de cas, y compris parmi les "classiques" ayant contribué à construire l'image du phénomène ovni, qui furent longtemps considérés comme inexplicables, mais qui furent ensuite expliqués de façon conventionnelle (souvent par des partisans). Il a pu suffire pour cela par exemple d'une nouvelle enquête, éventuellement par un ufologue moins impliqué émotionnellement dans le cas que ses prédécesseurs, de la découverte d'un détail capital, ou encore de l'intervention plus ou moins providentielle "du" spécialiste qu'il fallait. Parmi les nombreuses illustrations possibles, mentionnons seulement les quelques affaires suivantes (voir aussi celles liées à des appareils ou opérations secrets).

L'indiscernabilité entre quasi-ovnis et ovis

Au moins à première vue, les témoins des deux types d'affaires semblent être les mêmes et les récits qu'ils font aussi, que ce soit pour la trame générale ou pour les détails rapportés : conditions d'observation, descriptions de l'objet ou de l'ufonaute, effets temporaires ou durables, etc. Il convient toutefois de remarquer que cet argument seul ne prouve pas l'identité de nature des quasi-ovnis et des ovis ; car il se pourrait que des aliens "déguisent" leurs engins afin de nous tromper.

Les autres preuves de l'existence des vrais-ovnis

Au-delà de l'existence de cas apparemment inexplicables, bien réelle mais qui ne saurait à elle seule démontrer la présence de vrais-ovnis, les partisans avancent diverses preuves, directes ou indirectes, de cette existence. Elles sont elles aussi contestables à des degrés divers.

L'existence d'éléments matériels

comme les débris d'ovnis, les mutilations animales, les photographies ou films vidéo, les enregistrements sonores, est bien sûr attestée dans un assez grand nombre d'affaires. Mais il est souvent difficile de savoir s'ils sont réellement connectés à l'observation (la "trace laissée par l'ovni" n'était-elle pas présente avant qu'il ne se manifeste ?) et quel est leur caractère réel de non-explicabilité en termes conventionnels ; et, pour ce qui est des fragments supposés d'ovni ayant fait l'objet d'une analyse, aucun d'eux n'exige une origine extraterrestre. Ces constatations s'appliquent bien sûr aussi à tout les effets allégués des ovnis (pannes de moteur ou de télévision, faisceaux lumineux anormaux, effets physiologiques temporaires,). En particulier, les scientifiques réunis en 1997 au Centre de Pocantico à Tarrytown (Etat de New York) et à qui quelques ufologues soigneusement sélectionnés étaient censés présenter leurs meilleurs cas se sont plaints à propos de tels effets du manque de données incontestables Sturrock, P. A. et al., "Physical evidence related to UFO reports: the proceedings of a workshop held at the Pocantico Conference Center, Tarrytown, New York, September 29 ­ October 4, 1997", Journal of scientific Exploration, 12 n° 2, summer 1998: 179-229. Une version largement augmentée est : Peter A. Sturrock, La science face à l'énigme des OVNIS, Presses du Châtelet, 2002. Voir un résumé et une revue critique du texte original dans : Claude Maugé, "Le 'rapport Sturrock' et les preuves physiques des OVNI", Inforespace, n° 98, juin 1999 : 4-26.10 pp. 172-173.

L'authentification mutuelle des cas par les analogies qu'ils présentent

est un argument qui est invalidé par l'indiscernabilité ovni-ovi. Car lorsque divers auteurs ont voulu en donner des exemples, ils ont souvent comparé des affaires à peu près fiables à d'autres qui le sont nettement moins, ou qui ont été expliquées ultérieurement par des causes banales, voire qui l'étaient déjà à l'époque. De plus, les analogies entre ces cas sont souvent peu probantes sauf pour un ou deux traits particuliers, et les descriptions identiques d'engins ou d'ufonautes sont rarissimes (Hynek avait un jour qualifié de pandémonium l'extrême variété des ovnis).

La cohérence statistique

qui semble ressortir de diverses analyses est elle aussi mise à mal par l'indiscernabilité, mais surtout par le fait que les fichiers sont généralement saturés de cas n'ayant rien à voir avec de possibles vrais-ovnis ou même seulement avec les quasi-ovnis. Et l'on a montré à l'occasion que certains travaux statistiques connus pouvaient être très critiquables à divers égards Voir par exemple le cas étudié par l'auteur dans Pinvidic, T. (dir.): OVNI. Vers une anthropologie d'un mythe contemporain. Heimdal, 1993..

L'existence de modèles explicatifs quasi-exhaustifs et cohérents

tant au niveau des hypothèses globales qu'à celui de points plus spécifiques, pourrait être un argument solide si tant d'entre eux n'étaient pas en concurrence et surtout s'ils ne reposaient pas eux aussi sur tant de cas douteux. C'est ainsi que, dans le cadre de l'hypothèse extraterrestre, le modèle de propulsion magnétohydrodynamique (MHD) des ovnis par Jean-Pierre Petit avait pu un temps passer pour un des plus prometteurs ; mais qu'elle est sa fiabilité réelle dans la mesure où l'on sait, aux dires mêmes de l'auteur (voir plusieurs de ses livres), qu'il s'est basé essentiellement sur des documents ummites ? Car l'affaire Ummo est généralement considérée aujourd'hui comme une mystification sophistiquée, y compris par de nombreux partisans (il s'agissait de milliers de courriers à contenu "philosophique" ou "scientifique" reçus par des dizaines d'ufologues).

La preuve sociologique par le comportement des autorités

n'a guère de valeur non plus puisque ce comportement semble pouvoir s'expliquer par des causes n'ayant rien à voir avec les ovnis eux-mêmes. Commençons par éliminer tous les faux documents officiels comme ceux se rapportant au MJ-12 (voir la section sur les mystifications) ou les vrais documents trafiqués : ils pourraient bien avoir été concoctés par des partisans plus ou moins marginaux intéressés à faire fonctionner le business soucoupique. Des affaires ovnis utilisées comme couverture (voir la section sur les armes et opérations secrets), les habitudes bureaucratiques, le refus d'avouer que l'on ne sait pas ce qu'est le phénomène ou que l'on est incapable d'expliquer clairement pourquoi il n'existe pas, tout cela suffirait déjà à rendre compte d'une bonne part du comportement ambigu des autorités. Mais le facteur essentiel pourrait bien avoir été la guerre froide et la paranoïa qu'elle a provoquée dans les années 1950s-1960s, largement oubliée aujourd'hui mais bien réelle à l'époque et qui était alimentée par des risques qui n'avaient rien d'imaginaires (le monde est réellement passé près de la guerre nucléaire !). Un tel contexte rend en particulier parfaitement compte de la Commission Robertson réunie par la CIA en 1953, alarmée de voir les militaires risquer d'être accaparés par une menace imaginaire face à celle que faisaient peser les Soviétiques.

A l'inverse, on peut soutenir que les partisans, malgré la force écrasante des preuves qu'ils prétendent apporter, se sont révélés incapables en quelque 50 ans de faire globalement basculer l'attitude des deux communautés qui comptent vraiment en la matière, celle des scientifiques et celle des autorités politiques et militaires. Pour ces dernières, on doit certes s'en tenir à ce qui pourrait n'être qu'une apparence. Une telle position est en tout cas largement confortée par ce qu'on sait de la situation en Espagne Sur l'implication de l'armée de l'air espagnole, voir Vicente-Juan Ballester Olmos, Expedientes insólitos. El fenómeno ovni y los archivos de Defensa, Temas de hoy, 1995. L'article publié dans VSD Hors-série OVNIS n° 6, novembre 2003, gauchit la position de Ballester Olmos en insistant sur les aspects les plus fantastiques ou en Grande-Bretagne David Clarke et Andy Roberts. Out of the shadows. UFOs, the Establishment and the official cover up. Piatkus, 2002.. Mais aussi en France, avec les déclarations du général (en retraite) Guy Dotte-Charvy, un insider pour lequel l'attitude de l'Armée française peut se résumer à la formule : "'s'en foutre' (et je pèse mes mots) tel est le 'Grand Secret' !" Dotte-Charvy, G.: "X Files, M.I.B. et Grande Muette. Un peu d'histoire militaro-ufologique", Lumières Dans La Nuit, n° 357, août 2000 : 12-14. Voir aussi n° 361, juillet 2001 : 39-41.. Car cela me semble complètement incompatible tant avec le fait que les militaires français seraient au courant de la présence parmi nous d'éventuels vrais-ovnis, qu'avec l'existence même de ces derniers.

Les observations du passé

Elles ont elles aussi été utilisées comme preuve de l'existence des ovnis actuels, au prétexte que nos ancêtres n'avaient certes pas d'avions ou de satellites pour les confondre avec des ovnis, et n'auraient pas été capables d'inventer de telles histoires. Voire ! De nombreuses descriptions anciennes sont trop sommaires ou trop peu précises pour qu'on puisse se prononcer. Parfois, on peut aussi soupçonner tel ou tel phénomène naturel : ainsi quand Roger de Wendover nous apprend qu'en Angleterre en 555 on a vu des lances dans le quart nord-ouest du ciel, il est permis de penser à une aurore boréale. Mais surtout, il est indispensable de replacer les récits dans leur contexte historique, ce qui offre souvent un tout autre éclairage que celui apporté par nos connaissances de l'ère technologique et spatiale, surtout dans les nombreux textes ayant une fonction apologétique (sur ces questions, on peut se reporter au chapitre de Gilles Durand Pinvidic, T. (dir.): OVNI. Vers une anthropologie d'un mythe contemporain. Heimdal, 1993.).

Le milieu ufologique

Une absence globale de fiabilité

Nous écarterons d'emblée les éléments les plus contestables de l'ufologie : contactés rapportant leurs aventures cosmiques ou/et prêchant la bonne parole des extraterrestres, cultistes adeptes des précédents, paranoïaques plus ou moins délirants (pour l'un d'eux, la guerre froide n'était qu'un leurre monté par les américains et les soviétiques pour tromper les envahisseurs aliens !), ou encore quelques professionnels de la soucoupe volante ne croyant pas un mot de ce qu'ils écrivent. Ce sont pourtant souvent eux qui ont occupé le devant de la scène dans les médias.

Alors, les ufologues de base sont des gens parfaitement honnêtes et normalement intelligents, et ils ont accompli depuis plus de 50 ans une somme colossale de travail. Malheureusement, trop d'entre eux manquent d'esprit critique et de connaissances dans les méthodes et résultats des sciences de la nature ou de l'homme. En particulier, ils acceptent trop facilement les témoignages pour argent comptant sans s'être jamais interrogés sur la psychologie de la perception ou de la mémoire. Donnons à titre d'illustration un seul exemple de "symptôme" de ces insuffisances, ce qu'on peut appeler le "postulat d'indépendance des ovnis et des ovis" : le partisan admet certes l'existence de cas explicables, mais il les écarte aussitôt du champ de sa réflexion en prétendant qu'ils n'ont rien à voir avec les cas inexplicables subsistants ; c'est là une pétition de principe, car c'est justement ce qu'il faudrait démontrer.

Pris globalement donc, le milieu ufologique manque cruellement de fiabilité, ce que d'ailleurs plusieurs partisans sérieux ont reconnu C'était par exemple le cas de Jacques Scornaux, dont l'essentiel du chapitre sur la question dans Pinvidic, T. (dir.): OVNI. Vers une anthropologie d'un mythe contemporain. Heimdal, 1993. datait de l'époque où il était un ferme défenseur de l'HET. La situation ne paraît hélas guère différente du côté des ufologues majeurs, ceux dont les écrits ont bâti la pensée ufologique, y compris pour beaucoup des scientifiques intéressés par le problème ovni. Une bonne part de ces ufologues majeurs ou de ces scientifiques se révèlent être en fait de purs croyants (certains attendent même que les extraterrestres viennent enfin nous sauver de nous-mêmes), voire parfois d'authentiques délirants. Il convient toutefois de dire aussi qu'il y de remarquables exceptions à cette faiblesse globale du milieu ; ces quelques dizaines de personnes ne font hélas pas le poids face aux milliers d'autres.

Le rôle du postulat extraterrestre

Le facteur essentiel expliquant cette regrettable situation pourrait bien être le fait que de nombreux ufologues sont prisonniers d'un système de croyance qu'ils ont eux-mêmes construit en collaboration avec les médias, le "postulat extraterrestre" (les partisans dissidents tenants d'hypothèses alternatives ont vraisemblablement aussi leur propre système de croyance, différent mais tout aussi efficace). Ce "postulat" explique par des visiteurs venus d'ailleurs non seulement les observations d'ovnis mais aussi tout un ensemble de données qui leur sont plus ou moins directement corrélées, comme les mutilations animales, les disparitions mystérieuses dans le Triangle des Bermudes, les anomalies archéologiques, les cercles des cultures d'Angleterre et d'ailleurs, et bien d'autres choses encore. En admettant que de possibles extraterrestres viennent nous visiter (ceci n'est pas en soi absurde), faut-il pour cela leur attribuer, et la moindre lumière inexpliquée dans le ciel, et tout ce qui dépasse notre compréhension (en tout cas celle des auteurs sur ces questions) ?

L'évolution de l'ufologie depuis une vingtaine d'années me paraît d'ailleurs assez significative à cet égard. Après la période allant jusqu'aux années 1980s environ, où les partisans acceptaient (pour la plus grande part) l'HET mais avaient une optique fondamentalement rationnelle, beaucoup d'ufologues américains puis d'autres à leur suite en sont venus à accepter divers thèmes plus contestables. Il en est ainsi des enlèvements en très grand nombre (probablement en vue de manipulations génétiques), des écrasements de soucoupes, de l'existence de structures artificielles sur la Lune ou Mars (le fameux Visage, entre autres), du complot des autorités voulant nous cacher la présence des aliens tout en incitant Hollywood à nous sensibiliser discrètement, ou encore pour certains du Grand Complot alliant nos dirigeants à de très méchants extraterrestres. Certes tous les partisans n'ont pas succombé à une telle vision des choses, mais l'évolution des principales revues américaines me semble aller dans le droit fil d'un tel processus (une exception peut être faite pour l'International UFO Reporter publié par le CUFOS). Et si la série des X-Files (remarquable en tant que fiction) est maintenant en perte de vitesse, plusieurs lettres de lecteurs parues à l'époque de sa splendeur dans la presse spécialisée montraient que d'assez nombreux jeunes proclamaient comme des gens à qui on ne la fait pas qu'il ne faut faire confiance à personne : n'est-ce pas un peu inquiétant ?

Une littérature qui diverge de la réalité

Une conséquence du manque de fiabilité de l'ufologie et de l'indiscernabilité ovni-ovi est que la quasi-totalité de la littérature ufologique n'a rien à voir avec d'éventuels vrais-ovnis, écartant par-là même progressivement les ufologues de la réalité et donc renforçant le mythe par un effet de rétroaction positive, en construisant en nous une image de plus en plus erronée du phénomène ovni. Quel paradoxe donc : si les vrais-ovnis existent malgré tout, ce sont les ufologues qui sont en bonne part responsables de ce que les autorités, les scientifiques, et le public n'acceptent pas leur réalité

La composante anthropocentriste du phénomène

Quoiqu'il puisse être, le phénomène ovni possède une composante psycho-socio-culturelle fondamentale, dont l'importance est largement sous-estimée par les ufologues. Pourtant, cette part "anthropocentriste" est amplement démontrée par divers facteurs.

Les convergences entre le phénomène ovni (pris globalement) et diverses productions de l'esprit humain

De telles convergences sont nombreuses, mentionnons seulement les parallèles découverts par Bertrand Méheust avec d'obscurs récits de science-fiction des années 1900s-1940s Méheust, B.: Science-fiction et soucoupes volantes. Une réalité mythico-physique. Mercure de France, 1978.; les descriptions analogues à celles obtenues en états modifiés de conscience ; les ressemblances avec les observations au 19ème siècle des canaux martiens allégués ou du soi-disant satellite de Vénus ; ou encore les nettes analogies avec certaines apparitions mariales qui ne paraissent avoir aucun fondement solide, comme en Belgique en 1933-1934 ou récemment à Medjugorje.

Le cas spécifique des enlèvements

En particulier, la vogue des enlèvements par les extraterrestres présente pour l'essentiel les mêmes caractéristiques que la grande sorcellerie européenne de la Renaissance et de l'époque classique. Globalement, celle-ci a été la création des inquisiteurs. Et ceux-là le sont d'ufologues et de psychothérapeutes incompétents ou, plus simplement, convaincus de la réalité de ces enlèvements. En fait, quand un thérapeute est persuadé de la réalité des enlèvements par des aliens, de la réincarnation, de la possession par les esprits, ou de l'existence de cérémonies sataniques avec sacrifices humains, il (ou elle) en découvre systématiquement des expériences "vécues" chez certains de ses patients. Pourtant, il ne s'agit vraisemblablement que de manifestations du "syndrome de la fausse mémoire", qui se crée grâce à des influences plus ou moins subtiles sur les sujets : on en a la preuve dans certains cas allégués d'abus sexuels ou de manifestations sataniques dont des parents avaient été faussement accusés par leurs propres enfants devenus adultes Voir par exemple : Olivier Blond, « Le syndrome des faux souvenirs », La Recherche, n° 344, juillet-août 2001 : 69-71. Harriet Coles, « Vraies victimes et faux souvenirs des abus sexuels », Le Monde, 10 octobre 1997 : 27. Elizabeth Loftus, « Les faux souvenirs », Pour la Science, n° 242, décembre 1997 : 34-40.. De telles dérives devraient interpeller les partisans qui s'en sont fait les complices, ne serait-ce que par leur silence.

Les cas avec "éléments dépendants du témoin"

Dans de nombreuses expériences ovni, le contenu du récit a bien plus à voir avec l'observateur (ou l'humain en général), son passé, ses préoccupations, le fonctionnement de son cerveau, etc., qu'avec d'hypothétiques aliens. Ce sont par exemple des observations présentant ce qu'on appelait naguère des manifestations de "mimétisme psychologique", avec un joaillier ou un sacristain retraité voyant en l'air respectivement un pendentif ou des horloges, un prospecteur qui observe des ufonautes creusant un trou devant sa maison, ou des parents attendant leur fille en retard et observant de petits êtres tournant en rond dans une "lune" dans le ciel. Dans d'autres affaires, certains détails rapportés possèdent une valeur symbolique ou religieuse évidente, souvent liée aux croyances du témoin comme dans les nombreuses expériences de Betty Andreasson-Luca aux Etats-Unis ou l'enlèvement de José Antonio da Silva au Brésil. Ce sont encore des cas où le récit originel des témoins a été peu à peu modifié en raison d'influences extérieures, discussions avec des proches ou enquêtes quelque peu orientées par des journalistes ou des ufologues trop convaincus. Il n'est bien sûr pas impossible que de tels "éléments dépendants du témoin" (expression due à Luis Schönherr) puissent être liés à des ovnis objectifs, il est néanmoins bien plus simple de leur attribuer une origine purement humaine.

Fonction de l'ovni

Divers auteurs comme Michel Carrouges, Hilary Evans, Carl Gustav Jung, Alain Schmitt et d'autres ont tenté de comprendre quelle pourrait être la fonction possible de l'ovni considéré dans une perspective socio-psychologique. Pris globalement, le phénomène ovni pourrait ainsi être une manifestation de l'angoisse collective de l'humanité face au divorce de ses parts matérielle et spirituelle et face à un futur que nous ne semblons plus maîtriser. Il traduirait alors notre besoin de merveilleux en termes à peu près acceptables dans notre monde hyper-rationnel et hyper-technicisé, avec comme autrefois des sauveurs venant du Ciel, mais désormais dans des engins sophistiqués. Cela correspondrait au niveau individuel à des expériences ayant une valeur gratifiante, voire cathartique (malgré parfois les apparences : voisins ou médias se moquant des témoins, épreuves subies lors de certains enlèvements). Plus généralement d'ailleurs, des auteurs critiques sur l'existence des phénomènes paranormaux se demandent aujourd'hui si de telles manifestations, bien que relevant en fait d'explications "conventionnelles", n'auraient pas un rôle bénéfique pour ceux qui les vivent.

Conclusion

Nous avons donc avec la TRC les bases d'une hypothèse économique qui semble bien pouvoir rendre compte de l'ensemble des données du problème ovni, dans la mesure où les "faits" admis par les partisans ne sont pas forcément aussi solides qu'il y paraît et qu'ils ne le proclament. Avant de se tourner si nécessaire vers des hypothèses plus fantastiques, il convient donc de creuser sérieusement la TRC pour voir ce qu'elle a réellement "dans le ventre".

On pourra pour cela se baser sur la plupart des textes rassemblés dans l'ouvrage collectif dirigé par Thierry Pinvidic Pinvidic, T. (dir.): OVNI. Vers une anthropologie d'un mythe contemporain. Heimdal, 1993. et sur diverses contributions, en particulier celles de Martin Kottmeyer, de la 2nde édition de l'encyclopédie de Ronald Story Ronald D. Story (ed.). The Encyclopedia of extraterrestrial encounters. A definitive, illustrated A-Z guide to all things alien. New American Library, 2001. (Malheureusement extrêmement hétérogène, voire ridicule pour beaucoup d'entrées courtes. Bien que plus « croyante », la première édition était globalement bien meilleure : The Encyclopedia of UFOs, Doubleday/New English Library, 1980).. Plusieurs autres références mentionnées ci-dessous seront aussi très utiles, dont tout spécialement la critique dévastatrice des enlèvements par Kevin Randle et al. Randle, K. D.: Russ Estes et William P. Cone. The abduction enigma. Forge, 1999.. Et même diverses positions des partisans offrent d'intéressantes munitions aux opposants. Quant aux revues ufologiques, les plus utiles pour l'étude de la TRC sont certainement Ovni-Présence et son avatar Anomalies, malheureusement disparues Pour se procurer les numéros encore disponibles, se renseigner auprès de l'Observatoire des Parasciences, B.P. 57, 13244 Marseille La Plaine Cedex 01, et la britannique Magonia Magonia, John Rimmer, John Dee Cottage, 5 James Terrace, Mortlake Churchyard, London, SW14 8HB, Grande Bretagne (www.magonia.demon.co.uk).