De nombreux témoins de rencontres rapprochées du 2ᵉ ou du 3ᵉ type disent avoir été incapables de bouger pendant tout ou partie de leur observation, et une large part des récits d'enlèvement commence par une personne qui se réveille, paralysée, dans sa chambre, avec le sentiment d'une présence. Les ufologues ont attribué cette paralysie à une action des engins ou de leurs occupants, tandis que des psychologues et des médecins la rapprochent de la paralysie du sommeil, une expérience connue de nombreuses cultures qui l'ont interprétée, selon les époques, comme l'œuvre de démons, de sorcières ou d'esprits.
en La paralysie des témoins figure parmi les effets que la classification de J. Allen Hynek
range dans les rencontres rapprochées du 2ᵉ type. Dans la
plupart des cas ci-dessous, les témoins l'associent à une lumière ou à un instrument dirigé vers eux.
Le , le chef scout Sonny
Desvergers dit s'être retrouvé sous un engin en forme de disque, complètement paralysé
, sans pouvoir
bouger un muscle
, avant de réussir à s'en éloigner lentement, quelques pas à la fois.
Le à Quarouble,
Marius Dewilde raconte qu'au moment où il s'élançait vers deux petits êtres en
scaphandre, une lumière puissante l'aveugla : J'étais comme paralysé. Je tentai de bouger, mais mes jambes ne
m'obéissaient plus.
Une semaine plus tard, un agriculteur de la région de Cenon (Gironde)
aurait été immobilisé de la même manière par une créature semblable. Le
à Marcilly-sur-Vienne, le contremaître
Georges Gatay, qui dit s'être senti envahi d'une certaine torpeur
avant de voir un
homme casqué devant un dôme brillant, se dit resté comme cloué au sol
pendant toute la scène, tout comme ses
ouvriers.
Le à Valensole,
Maurice Masse déclare qu'un des deux petits êtres qu'il approchait a pointé vers lui
un tube, et qu'il s'est alors trouvé totalement immobilisé
: Je ne ressentais rien, je n'étais pas
engourdi ni contracté, mais je ne pouvais pas faire un seul geste.
Il dit être resté immobilisé encore
après le départ de l'engin. En ,
Raoul Robé
relève que la paralysie du témoin par un tube figurait déjà dans une bande
dessinée parue en et rééditée en .
Le à Pascagoula,
Charles Hickson dit avoir été emmené à bord d'un engin où il flottait, totalement
paralysé
, seuls ses yeux restant mobiles ; dans la conversation enregistrée à leur insu au bureau du shérif, il
dit à Calvin Parker : A ce moment-là j'ai été paralysé. Je ne pouvais pas
bouger.
Le , à Bahia Blanca, Carlos Alberto Diaz
raconte qu'après un éclair aveuglant il n'a plus pu bouger, puis s'est senti soulevé du sol avant de s'évanouir.
En , lors des observations de Colares, Claudomira Paixão, qui
dormait dans un hamac, dit avoir été réveillée par une lumière et avoir vu une silhouette pointer vers elle un
instrument : je ne pouvais pas bouger mes jambes. J'étais paralysée.
Le colonel
Uyrangê Hollanda, qui dirigea l'enquête militaire sur ces observations, rapporte que les
habitants décrivaient une lumière verte qui les paralysait, suivie d'un rayon rouge qui les brûlait.
Le , près de Sayama (Japon),
dit s'être senti paralysé tant qu'une créature appuyait contre sa tempe un
tuyau émettant des sons aigus, pendant que le moteur et les phares de sa voiture refusaient de fonctionner.
Le à Gulf
Breeze, Edward Daniel Walters dit avoir été immobilisé par un
rayon de lumière bleue, puis paralysé par un rayon de lumière blanche le ;
une maquette ressemblant à ses photographies a ensuite été retrouvée dans son ancienne maison.
À Haravilliers, le conducteur d'une voiture qui dit
avoir été survolée par un engin le affirme plus tard que ses occupants
nous avaient paralysés
.
Une paralysie est aussi rapportée dans des récits plus anciens et étrangers à l'ufologie : le
, Bernadette
Soubirous dit que son bras est resté paralysé lorsqu'elle a voulu faire le signe de croix devant la
belle dame
de la grotte, jusqu'à ce que celle-ci le fasse elle-même.
En , Vicente-Juan Ballester-Olmos
et
Richard W. Heiden soulignent que ces expériences de rencontres rapprochées au sol diffèrent
sensiblement de la paralysie du sommeil et des visites au coucher, puisqu'elles se produisent à l'état de veille,
alors que le témoin est occupé à des activités ordinaires, la plupart la nuit mais sans lien avec le sommeil, et
parfois en plein jour .
C'est le cas de Masse, qui travaillait dans son champ à l'aube, ou de Gatay, sur son chantier en plein après-midi.
Pour les ufologues qui tiennent ces récits pour exacts, la paralysie est un effet des engins ou un moyen employé par
leurs occupants. En , le physicien Auguste Meessen
rassemble plusieurs cas de paralysies provoquées à distance
, qui s'expliqueraient selon lui probablement par
une action électrique sur le système nerveux . La même année,
James M. McCampbell
note que ces paralysies ne causent pas de blessure et durent le plus
souvent juste assez pour permettre aux occupants de s'éclipser . En ,
Jean Goupil
suppose qu'un même dispositif pourrait localiser un témoin puis le paralyser
en agissant sélectivement sur ses commandes motrices .
En , Mark Rodeghier
, qui étudie les
interférences électromagnétiques avec les véhicules,
remarque que la paralysie ne figure que dans quelques-uns des cas de ce type . En
, McCampbell
propose que des micro-ondes pulsées induisent dans les nerfs des
potentiels d'action qui annuleraient les commandes volontaires, tout en reconnaissant qu'aucune expérience sur l'humain
ne vient vérifier cette analyse .
Un grand nombre de récits d'enlèvements se situent dans la chambre à coucher, et la
paralysie y tient une place centrale. En ,
Linda Napolitano 🤥 dit avoir ressenti, en se couchant, un engourdissement paralysant gagner
tout son corps, qu'elle connaissait comme le prélude d'un enlèvement, puis avoir vu un gris apparaître dans la chambre alors qu'elle était totalement paralysée et
ne parvenait pas à réveiller son mari. Jim Weiner, un des enlevés de l'Allagash, décrit à ses médecins, pendant le
traitement d'une épilepsie consécutive à une blessure à la tête, des réveils en pleine nuit face à des créatures
étranges, la lévitation depuis son lit et une paralysie temporaire pendant qu'on lui faisait quelque chose aux organes
génitaux. Nina Hagen dit avoir été incapable de réveiller ses amis endormis à côté d'elle,
étant comme paralysée pendant l'observation nocturne qu'elle situe en à
Malibu (Californie). Chez Betty Andreasson
, en
, c'est toute la famille qui serait restée figée dans une sorte de transe
pendant la visite des êtres.
Les hommes en noir apparaissent aussi dans ce cadre : en
, Albert K. Bender
raconte que trois de ces hommes lui
sont apparus un soir où il était allongé dans sa chambre, à somnoler, leurs visages
se précisant peu à peu dans la pièce.
En , plusieurs auteurs décrivent ce scénario comme typique. Pour
Peter Huston, beaucoup de récits d'enlèvement commencent par une personne qui se réveille
saisie de peur, incapable de bouger, avec le sentiment d'une présence qu'elle ne peut voir dans la pièce, facteur que
Budd Hopkins
écartait de ses enquêtes .
Thomas E. Bullard résume le récit type par une dormeuse qui se réveille incapable de bouger
et que des humanoïdes font flotter jusqu'à un vaisseau ,
et le psychologue Jorge Conesa-Sevilla compte la paralysie corporelle et la lévitation
parmi les éléments canoniques de ces récits .
Le psychologue Richard Noll observe que la grande majorité des récits d'enlèvement des
années 1980 et 1990 ne comportaient pas d'observation d'ovni et se déroulaient le plus souvent dans une chambre, alors
que la personne était seule .
Les cliniciens Hélène Lansley et Thomas Rabeyron rapportent le cas d'un homme qui dit avoir été réveillé à 18 ans, à 5 h du matin, par une lumière blanche dans sa chambre, puis s'être retrouvé sur une table froide entre deux gris . L'enquêteur Leonardo B. Martins décrit une jeune Brésilienne qui dit avoir reçu la visite d'extraterrestres dans sa chambre, incapable de bouger et d'appeler son compagnon endormi, avant d'être emportée dans un vaisseau pour une grossesse et un accouchement instantanés ; il a retrouvé des signes de paralysie du sommeil tout au long de sa vie, et la même scène dans un épisode de la série The X-Files qu'elle regardait enfant .
Le sondage Roper sur lequel Hopkins
, David Jacobs
et Ronald M. Westrum
fondent en
leur estimation de 3,7 millions d'Américains probablement enlevés retient
comme premier « indicateur » d'enlèvement le fait de s'être réveillé paralysé avec le sentiment d'une
personne, d'une présence ou de quelque chose d'étrange dans la pièce
, rapporté par 18 % des personnes
interrogées .
L'atonie musculaire est une conséquence normale de l'entrée dans le sommeil paradoxal (à mouvements oculaires rapides) : tout dormeur qui y entre est « paralysé ». La paralysie du sommeil survient lorsque cette atonie se manifeste à l'endormissement ou au réveil chez une personne consciente, qui se trouve alors temporairement incapable du moindre mouvement volontaire . Les mouvements des yeux et de la respiration restent possibles. L'épisode, qui peut durer plusieurs minutes, survient le plus souvent au réveil et s'accompagne alors souvent d'hallucinations hypnopompiques (celles de l'endormissement sont dites hypnagogiques) : impression d'une présence, d'être tiré ou manipulé, vibrations, lumière, bruits, avec une émotion allant rarement de la simple curiosité, et le plus souvent de la panique à la terreur . Elle survient typiquement lorsqu'on dort sur le dos, et s'accompagne parfois d'une sensation d'oppression dans la poitrine et de la peur d'une mort imminente .
En , une étude de J. Allan Cheyne et de ses collègues distingue dans ces hallucinations un facteur « intrus » (présence ressentie, peur, hallucinations auditives et visuelles) et un facteur « incube » (pression sur la poitrine, difficulté à respirer, douleur), qu'ils expliquent par la neurophysiologie du sommeil paradoxal (la pression sur la poitrine par l'effet de l'inhibition des motoneurones sur la perception de la respiration) et rapprochent des récits d'agressions nocturnes, remarquablement constants d'une époque et d'une culture à l'autre .
Les estimations de sa fréquence varient beaucoup. Selon le médecin Daniel Mavrakis, 40 à 50 % des sujets normaux peuvent en connaître au moins une fois dans leur vie, et environ un narcoleptique sur trois en présente . Une revue systématique de portant sur 36 533 personnes aboutit à 7,6 % de la population générale ayant connu au moins un épisode, 28,3 % des étudiants et 31,9 % des patients psychiatriques .
En , une étude du psychologue Nicholas P. Spanos et
de ses collègues constate que les expériences d'ovnis « intenses » (voir et communiquer avec des extraterrestres,
temps manquant) sont plus souvent liées au sommeil que les observations de simples lumières, sans que leurs auteurs
présentent davantage de psychopathologie . En , la psychologue
Susan Blackmore
suggère que la meilleure explication de beaucoup d'expériences
d'enlèvement est qu'elles sont des élaborations de la paralysie du sommeil : une personne qui ignore ce phénomène et
a vu des émissions sur les enlèvements peut penser à des extraterrestres, que l'état intermédiaire entre veille et
sommeil rend très réels, et l'hypnose rendre ces souvenirs tout à fait convaincants. Elle constate aussi que, chez
des étudiants, la connaissance de l'apparence des extraterrestres est liée au temps passé devant la télévision plutôt
qu'aux « indicateurs » du sondage Roper .
En , Katharine Holden et Christopher C. French avancent que la paralysie du sommeil pourrait être impliquée dans beaucoup de ces récits, que les enlevés pourraient être plus enclins aux faux souvenirs que la population générale, sans présenter de taux plus élevé de psychopathologie grave . En , Richard J. McNally et Susan A. Clancy évaluent dix personnes disant avoir été enlevées, dont les affirmations sont liées à des épisodes apparents de paralysie du sommeil au cours desquels des hallucinations hypnopompiques ont été interprétées comme des extraterrestres, et concluent que les gens s'appuient sur des récits culturels qui leur paraissent plausibles pour interpréter ces épisodes déroutants . La même année, Clancy établit que la paralysie du sommeil, des antécédents d'hypnose et une préoccupation pour le paranormal prédisposaient ses sujets à cette croyance .
En , plusieurs chapitres d'un même ouvrage développent ce rapprochement.
Joe Nickell
interprète l'enlèvement de Pascagoula comme une expérience hypnagogique de Hickson,
peut-être assoupi, la paralysie dont il parle ressemblant à celle du sommeil ,
et Mavrakis juge le récit de Bahia Blanca compatible
avec des hallucinations hypnagogiques et une paralysie du sommeil .
Le psychologue Olivier Dodier relie la dissociation, la propension à l'imaginaire et les
faux souvenirs aux troubles du sommeil, en particulier à la paralysie du sommeil, dont les hallucinations peuvent
facilement être interprétées comme la présence d'extraterrestres .
Conesa-Sevilla, qui a étudié pendant des années la paralysie du sommeil isolée, souligne qu'elle est à distinguer de
celle de la narcolepsie, et que le sentiment de présence qui l'accompagne peut expliquer des histoires de fantômes
comme d'« extraterrestres » .
Giulio Perrotta relève chez les personnes disant avoir été enlevées des antécédents de
paralysie du sommeil et d'autres troubles du sommeil .
Le chercheur sur le rêve lucide Michael Raduga, qui dit avoir reproduit à volonté des rencontres d'extraterrestres au coucher dans deux expériences de masse, propose une liste de marqueurs de la nature onirique de ces récits, dont l'un des deux premiers, obligatoires, est que le « témoin » soit en état de paralysie du sommeil ou ressente des « vibrations » (l'autre étant qu'il se réveille, s'endorme, fasse une sieste ou médite) ; il précise que ces marqueurs n'ont pas encore été testés .
Cette explication ne fait pas l'unanimité. Noll estime qu'une grande partie de ces « explications » repose sur des
arguments par analogie (les récits « ressemblent » à la paralysie du sommeil, à des faux souvenirs, etc.) sans preuve
de causalité dans des cas précis, et que l'étude de Clancy porte surtout sur des sujets qui n'avaient aucun souvenir
d'enlèvement .
Blackmore
rapporte qu'un étudiant qui disait avoir vécu les deux expériences lui a affirmé qu'elles n'avaient rien à
voir, avant que l'« implant » qu'il lui confia ne se révèle, au microscope électronique, être de l'amalgame dentaire . Enfin,
comme le rappellent Ballester-Olmos et Heiden, les paralysies rapportées dans les rencontres rapprochées en plein air
et à l'état de veille ne relèvent pas du sommeil .
L'expérience de se réveiller incapable de bouger face à un intrus terrifiant est reconnue dans de nombreuses cultures . Le mot même de cauchemar vient du picard cauchier (presser) et du moyen néerlandais mare (fantôme) , comme l'anglais nightmare : c'est à l'origine un être qui vient presser le dormeur. La peinture de Johann Heinrich Füssli exposée à la Royal Academy de Londres en montre un tel incube accroupi sur la poitrine d'une femme endormie, une tête de cheval (la « jument de la nuit ») surgissant derrière le rideau . Peinte en , elle est conservée au Detroit Institute of Arts .
En , le folkloriste David J. Hufford publie une étude de la « vieille sorcière » (Old Hag) de Terre-Neuve (Canada) : la victime se sent immobilisée, étouffée et terrifiée par une entité malveillante . Selon Bullard, Hufford montre que cette expérience d'agression nocturne est universelle et ne découle pas des idées tirées de la tradition : c'est une expérience réelle, dont la base la plus probable est la paralysie du sommeil accompagnée d'hallucinations, qui a donné naissance à la tradition, et non l'inverse ; Bullard note que ces expériences semblent nourrir certains cas, peut-être beaucoup, d'enlèvement par des ovnis .
Au Japon, une enquête de a montré la forte prévalence du
kanashibari, nom local de la paralysie du sommeil . Blackmore
cite aussi
les sorcières qui « chevauchent » les dormeurs en Angleterre, le kokma de Sainte-Lucie ou le
popobawa de Zanzibar, et se demande si l'enlèvement extraterrestre n'est pas le mythe moderne de la paralysie
du sommeil . Perrotta mentionne les Inuits du Canada, qui attribuent la paralysie
à des sorts de chamans, la tradition japonaise d'un esprit vengeur qui étouffe ses ennemis pendant leur sommeil, le
démon femelle de la culture nigériane, et la Pisadeira du folklore brésilien, une sorcière aux
longs ongles qui piétine la poitrine des dormeurs .
Selon le sociologue Joseph A. Blake, Jerome Clark
et
Loren Coleman rapprochent les récits de contacts avec des fées, de visions religieuses et d'enlèvements par des ovnis, qui ont
tous selon eux des éléments de rêve : sensation de flotter, perception floue, distorsion du temps, et souvent paralysie
ou immobilité . Bullard compare de même les
enlèvements aux enlèvements par les fées, aux voyages dans l'au-delà et aux initiations chamaniques .
Beaucoup de souvenirs d'enlèvement n'ont été « retrouvés » que sous hypnose, souvent à partir d'un déclencheur comme une observation d'ovni, des ecchymoses inexpliquées, un temps manquant ou une paralysie du sommeil, alors que l'hypnose favorise la formation de faux souvenirs . Conesa-Sevilla note que ni fantômes ni « extraterrestres » n'apparaissent lorsque la paralysie du sommeil et le sentiment de présence sont déclenchés en laboratoire, et juge l'hypnose inadaptée pour examiner ces récits .
Perrotta voit dans la paralysie du sommeil un exemple de la manière dont un même phénomène biologique est interprété et façonné par différents contextes culturels : démon ou sorcière autrefois, gris aujourd'hui. La fiction fournit aussi des modèles, de la bande dessinée dont Robé pense qu'elle a influencé le témoignage de Masse à la série télévisée qu'avait regardée la jeune Brésilienne de Martins.
Le récit inverse existe aussi : le docteur X dit avoir constaté, dans les jours suivant son observation de , la disparition des séquelles d'une paralysie partielle due à une blessure de guerre.