1Ce texte repr�sente la r�daction du cours du mercredi 9 mars 1983, donn� par le GERP pour la session 82-83 .

Dans la s�rie cours du GERP, ce cours fait suite � ceux de Fran�ois Favre sur les apparitions et de Claude Maug� sur les ovnis. Son but est de pr�senter un parall�le entre la parapsychologie et l'ufologie. Seront abord�es leurs diff�rences, puis leurs convergences, selon une approche historique, puis au niveau des ph�nom�nes. Enfin 2 cas pr�cis seront pr�sent�s, qui montreront que la subtilit� des arguments apport�s par les ufologues et les spirites pour d�fendre leurs croyances ne c�dent en rien � celle des arguments apport�s par les parapsychologues pour d�fendre les leurs.

Les diff�rences entre ufologie et parapsychologie

Historique

Tandis que la parapsychologie est une vieille discipline, l'ufologie est une discipline r�cente.

Le mot "parapsychologie" a �t� introduit en 1889 par l'Allemand Max Dessoir, et repris en 1934 par Joseph B. Rhine, auquel il doit son extension actuelle.

Le mot "ufologie" date, quant � lui, des ann�es 1960s. Il provient de l'anglais UFO, abr�viation de Unindentified Flying Object, c'est-�-dire Objet Volant Non Identifi�.

L'�tude des ph�nom�nes parapsychologiques remonte � la fin du XIX�me si�cle. Depuis cette �poque, des groupes entiers de ph�nom�nes, comme ceux li�s aux grands m�diums � effets physiques, ont eu le temps d'appara�tre puis de dispara�tre. La th�orie a eu le temps de se d�velopper au point d'atteindre une phase de saturation dont sont t�moins les Congr�s Internationaux des ann�es 1920s.

L'�tude des ovnis remonte par contre � 1947. Ainsi, alors que plusieurs g�n�rations de chercheurs ont �tudi� les ph�nom�nes parapsychologiques, une bonne partie des ufologues actuels ont �t� les t�moins des d�buts m�mes de leur discipline.

Approches utilis�es

Longtemps, parapsychologie et ufologie n'ont pas retenu les m�mes hypoth�ses ni utilis� les m�mes disciplines scientifiques.

L'hypoth�se pr�f�r�e des ufologues a longtemps �t� l'hypoth�se extra-terrestre (abr�viation : HET) : les ovnis sont pilot�s (HET au 1er degr�) ou envoy�s (HET au 2nd degr�) par des extra-terrestres. Les disciplines sollicit�es ont par cons�quent �t� l'astronomie, et l'�tude sp�culative de la vie extra-terrestre (ou exobiologie).

L'hypoth�se pr�f�r�e des parapsychologues est toujours d'attribuer des "pouvoirs" � des �tres humains ou � des groupes d'�tres humains, que ces pouvoirs soient ou non r�ductibles � des processus physiques inconnus. Des exp�riences statistiques ont �t� utilis�es, selon une m�thodologie inspir�e des sciences de la vie et de la psychologie.

Remarques sur les diff�rences aux niveau du caract�re spectaculaire et du nombre de manifestations des ph�nom�nes psi et ovnis

Les ph�nom�nes qui ont lieu au cours de rencontres rapproch�es avec un ovni sont souvent beaucoup plus �tranges, "magiques", que leurs analogues d�crits dans la litt�rature de fiction. Au contraire, les ph�nom�nes psi sont moins spectaculaires, plus proches de la vie quotidienne, que les descriptions de fiction que l'on trouve dans les films cin�matographiques ou les romans, o� l'on voit des "sujets psi" d�truire des villes enti�res.

Les sondages r�v�lent que les ph�nom�nes ovni sont, � caract�re spectaculaire �gal, beaucoup plus nombreux que les apparitions du ressort de la parapsychologie.

Les liens entre parapsychologie et ufologie

  1. Historiquement, le psychologue Carl Gustav Jung est l'un des premiers � avoir �tabli un lien entre les ph�nom�nes psi et les ph�nom�nes ovni, en employant le m�me mot de "synchronistique" � propos des deux types de ph�nom�nes.
    Les ufologues n'ont cess� de se r�f�rer � son livre : Un Mythe moderne (traduction fran�aise : Gallimard, 1961), que ce soit pour s'en r�clamer ou pour le critiquer.
  2. Apparitions mariales : Dans les ann�es 1960s, des articles dans la Flying Saucer Review ont attir� l'attention sur les similitudes existant entre ovnis et apparitions de la Vierge, comme par exemple la pr�sence de disques lumineux dans les deux cas.
  3. En 1969, le chercheur am�ricain d'origine fran�aise Jacques Vall�e, dans son livre Passport to Magonia (traduction fran�aise : Chronique des apparitions extra-terrestres, Deno�l, 1972, reed. J'ai lu, 1974) a rapproch� les ovnis des l�gendes du folklore mettant en sc�ne des lutins. Il a contribu� par la suite � rapprocher parapsychologie et ufologie.
  4. Psi dans les rencontres rapproch�es du 3�me type : Les ufologues ont port� de plus en plus d'attention aux t�moignages les plus �tranges, auxquels ils donnaient initialement peu de cr�dit. Ils sont alors amen�s � consid�rer des cas o� ph�nom�nes psi et ph�nom�nes ovni interf�rent : t�l�pathie entre extra-terrestre et t�moin, r�ves pr�monitoires d'apparitions d'ovnis.
  5. Comme on a pu le voir dans les cours pr�c�dents, pour Fran�ois Favre, les ovnis sont un cas particulier d'apparitions.
  6. Pierre Vi�roudy a d�fendu, dans son livre Ces ovnis qui annoncent le surhomme, Tchou, 1977), l'hypoth�se que les ovnis sont des ectoplasmes produits par la soci�t�. Son argumentation reposait principalement sur des raisonnements statistiques aujourd'hui unanimement consid�r�s comme sans valeur.
  7. Michel Monnerie : Cet ufologue enqu�teur, qui est devenu de plus en plus sceptique, a �mis au cours de son itin�raire l'hypoth�se que les traces au sol laiss�es par les ovnis sont dues � la psychocin�se (Et si les OVNI n'existaient pas ?, Humano�des associ�s, 1977).
  8. A l'heure actuelle, certains ufologues s'int�ressent de pr�s � la parapsychologie. Des ufologues fran�ais sont en contact avec le GERP. M�me si de nombreux ufologues penchent encore vers l'hypoth�se extra-terrestre, tous sont convaincus que la parapsychologie peut �tre utile � l'ufologie.
    Cependant les ufologues ne voient en la parapsychologie qu'une discipline auxiliaire � l'ufologie. Ils sont rest�s fid�les � l'hypoth�se selon laquelle les ph�nom�nes psi sont dus � des "pouvoirs" des �tres humains, et ne voient pas de liens profonds entre psi et OVNI.
  9. Disciplines int�ressant les 2 groupes
    • Sociologie : Les travaux r�cents de nombreux sociologues sur les milieux ufologiques et parapsychologiques ont int�ress� ufologues et parapsychologues.
    • Psychologie : La recherche de nouvelles m�thodes d'�tude des t�moignages d'apparitions d'ovnis, de m�thodes qui soient plus syst�matis�es, a men� les ufologues a solliciter la psychologie.
    • Psychanalyse : Depuis longtemps des psychanalystes se sont int�ress�s � la parapsychologie. Des parapsychologues ont d'autre part tent� de donner des interpr�tations psychanalytiques de cas spontan�s. On trouve la m�me tentation en ufologie (voir Michel Carrouges, Inforespace n�50, mars 1980, PP. 3-9).
  10. Pierre Gu�rin : C'est un ufologue fran�ais qui soutient l'implication d'extraterrestres dans certains ph�nom�nes psi.

Caract�ristiques communes des ovnis et du psi

Ostentation et caract�re �lusif

C'est notamment l'ufologue Bertrand M�heust, dans son livre Science-fiction et soucoupes volantes (Mercure de France, 1978), qui a rendu populaire en France l'id�e que les ovnis se montrent comme dans un spectacle. Un bel exemple de ce caract�re ostentatoire est donn� par l'analyse qu'a fait Eric Zurcher de l'arr�t des moteurs lors d'apparitions rapproch�es d'ovnis (Les apparitions d'humano�des, Alain Lefeuvre, 1979, pp. 110-113). En effet, !es moteurs ne s'arr�tent que si cet arr�t pr�c�de l'observation de l'0VNI. Tout se passe comme si l'arr�t des moteurs n'�tait qu'un ph�nom�ne secondaire destin� � �veiller l'attention du t�moin pour provoquer la vision de la soucoupe. Il existe un cas o� c'est une bicyclette qui est arr�t�e, le cycliste pouvant p�daler, mais sans pouvoir avancer.

En parapsychologie, Guy B�ney consid�re comme une caract�ristique du psi son aspect interpellatif, sa tendance � d�stabiliser le t�moin, c'est-�-dire � remettre en cause ses croyances.

Le caract�re �lusif des ovnis, c'est-�-dire la propri�t� de s'esquiver, de fuir la curiosit�, peut �tre illustr� par les nombreux cas o� des t�moins ne pensent pas � se servir de l'appareil photographique qui est � leur port�e.

Le caract�re �lusif peut �tre plus subtil. Dans le c�l�bre cas de hantise de Rosenheim, �tudi� par Hans Bender, des fils de nylon avaient �t� tendus au travers des pi�ces pour retenir dans leurs chutes les tubes de n�on qui quittaient leurs supports. Ces fils, visibles sur les photographies des lieux, ont �t� consid�r�s par certains d�tracteurs comme des preuves flagrantes du caract�re truqu� des manifestations de Rosenheim.

Ainsi le caract�re �lusif des ph�nom�nes paranormaux ne consiste pas seulement � �tre dans l'impossibilit� de saisir fermement un ph�nom�ne pour l'amener devant un sceptique, mais consiste aussi � ne pas pouvoir �viter que, m�me dans les plus beaux cas, se glissent des points litigieux qui pourront plus tard �tre exploit�s par les sceptiques. Une remarquable illustration de ceci peut �tre trouv�e dans la facilit� apparente avec laquelle des ufologues sceptiques d�molissent actuellement des t�moignages d'apparitions d'ovnis consid�r�s jusqu'ici comme in�branlables.

Les hypoth�ses classiques

L'hypoth�se extra-terrestre d'une part, et d'autre part les hypoth�ses souvent avanc�es par les parapsychologues, qu'on peut d�signer du terme g�n�rique d'"inconscient collectif", et selon lesquelles certains ph�nom�nes seraient provoqu�s de fa�on "psychique" par l'humanit�, pr�sentent des traits communs. Ce sont dans les deux cas des hypoth�ses assez floues, d�pourvues de point d'attaque, r�duisant un ph�nom�ne dont on sait peu de choses � un autre dont on sait encore moins. On peut dire, par opposition aux hypoth�ses de travail que l'on prend comme point de d�part d'une r�flexion, que ce sont des hypoth�ses de paresse, � partir desquelles il est difficile d'aller plus loin.

La mort

Les ph�nom�nes ovni ou psi provoquent tr�s rarement la mort. L'ufologie ne conna�t que deux cas sud-am�ricains douteux : un homme atteint de leuc�mie apr�s avoir �t� touch� par un rayon provenant de l'ovni sur lequel il venait de tirer un coup de fusil, et un homme dont le corps se d�compose brutalement. Les poltergeists blessent parfois des t�moins, rarement de fa�on grave, mais ne tuent jamais, � moins que l'on adjoigne � ces cas certaines combustions spontan�es. La sexualit� aussi est tr�s rare dans les ph�nom�nes paranormaux. Cette raret� rend plus ou moins difficiles � soutenir les hypoth�ses faisant plus ou moins directement appel aux propri�t�s de l"inconscient".

La peur

Sans �tre universelle, la peur se rencontre tr�s fr�quemment chez les t�moins.

Deux cas pr�cis

  1. Le cas de Barney et Betty Hill : (Voir Thierry Pinvidic, Le noeud gordien, France-Empire, 1979, pp. 27 � 39)
    Ce sont les h�ros de l'une des plus c�l�bres histoires d'enl�vement par un ovni. Soign� en 1964 par un psychiatre, Barney Hill raconte sous hypnose cet enl�vement qui a eu lieu en 1961. Sa femme Betty, toujours sous hypnose, confirme et raconte ses conversations avec les extra-terrestres.
    C'est un d�tail de ces conversations qui rend ce cas hors du commun. En effet les extra-terrestres ont montr� une carte du ciel � Betty Hill, que celle-ci reproduit sous hypnose. Cette carte est publi�e en 1966, et une jeune passionn�e d'astronomie, Marjorie Fish, d�couvre que, si l'on fait l'hypoth�se que le ciel repr�sent� sur la carte est le ciel visible depuis la plan�te d'origine des extra-terrestres, alors c'est pr�s des �toiles z�ta 1 et 2 de la constellation du R�ticule que se trouve cette plan�te.
    Plusieurs astronomes vont s'emparer de cette affaire. L'un refait sur ordinateur les travaux de Marjorie Fish. D'autres font des �tudes statistiques sur la corr�lation entre la carte dessin�e par Betty Hill et la carte du ciel vue de z�ta 1 et 2 du R�ticule. Un chercheur trouve une autre configuration d'�toiles ressemblant � celle de la carte de Betty Hill. En d�cembre 1974, un num�ro sp�cial de la revue Astronomy rassemble les diverses prises de position.
    L'histoire ne s'arr�te pas l�, mais il n'est pas n�cessaire de citer les recherches des ufologues am�ricains ni les d�clarations ult�rieures de Betty Hill pour se rendre compte de la complexit� de l'affaire. L'enjeu de celle-ci est bien s�r l'hypoth�se extra-terrestre. De nombreux chercheurs ont soutenu que Marjorie Fish a bel et bien apport� la preuve de l'origine extraterrestre des ovnis.
  2. Un cas spirite : Le spirite Ernest Bozzano (voir l'appendice de La m�diumnit� polyglotte, Ed. Jean Meyer, 1934) rapporte un cas qui s'est produit en 1931, dans lequel, par la bouche du m�dium, une princesse babylonienne, �pouse d'un pharaon �gyptien, raconte sa vie. Cette princesse donne de nombreux renseignements sur son �poque, qui se sont r�v�l�s exacts apr�s de longues enqu�tes. De plus, elle se met � parler la langue �gyptienne de l'�poque, dont des phrases sont transcrites phon�tiquement et envoy�es � un �gyptologue.
    Celui-ci envoie des r�ponses, et un dialogue s'instaure. L'�gyptologue pense avoir ainsi acquis des enseignements nouveaux sur la langue utilis�e.
    Dans les ann�es 1930s, les spirites sont d�j� sur la d�fensive, et leur principale pr�occupation est de trouver des cas qui ne peuvent pas se r�duire aux hypoth�ses avanc�es par les m�tapsychistes. Il s'agit donc ici d'�liminer l'hypoth�se d'une transmission t�l�pathique entre le m�dium et l'�gyptologue. Or une telle hypoth�se est �limin�e, d'apr�s Bozzano, notamment par le fait qu'� une phrase pr�par�e par l'�gyptologue, signifiant : "Salut � toi", la princesse r�pond : "Prot�g�s, nous le sommes", donnant ainsi un sens autre que celui pr�vu par l'�gyptologue au mot �gyptien voulant dire � la fois "salut" et "prot�ger".

Conclusion

Les pr�c�dents cours de cette s�rie ont d� familiariser les participants avec les arguments avanc�s par les parapsychologues pour s'approprier divers secteurs du paranormal. Les deux cas pr�c�dents n'ont d'autre pr�tention que de montrer que certains arguments avanc�s par des chercheurs provenant d'autres disciplines d'�tude du paranormal, arguments fond�s ici sur la distribution dans l'espace des �toiles proches pour ufologie, et sur un double sens en �gyptien ancien pour le spiritisme, ne sont pas moins complexes ni moins subtils que ceux avanc�s par les parapsychologues.

Il ne faut donc pas sous-estimer ces autres disciplines. En particulier l'ufologie, discipline jeune et port�e par une hypoth�se qui a un puissant impact populaire, m�rite d'�tre �tudi�e sur un pied d'�galit� avec la parapsychologie.