Le Dr. Claude Poher est membre de la Division des Projets Scientifiques au Centre National d'Etudes Spatiales de Toulouse (France). Il détient un doctorat en astrophysique et a été pilote pendant 20 ans Le Dr. Jacques Vallée est l'enquêteur principal d'un projet de recherche informatisé aux Etats-Unis et membre du Comité de Conseil Scientifique du Centre pour les Etudes sur les Ovnis [CUFOS] à Evanston (Illinois). Il détient une maîtrise en astrophysique et un doctorat en informatique

Cet article présente le point de vue que : 1) une proportion significative des milliers de signalements d'ovnis analysés par les auteurs proviennent de témoins ayant réellement observé un objet dans le ciel ou au niveau du sol ; 2) les objets que ces témoins ont vu ont des caractéristiques très différentes de tous les objets et phénomènes identifiables ; 3) le phénomène est d'un haut intérêt scientifique ; et 4) qu'une approche de recherche systématique peut être définie. Ces conclusions sont basées sur de nombreuses années de recherche sur le phénomène, au cours desquelles les auteurs ont eu à leur disposition les dossiers officiels des Forces Aériennes des Etats-Unis et de la France, ainsi que les fichiers de plusieurs organisations privées fiables. L'article présente les résultats de statistiques informatiques obtenues indépendamment, et décrit certaines corrélations entre perturbations géomagnétiques et observations d'ovnis.

Il y a la multiplication, tout à fait impressionnante, des observations visuelles de phénomènes lumineux tantôt sphériques, tantôt ovoïdes et qui se traduisent par des déplacements extraordinairement rapides.... Je crois, pour conclure, que, dans cette affaire des ovnis, il faut adopter une attitude d'esprit extrêmement ouverte. Un certain nombre de progrès ont été réalisés dans l'humanité par le fait qu'on a cherché à expliquer l'inexplicable... Robert Galley, Ministre française de la Défense, émission de France-Inter, 21 février 1974, in Creighton, Gordon: "French Minister Speaks on UFOs," Flying Saucer Review, vol. 20, n° 2 (1974), p. 3. Basé sur une interview par Jean-Claude Bourret.

Au cours de et de début a eu lieu une récurrence remarquable d'un type de phénomène connu comme une "vague" d'objets volants non-identifiés. Arrivant comme elle l'a fait moins de 4 ans après la fermeture du projet "Blue Book" par l'U.S. Air Force Condon, E.: Unidentified Flying Objects, Bantam Books (1969), cette série d'observations a généré un nouveau débat scientifique concernant la réalité des objets ou appareils ayant déclenché ces signalements. En conséquence, nous avons examiné les dossiers d'observations d'ovnis en France et aux Etats-Unis à la lumière des questions suivantes :

1. Les témoins ont-ils réellement vu quelque chose ?

Figure 1 - Nombre de signalements en fonction de la transparence atmosphérique
Nombre de signalements en fonction de la transparence atmosphérique

Le 1er paramètre à prendre en considération dans une étude des observations visuelles est celui des conditions météo. 25 % entiers des rapports examinés dans les dossiers français officiels contiennent des informations sur les conditions météorologiques telles que rapportées par les témoins. Cette information fut trouvée correspondre très bien avec les données météo pour les mêmes dates et lieux obtenues de sources officielles.

Un résultat statistique simple (basé sur 258 rapports) indique que le phénomène est vu moins fréquemment lorsque les conditions météo empirent. Les statistiques furent calculées séparément pour les cas français et non-français et trouvées être en excellent accord, avec près de 57 % de l'ensemble des rapports faits dans des conditions de temps clair, 15 à 20 % dans des conditions de nuages épars, 10 % sous un haut plafond nuageux, 8 % sous un plafond bas, et les quelques pourcents restants venant d'observations par temps de pluie ou de neige.

Figure 2 - Nombre de signalements en fonction de l'élévation (taille de l'échantillon : 308 cas)
Nombre de signalements en fonction de l'élévation

En utilisant un terme familier aux pilotes, nous considérons la distance de visibilité (V) comme étant la distance maximum à laquelle un appareil est visible dans l'atmosphère. Lorsque nous traçons le nombre de rapports comme une fonction de cette mesure de la transparence atmosphérique, nous trouvons (figure 1) une courbe en bon accord avec le modèle de la vision humaine pour des objets lumineux équidistribués dans l'atmosphère.

Un autre résultat intéressant est obtenu lorsque nous considérons les rapports inexpliqués (308 cas dans les dossiers français) où l'élévation angulaire (h) est estimée par l'observateur et dans lesquels l'objet est d'un diamètre angulaire réduit. En traçant sur la figure 2 le nombre de rapports par rapport à 1/sin h, nous obtenons une très bonne correspondance avec la "ligne Bouguer" classique de l'astronomie optique (utilisée dans les corrections d'absorption atmosphérique).

Nous concluons sur cette base que le phénomène étudié présente les caractéristiques optiques d'un phénomène physique réel, observé par les propres yeux des témoins, à travers l'atmosphère imparfaitement transparente.

2. Les signalements peuvent-ils être expliqués par des phénomènes identifiables ?

Figure 3 - Nombre de signalements en fonction de la durée
Nombre de signalements en fonction de la durée

Nous avons approché cette question à travers une étude de la durée rapportée des observations. Dans un livre Vallée, Jacques et Janine: Challenge to Science: The UFO Enigma, Chicago: Regnery (1966), Ballantine paperback (1974) publié en , l'un d'entre nous a déjà attiré l'attention sur le fait que les manifestations du phénomène ovni étaient de durée considérable, souvent dépassant 5 mn et couramment de 15 ou 20 mn. Une étude statistique de 1000 cas dévoilait en que 50 % de ces signalements incluaient une durée estimée et étaient distribués tel qu'indiqué en figure 3.

Cette courbe ne correspond en aucune manière à la distribution caractéristique des objets identifiables, qui peut être obtenue comme un composite des observations de méteores, ballons, étoiles, appareils, oiseaux, satellites, etc. En fait, lorsque nous avons tracé, sur la même échelle, 350 cas de signalements expliqués (contenant une durée estimée pour les phénomènes qui avaient été catégoriquement identifiés), nous avons obtenu la courbe montrée en figure 3 sous forme de ligne de points.

Figure 4 - Durée d'observation
Durée d'observation

De plus, il s'agit d'un résultat mondial, comme cela est montré par les statistiques basées sur 135 cas français et 373 cas non-français et tracées en figure 4.

Figure 5 - Distances à l'ovni dans 394 cas
Distances à l'ovni dans 394 cas

Un autre paramètre important, montré en figure 5, est celui de la distance (telle que calculée par triangulation) entre les observateurs et la source du phénomène. Ce paramètre ne peut être calculé que dans ce sous-ensemble de rapports venant de témoins séparés dans l'espace et observant le même phénomène. Généralement de tels signalements sont venus de sources militaires ou policières. Des exemples peuvent être trouvés dans les références 4, 6, McDonald, J. E.: "UFO Encounter n° 1", Aeronautics and Astronautics, vol. 9, n° 7, pp. 66-70, 9, Thayer, Gordon D.:"UFO Encounter No. II," Aeronautics and Astronautics, vol. 9, n° 9, pp. 60-64, 16 et Ziegel, Felix Y.: UFO Observations in the Union of Soviet Socialist Republics, Moscou (1974).

Figure 6 - 3 schémas à expliquer
3 schémas à expliquer

Pour résumer, nous faisons face au problème de trouver un phénomène X qui peut présenter simultanément les 3 schémas montrés dans les figures 6 a, b et c. Les auteurs n'ont trouvé aucun phénomène identifiable qui remplisse ces critères. A ce point, il est approprié de poser des questions plus précises quant aux conditions des rencontres rapprochées avec le phénomène (rapports de type 1) et sur les témoins ayant fait de tels signalements. Finalement, nous présenterons des conclusions préliminaires concernant les propriétés magnétiques du phénomène.

3. Dans quelles conditions le phénomène est-il rencontré de près ?

Figure 7 - Fréquence des signalements de type 1, en fonction de l'heure de la journée. A : 362 cas, avant , tous les pays ; B : 375 cas, entre , tous les pays ; C : 100 cas, limités à l'Espagne et au Portugal
Fréquence des signalements de type 1, en fonction de l'heure de la journée

Un des schémas les plus stables dans l'études des rencontres rapprochées avec le phénomène (cas de type 1 Dans la classification utilisée ici, les rapports de type II correspondent aux cas dans lesquels des objets secondaires sont générés par un objet volant, les type III aux cas dans lesquels la trajectoire des objets a un point singulier, et les type IV aux cas dans lesquels la trajectoire est continue à travers le ciel) a été trouvé dans la distribution de ces rapports en fonction de l'heure du jour. D'abord publié en , ce schéma peut être vérifié sur la base des catalogues mondiaux d'observations de type 1. Il ne montre aucune variation significative dans les cas anciens et récents et dégage même une distribution identique lorsqu'un échantillon de cas auparavant non signalés est obtenu d'un pays peu au fait du phénomène (figure 7).

Typiquement, le nombre de signalements de type 1 est très faible durant la journée. Il commence à augmenter vers 17 h et atteint un maximum vers 21:00. Il décroît alors jusqu'à atteindre un minimum à 01:00 du matin. Il grimpe à nouveau à un maximum secondaire à 03:00 du matin et retombe à un niveau bas à 6 h.

Figure 8 - Distribution temporelle des signalements de type 1 (N, ligne pointillée) et des témoins potentiels (P, ligne pleine, pourcentage de la population ne travaillant pas chez elle)
Distribution temporelle des signalements de type 1

Un tel schéma suggère que la diminution des signalements de rencontres rapprochées entre 23:00 et 02:00 pourrait simplement être dû au fait que nombre d'observateurs potentiels chute de manière drastique lorsque la plupart des gens passent ces heures chez eux. Afin de reconstruire le niveau réel d'activité du phénomène sous cette hypothèse, nous avons divisé le nombre de rapports par la proportion de témoins potentiels, définie comme le pourcentage de la population active qui n'état pas chez elle à chaque heure de la journée (les statistiques sur les time budgets de divers pays, résumées en figure 8, furent obtenues du livre The Use of Time Szalai, Alexander (ed.): The Use of Time: Daily Activities of Urban and Suburban Populations in Twelve Countries, The Hague: Mouton (1972)).

Figure 9 - Reconstruction de la distribution temporelle des événements de type 1 prenant en compte le nombre de témoins potentiels
Reconstruction de la distribution temporelle des événements de type 1 prenant en compte le nombre de témoins potentiels

Le résultat de ce calcul est indiqué en figure 9 (Nc représente le nombre de rapports de type 1 que nous aurions dans nos fichiers si les gens ne rentraient pas chez eux la nuit). Le ratio de Nc sur N est d'environ 14 pour 1. Autrement dit, tous les autres facteurs étant maintenus constants, les témoins ne sont dans une position que d'observer 1 sur 14 approches de près du phénomène à la surface de la Terre. Pour générer les 2000 observations de rencontre rapprochées que nous avons dans nos fichiers, le phénomène devrait se manifester près du sol 28 000 fois dans l'intervalle de temps et dans les régions considérés ici.

Figure 10 - Distribution des cas de type 1 en fonction de la densité de population
Distribution des cas de type 1 en fonction de la densité de population

Nous devons ensuite poser la question de la nature des sites où de telles approches de près ont lieu. Une publication précédente (16) remarquait que, en France, de telles observations n'étaient pas trouvées dans des zones de haute densité de population. Cette découverte est justifiée par les statistiques de la figure 10, montrant que dans approximativement 70 % des cas, le site de l'approche de près est une zone relativement déserte ou isolée. Si nous poursuivons l'hypothèse que le phénomène est causé par des objets réels, alors un facteur multiplicateur pour la densité de population devrait être appliqué aux 200 observations de rencontre rapprochée mentionnées ci-dessus. Cependant, nous savons toujours trop peu de choses sur les schémas détaillés suivis par le phénomène pour estimer ce facteur.

4. Quels sont les nombres et âges des témoins ?

Figure 11 - Nombre de témoins dans 873 cas de type 1
Nombre de témoins Période temporelle
Avant Total %
1 19 39 118 83 232 491 56,0
2 6 10 49 38 77 180 20,5
3 4 6 12 13 22 57 6,5
4 1 7 12 10 30 3,3
5 2 2 1 5 10 1,1
6 1 3 3 7 0,8
7 1 1 2 0,2
8 1 1 2 1 5 0,6
"plusieurs" 7 10 19 13 14 63 7,2
"nombreux" 11 5 9 8 33 3,8
Total 52 65 214 175 372 878 100

Un catalogue de 923 cas de rapports de type 1 sur la période contient 878 incidents dans lesquels est donné le nombre de témoins dans le groupe. La figure 11 donne la distribution de ces témoins tabulée selon l'intervalle de temps des observations.

On peut voir d'après ce tableau que seulement un peu plus de la moitié des cas impliquaient des témoins qui étaient seuls au moment de l'observation, et que cette proportion a été stable au fil des années.

L'âge des témoins, d'un autre côté, est connu dans 147 cas. Cette information est reflétée dans la "pyramide des âges" montrée en figure 12 ; l'attention doit être attirée sur le fait que nous avons peu de rapports d'adultes dans la tranche d'âge de 20 à 40 ans, vraisemblablement parce qu'ils seraient les plus susceptibles d'être professionnellement handicapés par le ridicule associé à un signalement de phénomène non identifié. Une étude détaillée de la distribution des âges dans les cas anciens et récents n'est pas parvenue à dégager de quelconques différences significatives. Le phénomène ne semble pas être associé de manière préférentiellement à une génération particulière.

Figure 12 - Distribution de l'âge pour 147 témoins dans des cas de type 1
Distribution de l'âge pour 147 témoins dans des cas de type 1

Nous sommes amenés à la conclusion qu'il n'y a rien d'anormal dans la distribution des âges et group membership des témoins de tels événements, qui suivent des schémas pouvant être expliqués par de seuls facteurs sociologiques. La seule déviation de la norme attendue est le manque de signalement de la part de jeunes adultes, vraissemblablement en raison d'une peur du ridicule.

5. Les observations peuvent-elles êtres corrélées avec des événements physiques mesurables ?

Des effets secondaires observés en relation avec les phénomènes d'ovnis sont trop variés et nombreux pour être résumés ici. Ils ont été discutés dans certains détails par plusieurs auteurs Hynek, Josef Allen: The UFO Experience - A Scientific Study, Chicago: Regnery (1972) et Ballantine paperback (1974) Jung, Carl Gustav: "Flying Saucers-A Modern Myth," dans ses Complete Works, Princeton University Press Kazantsev, A. et Vallée, Jacques: "What's Plying in our Skies?", Tekhnika Molodezhi, n° 8, Moscou (en russe) (août 1967) McCampbell, J.: Ufology, publié à compte d'auteur, 12 Bryce Court, Belmont, California @1974) Michel, Aime: Flying Saucers and the Straight Line Mystery, New York: Criterion Books (1958) Saunders, David R. et R. R. Hawkins: UFOs? Yes!, New York: New American Library (1968) Sturrock, Peter Andrew: "Evaluation of the Condon Report on the Colorado UFO Project", Université de Stanford, Institut pour la Recherche sur les Plasmas, rapport n° 599 (octobre 1974). Le plus intéressant de ces effets d'un point de vue physique a été de nature électromagnétique et mérite d'être investigué en détail.

Figure 13 - Perturbation magnétique en fonction de la distance de l'événement ovni. K: variations pic-à-pic de la composante verticale du champ magnétique terrestre; Q: Distance de l'ovni signalé à la station de détection la plus proche; X: Limite supérieure calculée des perturbations causées par l'ovni; Y: Limite supérieure observée des perturbations causées par l'ovni
Perturbation magnétique en fonction de la distance de l'événement ovni

Des chercheurs en géophysique utilisent un réseau mondial de stations qui enregistre, nuit et jour, les fluctuations du champ magnétique terrestre. En France, une telle station existe à Chambon-la-Forêt, à environ 30 km au nord-est d'Orléans. Cette station enregistre les 3 composantes du champ depuis , avec une précision d'environ 1 gamma et une bande passante de quelques hertz. Nous avons, en conséquence, analysé les récits de témoins occulaires d'ovnis émanant d'une région autour de Chambon-la-Forêt Poher, Claude: "Time Correlations Between Geomagnetic Disturbances and Eye-Witness Accounts of UFOs," FSR, vol. 20, n° 1 (1974) pp. 12-16.

En examinant ces enregistrements, nous pouvons nous limiter à une période particulièrement représentative d'observations d'ovnis : dans ce cas, l'année (cette seule année couvre 23 % des observations françaises pour la période ).

Les résultats montrent une bonne corrélation entre les 2 phénomènes pour le mois d'octobre. Ceci peut être examiné avec plus d'attention par l'analyse de la distribution des récits de témoins d'ovnis chaque jour d'octobre.

Si nous nous limitons à la période entre le 1er et le 18 octobre, qui est la plus remarquable pour les observations d'ovnis, nous pouvons calculer un coefficient de corrélation des observations d'ovnis avec des perturnations de déclinaison de 0,034 et un coefficient de corrélation avec la composante verticale de 0,58 qui est loin d'être négligeable.

Sur la base de ces mêmes données, une estimation très grossière de la limite supérieure des perturbations magnétiques provoquées par des ovnis donne des valeurs pic-à-pic de 10 gammas pour la composante verticale de champ lorsqu'un ovni est observé à 40 km de la station de mesure. Cette distribution nous amène à penser que le champ magnétique produit par l'ovni pourrait être de 150 000 ampere turns par mètre dans son voisinage immédiat (figure 13).

L'étude complète, qui a été publiée dans de détails ailleurs Ibid & Poher, Claude: Etudes et Réflexions a Propos du Phénomène OVNI, publié à compte d'auteur, Toulouse (), a débouché sur les conclusions suivantes :

  • La méthode utilisée ici semble pouvoir être très utile à une approche objective de l'étude des phénomènes. L'analyse devrait être considérablement élargie, en utilisant un plus grand nombre de rapports d'observation, associé à plusieurs stations d'enregistrement géomagnétique, afin d'obtenir des résultats de meilleure qualité.
  • La détection d'ovnis par perturbations magnétiques semble possible, mais seulement si des stations automatiques bien équipées sont disponibles, ce qui augmenterait la probabilité de voir un ovni passer dans le voisinage immédiat de l'une d'entre elles. Au moins 10 stations seraient nécessaires.

Flying Saucer Review, un journal international dédié à l'étude des objets volants non-identifiés, édité par Charles Bowen, P.O. Box 25, Barnet, Hertx. EN5 2NR, Angleterre. Vallée, Jacques: "Analysis of 8,260 Sightings", FSR, vol. 14, n° 3 (mai-juin 1968), pp. 9-11