L'interception du lac Huron

Un phénomène suivi au radar depuis le Montana est abattu par un chasseur américain au-dessus du lac Huron, sans que les débris ne soient formellement retrouvés ni le phénomène officiellement identifié.

L'événement est le dernier d'une série d'interceptions en Amérique du Nord. Le , un F-22 abat un ballon chinois à haute altitude au large de la Caroline du Sud. Le , un autre F-22 abat un objet cylindrique à haute altitude au-dessus de l'Alaska, puis le lendemain un objet au-dessus du Yukon (Canada) . Selon une note du Pentagone, celui d'Alaska avait à peu près la taille d'une petite voiture, et celui du Yukon semblait être un petit ballon métallique avec une charge utile attachée en dessous .

Le , le NORAD et l'USNORTHCOM détectent un contact radar au-dessus du Montana et y envoient des chasseurs, qui n'identifient rien . La FAA y ferme brièvement l'espace aérien, parlant d'abord d'une anomalie radar près de sites militaires sensibles .

Le , le contact radar est repris et suivi comme un objet sans pilote se dirigeant du Montana vers le Wisconsin et le Michigan . La FAA ferme temporairement dans la journée des portions de l'espace aérien au-dessus des lacs Michigan et Huron . Le , deux F-16CM du 148th Fighter Wing de l'Air National Guard du Minnesota décollent de Madison (Wisconsin) .

Observation

Les pilotes

Des communications radio des deux F-16, captées par un tiers dans le sud-ouest du Wisconsin et de qualité médiocre, sont publiées le lendemain. Les pilotes y semblent perplexes. Ils obtiennent un accrochage radar à environ trois milles (près de 5 km) et une identification visuelle à environ un mille. Ils jugent le phénomène plus petit qu'une voiture, peut-être de la taille d'un véhicule tout-terrain de loisir, sombre ou noir métallique, assez brillant pour renvoyer des reflets du Soleil qui rendent sa forme difficile à déterminer, avec des lignes ou des cordes pendant en dessous, sans charge utile visible. L'un d'eux le compare à une sorte de conteneur. Un pilote dit d'abord qu'il ne parlerait pas vraiment de ballon, puis Je vais dire que c'est un ballon .

Selon un responsable américain, il s'agit d'une structure octogonale d'où pendent des cordes, mais sans charge utile visible, sans indice de capacité de surveillance, sans que celle-ci puisse être exclue .

Le tir

Sur ordre du président Joe Biden, un F-16 abat le phénomène le (heure de l'Est), à environ 6 096 m d'altitude, avec un missile AIM-9X Sidewinder , à une quinzaine de milles à l'est de la péninsule supérieure du Michigan. Les débris sont probablement tombés dans les eaux canadiennes .

Le premier missile manque sa cible, ce que ni le Pentagone ni la Maison-Blanche n'avaient dit : selon le chef d'état-major des armées Mark Milley, il tombe sans dommage dans les eaux du lac Huron. Les pilotes ont choisi l'AIM-9X, qui détecte le contraste thermique entre une cible et son environnement. Selon la note du Pentagone, le phénomène est ensuite descendu lentement dans l'eau après l'impact . Des photos des deux appareils au retour, à chacun desquels semble manquer un missile, suggèrent que deux AIM-9X ont été tirés .

La vidéo infrarouge

La vidéo infrarouge (46 s) versée sur un réseau classifié en février 2023

Une vidéo infrarouge de , titrée par celui qui l'a versée sur un réseau classifié en comme montrant la destruction du PAN par un F-16C de l'Air National Guard, montre à le capteur centré sur une zone de contraste puis, à , ce qui semble être une interaction cinétique entre deux zones de contraste, la première se fragmentant selon un motif radial qui suggère un événement très énergétique . Les deux F-16 portaient des nacelles de désignation Sniper .

Enquêtes

Pentagone et NORAD

Le DoD ne considère pas le phénomène comme une menace militaire pour le sol, mais comme un danger pour la navigation aérienne et une menace possible de surveillance . Il estime pouvoir raisonnablement le relier au contact radar du Montana .

Le commandant du NORAD et de l'USNORTHCOM, le général Glen VanHerck, explique que sa petite taille a rendu le phénomène difficile à acquérir et à viser . Il ne précise pas ce qu'il était et, interrogé sur une origine extraterrestre, répond Je n'ai rien exclu . Pour la sous-secrétaire adjointe à la Défense Melissa Dalton, ces objets n'ont pas pu être identifiés de façon définitive .

Maison-Blanche

Le , le président Biden déclare que, selon l'évaluation du renseignement, les trois objets abattus après le ballon chinois étaient très probablement des ballons liés à des entreprises privées, à des loisirs ou à des instituts de recherche, que rien ne les relie au programme de ballons espions chinois, et qu'ils ont été abattus pour les dangers qu'ils présentaient pour l'aviation civile et parce qu'un risque de surveillance de sites sensibles ne pouvait être exclu. Il demande des règles plus précises pour traiter ces objets . Le porte-parole John Kirby les juge probablement à des fins inoffensives, sans pouvoir promettre qu'on saura un jour avec certitude ce qu'ils étaient .

La recherche des débris

Des navires de l'US Coast Guard sont déployés sur le site de la chute . Le , la GRC annonce suspendre la recherche dans le lac Huron, menée avec la Garde côtière et d'autres organismes, en raison de la dégradation de la météo et de la faible probabilité de récupération . Côté américain, le DoD suspend aussi ses efforts après trois jours ; l'USNORTHCOM dit avoir utilisé de l'imagerie aérienne et des relevés sous-marins. Un archéologue de l'université du Michigan spécialiste du fond du lac, John O'Shea, estime que les moyens militaires dépassent de loin ceux des chercheurs, et que l'armée a pu juger que la recherche n'en valait pas la peine .

Des documents obtenus en par la chaîne canadienne CTV News montrent que des débris, du matériel et un module, ont été trouvés début mars sur le rivage du lac Huron. Dans un courriel du , le sous-commissaire de la GRC Mark Flynn écrit que le module provient d'une entreprise vendant du matériel de surveillance météorologique, qu'il ne s'attend pas, vu sa taille, à y trouver quoi que ce soit d'inhabituel, et qu'il n'est pas certain qu'il provienne du tir. La GRC indique ensuite que ces débris ne présentent pas d'intérêt pour la sécurité nationale, sans confirmer ni infirmer leur lien avec le phénomène abattu . Le ministère canadien de la Défense nationale refuse de commenter ce lien .

ARC

Un rapport caviardé de l'ARC daté du qualifie le phénomène du lac Huron de possible ballon météorologique, peut-être lancé depuis une station radar du National Weather Service au Michigan .

AARO

En , Sean KirkpatrickSean Kirkpatrick, alors directeur de l'AARO, explique que la priorité de publication des images dépend du contexte géopolitique, celles d'interceptions de chasseurs chinois ou russes passant avant celles de PAN .

Le , la vidéo infrarouge est publiée dans la deuxième tranche de PURSUE, parmi des pièces réclamées le par huit membres de la Chambre des représentants. L'AARO estime qu'elle provient probablement d'un capteur infrarouge d'une plateforme militaire américaine dans la zone de l'USNORTHCOM, rappelle que beaucoup de ces pièces n'ont pas de chaîne de traçabilité établie, et précise que sa description, purement informative, ne constitue ni jugement analytique ni conclusion d'enquête sur la validité, la nature ou la portée de l'événement . Le Pentagone confirme que la vidéo montre bien ce tir. Jusque-là, une seule image de ces interceptions avait été publiée, celle de l'objet du Yukon .

Analyses indépendantes

Ballon

Pour Joseph Trevithick, la vidéo montre un objet à peu près sphérique d'apparence de ballon, avec un unique fil ou une ligne pendant en dessous, sans rien de visible qui y soit attaché, qui semble éclater vers  : elle clôt pratiquement l'affaire en faveur d'un ballon anodin . David Cenciotti y voit aussi probablement un ballon, avec ce qui pourrait être des fils emmêlés et sans charge utile clairement visible, tout en notant que le phénomène reste techniquement non identifié et que la piètre qualité des images de PAN, en contradiction avec les capacités des capteurs actuels, nourrit les spéculations . Une chaîne de Détroit y décrit un objet ressemblant à un ballon météorologique .

Le , devant les National Capital Area Skeptics, Sean Kirkpatrick, qui n'est plus à l'AARO, résume ces interceptions : On a fait décoller des chasseurs et abattu tout un tas de choses. Vous savez ce qu'on a abattu ? Des ballons .

Ballon pico amateur

Après les interceptions, la Northern Illinois Bottlecap Balloon Brigade, un club amateur, déclare disparu l'un de ses ballons pico, des ballons radio pouvant coûter une douzaine de dollars, dont la dernière transmission venait de 11 860 m au-dessus de la côte de l'Alaska le , en direction du Yukon. L'animateur radioamateur Tom Medlin suppose que les objets abattus étaient probablement des ballons pico. Interrogé à ce sujet, le NORAD ne répond pas . Cette hypothèse vise toutefois l'objet du Yukon, non celui du lac Huron, et c'est pour le seul objet du Yukon que le rapport de l'ARC évoque un ballon pico .

Réactions politiques

Le représentant du Michigan Jack Bergman écrit que l'armée a mis hors service un autre « objet » au-dessus du lac Huron, et sa collègue Debbie Dingell juge ces incidents inquiétants et réclame des faits sur leur provenance, leur but et la raison de leur multiplication . Lors de l'audition de la Chambre des représentants sur les PAN du , le représentant Glenn Grothman cite la gestion du ballon chinois et des objets abattus ensuite comme exemple du manque de franchise du gouvernement .

Conclusions

Aucune enquête officielle publiée n'a identifié le phénomène. Les autorités américaines n'ont avancé qu'une évaluation probable (des ballons commerciaux, de loisir ou de recherche), le rapport de l'ARC n'évoque qu'un possible ballon météorologique, et le lien entre le module météorologique retrouvé sur le rivage et le tir n'a pas été établi. La vidéo publiée en est jugée par plusieurs analystes compatible avec un ballon, tandis que l'AARO s'abstient de toute conclusion sur sa nature.