Depuis 1974, l'état français met tous les moyens au service de Jean-Jacques Vélasco pour étudier les phénomènes d'ovnis

Biot, Jean-Pierre: Paris-Match, 13 février 1997

Tout paraît normal, le 28 janvier 1994, à bord de l'Airbus A 300 du vol Air France 3532, qui a décollé de Nice et se dirige vers Londres. Mais, soudain, les 3 hommes d'équipages RR0: il s'agissait en fait de 2 hommes et 1 femme n'en croient pas leurs yeux. A 13:14, à la verticale de Coulommiers, un objet de couleur sombre, en forme de cloche, surgit à gauche de l'avion comme s'il venait à lui couper la route. Presque aussitôt, témoigneront les 3 hommes, l'objet a changé de forme pour devenir une lentille brune marron. Il va rester près de 1 mn à leur hauteur, avant de disparaître subitement. Depuis 1993, les pilotes des compagnies françaises disposent, lors de chaque vol, d'un formulaire pour décrire les phénomènes aérospatiaux non identifiés qu'ils pourraient rencontrer ; mais c'est avec le Centre régional de navigation aérienne de Reims que l'équipage entre en contact radio. Le Coda (Centre Opérationnel de la Défense Aérienne), prévenu, transmet une note d'information à Jean-Jacques Vélasco.

Ingénieur opticien, ce quincagénaire est le Fox Mulder français. Responsable du Sepra (Service d'Expertise des Phénomènes de Rentrée Atmosphérique) au Cnes (Centre National d'Etudes Spatiales) de Toulouse, il mène l'enquête, un peu comme le héros d'"Aux frontières du réel", chaque fois que des témoins crédibles rapportent des faits apparemment irrationnels. Mais lui n'a pas à déjouer de complot pour se faire entendre. La modestie de son bureau, une pièce de 15 m2 décorée de dessins d'enfants, est trompeuse : les autorités, qui lui allouent un budget de 250 000 à 300 000 francs, prennent son travail très au sérieux. Dès qu'il le souhaite, tous les services de l'Etat sont sommés de l'aider dans ses enquêtes. Il a étudié près de 3000 cas depuis la création de son service, 1974. Procès-verbaux des brigades de gendarmerie et des commissariats de police, rapport de la Météorologie nationale, communiqués de l'aviation civile et militaire, il épluche tout. Chaque information, dit-il, est méthodiquement étudiée. L'enquête peut durer plusieurs années, avec le concours d'éminents spécialistes en médecine, psychopathologie, psychosociologie, biochimie, biologie végétale et animale, chimie organique, astronomie, physique de l'atmosphère, archéologie, géologie, minéralogie, cristallographie, mécanique des sols, physique des structures et matériaux, accoustique, électronique, micro-ondes. Les résultats sont classés en 4 catégories : cas parfaitement identifiés (canulars et phénomènes connus), probablement identifiés (mais subsistent certains doutes), inanalysables (informations incomplètes ou incompréhensibles) et non identifiés (aucune explication satisfaisante). Quelques-uns seulement, dans cette dernière catégorie, résistent longtemps à l'examen. En un peu plus d'un demi-siècle, on en recense environ 600 dans le monde, dont une dizaine en France. Jean-Jacques Vélasco n'aborde aucune affaire à la légère. Après avoir lu le rapport du Coda sur l'Airbus, il interroge la défense aérienne. Coup de théâtre. Pour la 1ère fois en France, un ovni a laissé une piste radar.

La défense aérienne a pour mission de préserver l'intégrité de notre espace aérien. Son champ de surveillance atteint le niveau 660 (22 000 m d'altitude) et elle doit identifier tout appareil qui survole le pays. Nuit et jour, en liaison constante avec 250 aviateurs spécialisés et 10 sites de veille radar de haute altitude, des opérateurs radar scrutent les cieux depuis le gigantesque bunker souterrain de Taverny, près de Paris. C'est là, à 60 m de profondeur, à l'abri de toute attaque nucléaire, bactériologique ou chimique, que sont établis les principaux postes de commandement nationaux : Gypse, le P.C. du Président de la République, Centaure, celui du 1er Ministre et, bien sûr, tous ceux de l'armée de l'air.

Sur les écrans radar, la trace de l'ovni a été enregistrée pendant 50 secondes

Dans la salle du Centre de Conduite des Opérations Aériennes, un système informatisé vérifie la conformité des plans de vol déposés et des pistes radar correspondantes. Les opérateurs n'archivent que les traces non identifiées. Jusqu'à présent, on avait toujours fini par découvrir qu'il ne pouvait s'agir que de petits avions de tourisme ou d'hélicoptères privés. Cette fois, il en va différemment. On n'a pas pu identifier l'engin dont le centre de détection et de contrôle de la base de Cinq-Mars-la-Pile, près de Tours, a enregistré la trace pendant 50 s, au cap ouest 240, à une vitesse de 100 noeuds (185 km/h). L'ovni - puisque c'en reste un à ce jour - a effectivement coupé la trajectoire de l'Airbus. Renseignement aussitôt classifié "Défense", l'enquête n'étant pas close. Selon un document officiel, le CODA a fait transmettre au pilote l'obligation de déposer un compte-rendu à la gendarmerie. Il ne l'a pas fait. Sans doute par peur de n'être pas cru, même si les spécialistes du CNES ne mettent pas en doute son précieux témoignage.

Des visiteurs d'un autre monde survoleraient-ils discrètement la Terre à bord de vaisseaux interplanétaires ? C'est une hypothèse que je ne peux ni accepter ni rejeter, reconnaît Jean-Jacques Vélasco. Le scientifique que je suis la refuse par rationalité, mais elle doit être prise en considération. Une explication sociopsychologique du phénomène serait trop simpliste et ne correspondrait pas totalement à ce qui est observé. Je ne crois pas non plus à des prototypes militaires secrets, en raison de la durée du mystère, du nombre de personnes qui seraient impliquées et des coûts faramineux que cela supposerait.

L'affaire la plus troublante dotn Jean-Jacques Vélasco ait eu à s'occuper est celle de Trans-en-Provence, près de Draguignan. L'après-midi du 8 janvier 1981, Renato Nicolaï bricolait dans son jardin. Vers 17:00, déclare-t-il aux gendarmes le lendemain, mon attention a été attirée par une sorte de petit sifflement. J'ai vu en l'air un engin, qui ne tournait pas, descendre vers le sol. (...) Je m'en suis approché. Aussitôt, il s'est soulevé, toujours en émettant un sifflement léger. Arrivé au-dessus des arbres, il est parti assez rapidement en direction nord-est. Au-dessous, j'ai vu 4 ouvertures, par lesquelles ne s'échappaient ni flammes ni fumée. (...) L'engin avait la forme de 2 assiettes renversées l'une contre l'autre. Il devait mesurer environ 1,50 m de hauteur. Il avait la couleur du plomb, et une nervure tout autour de sa circonférence. Le maire de Trans-en-Provence, Jean-Pierre Portheret, reste dubitatif. M. Nicolaï, explique-t-il, n'a aucune vie sociale dans la commune. En ville, personne ne le connaît : je ne l'ai moi-même jamais rencontré ! Une voisine, Mme Morin, maraîchère, déclare : J'étais dans mon jardin, d'où je peux voir la maison de M. Nicolaï. Le soir où celui-ci aurait aperçu un ovni, moi, je n'ai rien vu ni entendu. Et d'aucuns, en ville, disent qu'ils ont entendu Nicolaï murmurer en italien : Ce que ces français peuvent être couillons ! Les nombreuses contradictions de son récit font penser que toute cette histoire de soucoupe volante n'est qu'une mascarade, conclut le maire. Mais Renato Nicolaï, retourné en Italie, n'est plus là pour défendre sa bonne foi...

Un rapport scientifique qui "pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses"

Jean-Jacques Vélasco ne partage de toute façon pas, à l'encontre de ce témoin, la défiance des élus locaux. L'enquête, dit-il, prouve qu'il a bien vu ce que l'on pourrait appeler, dans l'était actuel de nos connaissances, une soucoupe volante. Seul un hélicoptère Alouette II est censé avoir survolé la région, à 200 m d'altitude, une 1/2 h plus tôt. Sitôt alerté, le GEPAN (Groupe d'Etude des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, qui deviendra le SEPRA en 1988) a constaté la matérialité des faits. Sur le lieu de son atterrissage, l'appareil inconnu a laissé une empreinte circulaire de 2 m de diamètre. Audition du témoin et de son épouse, relevé topographique des lieux, prélèvement et analyse d'échantillons de la végétation et du terrain, vérification des conditions météorologiques. Après plus de 2 ans de recherches, le CNES consacrera à l'affaire une "Note Technique" de 70 pages bourrées de photos, croquis et schémas de rapports d'analyses, de commentaires scientifiques très fouillés. Sa conclusion écarte l'hypothèse d'une supercherie. Il a été possible de montrer qualitativement l'occurence d'un événement de grande ampleur ayant entraîné des déformations mécaniques, un échauffement, et peut-être certains apports de matériaux en trace. Elle constate avec prudence que pareille étude pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Mais, précisent les dernières lignes, cette fois-ci les questions semblent être bien posées et, à ce titre, cette enquête du GEPAN est plus enrichissante que toutes celles faites jusqu'à présent.