Mohammed

De son nom complet Abū al-Qāsim Moḥammed ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim (ou Muhammad, "celui qui est louangé", transcrit Mahomet en français depuis le 17ᵉ siècle) naît selon la tradiction islamique vers 570 à La Mecque, fils du marchant Abdallah, mort en voyage 2 mois avant que sa femme Amina n'accouche.

Vers ses 3 ans, son cœur aurait été purifié par 2 anges s1Mohammed Bin Khâvendshâh Bin Mahmûd: "Scission de la poitrine de ce Prince de Dignité Exaltée", The Rauzat-Us-Safa; or Garden of Purity, containing The Life of Muhammad the Apostle of Allah, part 2, vol. 1, traduit du perse d'origine par E. Rehatsek et édité par F. F. Arbuthnot, M.R.A.S., pp. 112-113, 1829.

À ses 6 ans, sa mère Amina meurt, et il est élevé par son grand-père, chef du clan des Bani Hachem (les Hachémites), puis par son grand-oncle, Abou Talib.

1er Mariage

En 595, il rencontre Khadidja, qui lui confie la vente de marchandises envoyées par caravanes en Syrie. Il va finir par l'épouser et elle va lui faire 7 enfants (4 filles, dont Fatima). Bien que ne sachant ni lire ni écrire, Mohammed devient un riche notable. Il a de multiples occasions de dialoguer avec les juifs et les chrétiens de passage ou installés à La Mecque, ce qui lui donne une assez bonne connaissance de la Bible.

En 605, un incendie éclate dans le temple de La Mecque possédant dans ses fondations le pierre noire qui, selon la légende, aurait été découverte par Abraham et son fils Ismaël dans les sables du désert. Seuls les fondements échappent à l'incendie. Mohammed décide de participer à la reconstruction du temple et est choisi pour remettre en place la pierre noire.

Mohammed prend l'habitude de se retirer dans une grotte du désert, sur le mont Hira, à 5 km de La Mecque.

Révélation

En 609, il prend l'habitude de se retirer dans une grotte du désert, sur le mont Hira, à 5 km de La Mecque. Selon ses dires, pendant la nuit dite du Destin, à la fin du mois de Ramadan, l'archange Gabriel lui souffle à l'oreille : Récite  !

À son retour à La Mecque, il commence à annoncer la parole de Dieu, se présentant comme son envoyé. Ses 1ers convertis sont Khadidja, Ali, son serviteur Zeïd, un esclave qu'il a affranchi, et Abou Bekr. Il envoie ses disciples, qu'il nomme "musulmans" (ceux qui remettent (leur âme à Allah)) prêcher aux environs de La Mecque, où le polytheisme et l'adoration des idôles règne.

Conflits face aux idoles

Mais le petit groupe de disciples ne tarde pas à être persécuté par les adeptes de la Kaaba. D'abord par les commerçants de La Mecque qui craignent pour leurs revenus (liés aux pèlerinages qui guident des Arabes de toute la péninsule vers la pierre noire du sanctuaire), ensuite par les adorateurs d'al-Lât, al-Ouzza et Manât, les 3 divinités féminines de la Kaaba. Tous pourchassent Mohammed, le traitent de fou et battent ses disciples. Quelques-uns se rétractent pour échapper aux violences. Heureusement, Mohammed bénéficie de la protection indéfectible de son oncle, Abou Talib.

Quelques dizaines de disciples parmi les plus pauvres, lassés des persécutions et des brimades, décident en 615 de s'exiler en Abyssinie, de l'autre côté de la mer Rouge, auprès du Négus, nom que l'on donne au roi de ce pays chrétien (l'éthiopie actuelle).

La religion prend le nom d'Islam.

Apaisement... satanique

Mohammed souhaite se rallier les Mecquois rétifs à sa prédication. Vers 615 à l'année suivante, il lance de l'esplanade de la Kaaba la sourate de l'étoile (An-Najm), que lui aurait inspiré Dieu. Ses 2 derniers versets suggèrent un accommodement avec les idolâtres : Ce sont les déesses sublimes. Leur intercession est admise.

Les relations s'apaisent aussitôt entre les clans rivaux et les exilés d'Abyssinie prennent le chemin du retour. Cependant, cette fin de crise en appelle une autre, les disciples de la 1ʳᵉ heure restés à La Mecque se demandant à quoi ont rimé leurs souffrances si c'était pour en revenir à un polythéisme déguisé.

Peu après, Mohammed revient sur ses dires : Gabriel lui aurait reproché énergiquement ces versets, comme il le révèle dans la sourate Joseph s2Sourate 12, verset 39 : l'hommage aux idoles n'était qu'une tentation inspirée par Satan et pardonnée au prophète par la miséricorde d'Allah. Les "versets sataniques" sont abrogés, ravivant les persécutions envers les musulmans.

Mohammed perd son épouse et son oncle.

2ᵉ mariage

En 620 Mohammed épouse Aïcha quelques mois avant l'Hégire, alors qu'il a passé la cinquantaine et qu'elle a 6 ans. Il attend toutefois ses 9 ans pour user de ses droits d'époux n1en foi de quoi les disciples de l'ayatollah Khomeiny ont abaissé à 9 ans l'âge légal du mariage dans l'Iran moderne s3hâdith 67 39. Elle est sa femme préférée.

Hégire à Médine et Coran

En 622 est institué l'an 1 de l'Hégire. Mohammed énonce la parole du Dieu unique (Allah) au fil de nombreuses révélations qui s'expriment par une agitation de tout son corps.

Les premiers fidèles apprennent par cœur ces révélations sorties de la bouche du Prophète ou, le plus souvent, les transcrivent sur divers supports : tessons de poterie, morceaux de cuir, omoplates de chameau, etc.

Jihad

L'arrivée à Médine de Mohammed et de ses fidèles (environ 200 familles) ne tarde pas à épuiser les ressources de la petite oasis... cependant que, non loin de là, passent les caravanes des riches commerçants mecquois.

En janvier 624, en un lieu appelé Nakhlah, 12 disciples de Mohammed attaquent une caravane de La Mecque. Ils tuent 1 homme d'une flèche et font 2 prisonniers. Ils ramènent aussi un butin consistant dont ils remettent un 1/5ᵉ au Prophète. L'affaire fait grand bruit, car elle s'est produite pendant le mois de rajab. Il s'agit d'une période sacrée qui exclut le meurtre, selon le paganisme arabe.

Mohammed désapprouve dans un 1er temps ses disciples. Ceux-ci sont consternés, mais une révélation divine vient à point les réconforter s4Coran, sourate 2, verset 217. Cette sourate précise qu'il est certes répréhensible de combattre pendant les périodes sacrées, mais qu'il l'est encore plus de se tenir en-dehors du chemin de Dieu, comme les polythéistes de La Mecque.

Conflit avec les juifs

Pour pacifier les relations entre les 2 clans de l'oasis (de la tribu Khazraj et de la tribu Aws), Mohammed édicte une "constitution", la Sahifa. Elle autorise la liberté de culte, y compris des juifs, chrétiens et autres sabéens. Mais la présence de plus en plus envahissante des musulmans irrite les tribus juives. Il va s'ensuivre un conflit violent entre les 2 communautés.

Autour du dimanche 11 février, Mohammed rompt avec les tribus juives de Médine en choisissant de prier non plus vers Jérusalem, mais vers La Mecque. Cette rupture va déboucher sur un combat à mort.

En 627, l'armée mecquoise assiège Médine dans ce qu'on appellera la "bataille de la Tranchée". Celle-est d'abord peu sanglante, la mêlée n'ayant pas lieu mais, après le retrait des troupes coalisées s5Coran, sourate 33 contre Mohammed obtenu par une ruse, débouche sur la décapitation de presque tous les hommes et la mise en esclavage des femmes et enfants, dont une partie est vendue.

En l'année suivante, Mohammed part en pèlerinage à La Mecque à la tête d'un convoi de 1400 pèlerins et multiplie les signes de ses intentions pacifiques. Les Mecquois leur refusent l'accès au sanctuaire, mais concluent avec les musulmans la trêve dite d'Al-Hudaybiyya. Cette islamisation du rite païen garantit la perpétuation des pèlerinages et leurs retombées économiques à La Mecque, levant les préventions des élites mecquoises des Quraysh, dont plusieurs notables comme Khâlid ibn al-Walîd ou ‘Amr ibn al-‘As se rallient à Mohammed. Prévue pour durer dix ans, elle permit dans les deux premières années de plus que doubler le nombre de musulmans s6Martin Lings, "Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Seuil, 1986, p. 424.

En l'an 630 (8 de l'hégire), la trêve est rompue lorsqu'une tribu alliée de La Mecque agresse une tribu alliée de Médine. Mohammed marche secrètement sur La Mecque à la tête de 10000 soldats. Aux portes de la ville, il garantit la sécurité de toute personne non combattante et déclare une amnistie générale. La Mecque se rend alors sans opposition. La plupart des habitants se convertissent à l'islam et la Kaaba, débarrassée de ses idoles, conserve sa place éminente dans la culture arabe en voie d'islamisation s7Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (dir.), Les débuts du monde musulman, viie – xe siècle : De Muhammad aux dynasties autonomes, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », 2012, 647 p. (ISBN 978-2-13-055762-3).

Mohammed ordonne l'arrêt des razzias entre tribus arabes déclarant lors de son "Sermon d'Adieu", seul grand pèlerinage qu'il fait, en 632. L'unification de la péninsule arabe sous la bannière de l'islam n'est pas de nature à laisser ses puissants voisins indifférents. Mohammed décide donc d'envoyer ses ambassadeurs pour transmettre son message via Muqawqas (le gouverneur des Coptes en Égypte), Harith (gouverneur de Syrie), Djafar ben Djolonda (prince d’Oman), Haudsa (prince du Yémen), Al Ala ben al Hadhrami (gouverneur de Bahreïn), du Négus ou roi d'Abyssinie, Héraclius (empereur byzantin), Khosro II (roi de Perse).

Mort

Après une courte maladie, Mohammed meurt le jeudi 6. La communauté entreprend de rassembler ses préceptes, ses paroles et le récit de ses actes.

La tradition du prophète (sunna) est compilée en une série de compte-rendus (hadiths).

On désigne par sira, l'ensemble des biographies du prophète. La plus célèbre est celle d'Ibn Ishaq écrite 1 siècle après la mort de Mohammed. Si ces biographies ont une grande valeur religieuse, leur réalité historique est assez douteuse. Les hadiths et la sira servirent au cours des siècles de point de départ à de nombreux récits sur la vie et les actes du prophète.

C'est Abou Bekr qui remplace Mohammed au terme d'une brève lutte de succession

Une représentation "interdite" ?

L'interdiction de représentation du Prophète vient de hadith et non du Coran. Mais s'il fallait les suivre à la lettre, il ne devrait y avoir ni statues, ni photographies, ni télévisions dans les pays musulmans. En fait, les hadiths tentaient d'abord de combattre l'idolâtrie, un péché dénoncé dans l'islam, comme d'ailleurs dans le judaïsme et le christianisme.

Des historiens de l'art retrouvent des représentations du Prophète jusqu'au 18ème siècle. Par la suite, celles-ci deviennent de plus en plus rares, mais ne disparaissent pas totalement. Par exemple, à l'été 2004 à Téhéran un portrait de Mohammed jeune, en couleur, la tête enturbannée. L'affiche a été imprimée en Iran s8Centlivres, Pierre & Centlivres-Demont, Micheline : "Une étrange rencontre. La photographie orientaliste de Lehnert et Landrock et l'image iranienne du prophète Mahomet", 2005 s9Hamel, Ian: "Le Coran n'interdit pas les représentations de Mahomet", Le Point, 2015-01-12.

Enfin, cette discipline a varié au fil du temps s10Van Renterghem, Vanessa : "La représentation figurée du prophète Muhammad", Les carnets de l'Ifpo, 29 octobre 2012, et ne s'applique qu'à ceux qui souhaitent suivre l'Islam comme religion.

s11 Mahomet et la naissance de l'islam