A propos d'un phénomène spatial non identifié dénommé "OVNI"

Alexis, G. (lieutenant-colonel, chef du bureau de Prospective et d'Etudes de l'Etat-Major de l'Armée de l'Air): Phénomènes Spatiaux n° 48, juin 1976, pp. 3-10

Depuis l'année dernière, la presse spécialisée ou non et la télévision, donnent une place de plus en plus grande aux ovnis. Certes, l'intérêt du public pour ce sujet n'a pas encore atteint le niveau de 1954 qui conduisait, le 22 octobre NDLR: Le 7 en fait, 2 parlementaires : M. Jean Nocher et M. Léotard, à déposer une question écrite auprès du secrétaire d'Etat des forces armées, sur le rôle des armées dans ce domaine. Il est vrai qu'en 1974, M. Galley, alors ministre de la Défense, l'a rappelé clairement lors de son interview sur France Inter.

Il paraît néanmoins utile en raison de l'actualité du sujet de rappeler la mission de l'armée de l'air en la matière, de présenter le dossier ovni détenu par celle-ci et de résumer les diverses théories qui s'affrontent en France.

Le rôle de l'Armée dans ce domaine

A la fin de la dernière guerre mondiale, un bureau scientifique était créé au ministère de l'Air pour suivre l'évolution des techniques et des technologies aérospatiales et la progression des connaissances du milieu aéroterrestre et spatial dans lequel évoluent les aéronefs et les satellites. Il est devenu par la suite un bureau de prospective et d'études, mais ses missions n'ont pas changé.

En 1951, date à laquelle la vague de témoignages sur l'apparition de "Mystérieux Objets Célestes" a pris de l'ampleur en France, ce bureau a ouvert (de sa propre initiative) un dossier sur le sujet afin de mieux connaître la nature et la localisation de ces apparitions dans l'espace aérien national.

En 1954, le secrétaire d'Etat des forces armées a demandé à l'armée de l'air de suivre désormais cette question d'une façon officielle.

Une instruction de l'état-major de l'armée de l'air a concrétisé cette décision. Il a été demandé à tous les grands commandements de transmette au bureau scientifique "air" tous les témoignages d'"ovni" qui seraient recueillis sur leur territoire.

La mission de l'armée de l'air dans ce domaine est très nettement délimitée. Le rôle de l'état-major de l'armée consiste uniquement à examiner si, parmi les témoignages qui lui sont transmis, certaines informations sont susceptibles d'intéresser la défense nationale : or ce n'est pas le cas comme nous le verrons par la suite.

Dès lors, il est donc clair qu'il n'est pas dans ses attributions de se prononcer sur l'origine d'un phénomène aussi étrange ou de mettre en cause la véracité des observations qui lui sont transmises officiellement, soit par la gendarmerie, soit par les grands commandements territoriaux ou opérationnels.

En revanche, il lui appartient, chaque fois que cela est possible, de corréler ces observations avec des phénomènes "aérospatiaux réels" qui, dans des circonstances atmosphériques données, peuvent très bien être interprêtées par des observateurs non spécialisés comme des phénomènes étranges.

Après exploitation es dossiers sous l'angle défense nationale, ceux-ci sont adressés au CNES pour être examinés scientifiquement.

En 1976, l'étude des rapports enregistrés depuis 25 ans maintenant par l'armée de l'air, n'a permis de mettre en évidence que les faits suivants vus :

Echantillonnage de la population des témoins français

La répartition des témoins français, par activité sociale, peut se résumer comme suit. Elle met en évidence qu'il n'existe pas de couche sociale privilégiée.

A l'étranger, les observations faites par les pilotes civils et militaires, les militaires et les ingénieurs, sont nettement plus élevées. Par contre, elles sont moins nombreuses chez les ouvriers, les techniciens et les agriculteurs.

Pour ce qui concerne l'âge des témoins, on note la répartition suivante, également identique à celle relevée à l'étranger et semble-t-il proportionnelle aux tranches d'âge de la population française :

Ayant fait connaissance avec les témoins, il convient de s'interroger sur la valeur de leurs témoignages et sur la crédibilité à leur accorder.

Dans la très grande majorité des cas, on peut dire que les témoins sont de bonne foi, leur identité est dans les 3/4 des cas connue. Depuis 1954 ces témoignages font l'objet d'un rapport de gendarmerie adressé à l'état-major de l'armée de l'air.

En règle générale, les observations sont effectuées par plus de 2 personnes adultes.

Enfin, si l'on en juge par la répartition des témoins sur une carte de France, on constate que le nombre de témoignages est (fortuitement ou non) proportionnel à la densité de la population.

On note par ailleurs une nette amélioration dans la description du phénomène. Dès lors qu'il s'agit d'exploiter ces renseignements et notamment de les corréler avec les "événements connus" aérospatiaux ou physiques, les moindres détails comptent énormément.

L'analyse des témoignages

Les corrélations faites aux différents échelons permettent de dire que dans 80 % des cas, les observations "étranges" sont, sans aucun doute possible, dues à des phénomènes aérospatiaux connus. Elles démontrent à l'évidence que le témoin a bien observé avec précision un phénomène étrange pour lui mais qui existe réellement puisque à partir de cette description on peut corréler ses dires avec des "événements" aérospatiaux ou physiques qui se sont bien déroulés sur les lieux de l'observation à l'heure dite ; il devient alors improbable que les cas restant inexpliqués soient purement inventés.

L'exploitation des témoignages

Par souci d'objectivité, en France, ne sont retenues pour un examen scientifique que les observations inexpliquées faites sur un même phénomène par au moins 2 personnes adultes. Le volume des témoignages ainsi retenus pour la période 1951-1975 est de 150 cas environ, ce qui représente 8 % du volume initial des témoignages.

On peut en tirer les enseignements suivants :

Conditions dans lesquelles les observations on été effectuées

Répartition des 20 cas d'"atterrissage" signalés en rappelant qu'il n'existe aucune photo de ces cas particuliers

Parmi ces 20 cas, 8 seulement mentionnent des traces d'empreintes diverses sur le sol.

Caractéristiques du phénomène

Le moins que l'on puisse dire est que la forme des phénomènes observés, leurs dimensions, leurs couleurs, etc. sont des plus variables comme on peut en juger par les tableaux ci-après :

Dimensions

Là encore on retrouve une très grande dispersion des données. Chaque cas semble être un cas particulier. Dans 38,64 %, il n'existe pas d'information. Dans 41,82 %, il s'agit d'un diamètre apparent qui ne peut pas être restitué en raison de l'imprécision sur la distance. Dans 4 % des cas, le diamètre est de l'ordre de 1 m. Dans 4,5 % des cas de l'ordre de 7 à 10 m. Dans les autres cas, il varie de 1 m à 70 m.

Vitesse et trajectoire

Cette variation de vitesse constatée dans les déplacements des phénomènes observés peut s'expliquer par le fait qu'elle correspond à des portions de trajectoires qui ne sont pas identiques comme l'indique le tableau ci-dessous :

Emissions observées
Effets sur les témoins et effets divers

En France, l'effet de surprise mis à part, on ne constate sur les témoins ont fait part de leurs observations à la gendarmerie, que des effets mineurs. Aucun d'eux n'a été traumatisé par l'apparition du phénomène ou n'a vu son psychisme modifié.

A ce jour, aucun d'eux ne prétend avoir reçu "une mission" et n'a créé un groupe idéologique se prétendant être l'émanation prophétique de l'"apparition".

De même, les animaux domestiques semblent peu perturbés par le phénomène. Dans 5,46 % des cas, une manifestation de frayeur est constatée.

Répartition des observations dans le temps

Depuis 1951, on constate une certaine périodicité dans l'apparition massive des phénomènes avec des pointes nettement marquées en 1954, 1964, 1967 et 1975.

Dire, comme certains "ufologues" le pensent, qu'il y a une "fenêtre" spatiale pour l'apparition de ces phénomènes au niveau de notre planète semble prématuré, pour 2 raisons :

  1. on ne dispose encore que de trop peu de statistiques pour en tirer une loi théorique mathématiquement acceptable ;
  2. les chercheurs scientifiques, les astronomes n'ont pas pu encore trouver de conjoncture spatiale particulière de l'univers qui corresponde à cette "périodicité".

Seule une donnée a pu être mise en évidence par M. Poher : il semble exister une corrélation entre les observations d'ovnis et les fluctuations passagèrement anormales du champ magnétique terrestre.

Au niveau global du phénomène, on ne peut donc retenir que les points suivants :

Les thèses sur les ovnis qui s'affrontent en France en 1975

On pourrait arrêter là la description rationnelle des faits tels qu'ils se présentent aujourd'hui, mais il semble plus opportun de jeter, pour conclure, un coup d'oeil sur l'actualité et de présenter les diverses thèses élaborées en France sur ce sujet, à partir de cette masse de témoignages que nous venons de résumer.

A ce propos, nous soulignons que ces thèses sont toutes fondées sur les témoignages qui ont servi à élaborer les statistiques qui viennent d'être présentées. Toutefois, un grand nombre de celles-ci ne prennent en compte que certains paramètres qui ne tiennent pas compte de la répétitivité statistique des phénomènes décrits. Elles ne permettent donc pas d'expliquer l'ensemble du phénomène.

Ces thèses, qui abondent dans la littérature spécialisée, peuvent se regrouper en 4 familles.

La négation du phénomène

Les négateurs du phénomène déclarent que les 8 % des cas retenus en général comme "étranges et crédibles", mais que la science contemporaire est incapable d'expliquer, ne sont que le fruit d'une hallucination individuelle ou collective involontaire de la part d'individus mal à l'aise dans la civilisation de consommation matérialiste actuelle. Ils sont donc conduits à attribuer un caractère transcendant à des phénomènes naturels, à leur insu.

Pour étayer cette thèse, ils s'appuient sur les hypothèses suivantes :

En fait, ils reprennent à leur compte les conclusions du Rapport Condon. En effet, en 1968, pour tenter de faire le point sur cette affaire, le Pentagone a transmis à un groupe d'experts réunis à l'Université du Colorado sous la présidence du docteur en physique Edward U. Condon, tous les témoignages d'"ovnis" en possession de l'US Air Force.

Cette étude a coûté 313 000 $ ; les conclusions sont déposées dans un rapport de 1465 pages et publiées en anglais dans sous le titre "Scientific Study of Unidentified Flying Objects" ("UFOs") diffusé par le New York Times Books. Il a eu assez de poids pour convaincre le Pentagone, l'USAF et la RAF de mettre un terme à leurs activités officielles en la matière. Il concluait en effet que :

Les ovnis existent

Les tenants de cette thèse sont partagés en 2 écoles qui, tout en se basant sur les mêmes hypothèses, divergent quant à la finalité des ovnis. Toutes les 2 admettent l'hypothèse d'un civilisation extra-terrestre en s'appuyant sur les points suivants :

Partant de ces 2 postulats, il existerait donc des êtres intelligents qui auraient réussi à capter ces lignes de force pour propulser les ovnis vers la Terre Une ébauche de théorie physique du mode de propulsion des ovnis a été présentée par le lieutenant Plantier en 1953. Elle a paru dans Forces Aériennes Françaises (n° 84 de septembre 1953).

A partir de ces données, la 1ère école n'y voit que la manifestation d'une civilisation qui explore la Terre, comme nous Mars et Vénus.

La 2ème école au contraire néglige l'aspect matériel des ovnis, tout en admettant leur origine extra-terrestre, pour ne retenir que leur impact parapsychologique sur notre civilisation depuis des siècles. Pour elle, la seule chose intéressante est le contact des humains avec les envoyés d'un centre de contrôle et les mutations meta-logiques Phénomènes psychologiques qui modifient le comportement des êtres humains après communication avec les "humanoïdes".

Leurs conclusions sont :

L'expectative scientifique

En dehors de ces thèses fortement engagées en faveur de ou contre les ovnis, il existe une autre thèse très simple qui consiste, en se basant sur les témoignages, à admettre l'existence d'un phénomène et à constater que présentement aucune explication ne peut être donnée sur son origine ou sa nature.

Il faut remarquer, sans pour cela affirmer que le phénomène est physique, qu'il a fallu plus de 2 siècles pour comprendre la nature et l'origine de phénomènes aussi étranges que l'étaient à l'époque les feux follets et la foudre en boule.

Conclusion

En l'état actuel de nos connaissances, il semble difficile de conclure autrement qu'en constatant l'impuissance de la science dans ce domaine. Ce phénomène ne pouvant présentement être analysé à l'aide d'instruments de nature connus, ce n'est en définitive que grâce à l'accumulation de témoignages décrivant d'une façon précise, non seulement le phénomène, mais encore toutes les données physiques de l'environnement, que les chercheurs pourront peut-être un jour avoir la chance de découvrir les paramètres qui permettront de mieux l'interpréter.

Tout en faisant preuve d'une grande ouverture d'esprit, il faut se garder de conclusions hâtives quant à la nature et à l'origine du phénomène et admettre qu'actuellement le problème reste posé, comme bien d'autres dans le domaine spatial.