Le Mémo Low

Sur le Projet Colorado.

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MEMO A : E. James Archer et Thurston E. Manning

DE : Robert J. Low

SUJET : Quelques réflexions au sur le Projet OVNI.

Jim et Ted :

J'ai examiné le projet OVNI et parlé à un certain nombre de personnes. Voici quelques réflexions sur le sujet.

Branscomb est farouchement contre. Gordon Little pense que ce serait un désastre. George Benton, de la même manière, est négatif. Leurs arguments, réunis, se traduisent ainsi : pour entreprendre un tel projet, on doit l'approcher objectivement. C'est-à-dire, on doit admettre la possibilité que des choses comme les ovnis existent. Il n'est pas respectable de donner une considération sérieuse à une telle possibilité. Les croyants, en d'autres termes, restent des marginaux. Branscomb a suggéré que l'on devrait aller jusqu'à, en considérant la possibilité des soucoupes, si certaines des observations sont vérifiées, qu'elles se comportent suivant un ensemble de lois physiques qui nous soient inconnues. Le simple fait d'admettre ces possibilités, ne serait-ce qu'en tant que possibilités, nous cloue au piloris et nous perdrions plus en prestige dans la communauté scientifique que nous ne pourrions gagner à entreprendre l'investigation. Little a indiqué que l'on fait parfois ce genre de choses s'il y a un vrai besoin national. Vous le faites en dépit des conséquences adverses éventuelles. Mais, dans ce cas, il n'y a pas de réel besoin national. Branscomb compare la situation à Rhine et l'étude ESP à Duke.

Walter Roberts, d'un autre côté, milite beaucoup pour notre participation à ce projet. Il a essayé d'avoir Will Kellogg, qui est directeur associé du NCAR pour le Laboratoire des Sciences Atmosphériques, pour l'entreprendre. Kellogg est très intéressé et l'a presque fait. Il pense, cependant, qu'il a été trop impliqué pour le faire. Walt espère beaucoup que nous le ferons. Il dit avoir des informations selon lesquelles Colorado est vraiment le premier choix de l'Air Force, que les autres n'ont pas été approchées et qu'ils n'ont donc pas refusé. Il pense, contrairement à Little, qu'il y a un besoin très urgent de le faire, et il pense que nous gagnerions beaucoup de faveur dans les cercles appropriés en entreprenant un service nécessaire de manière critique. Il dit que nous devons le faire correctement — objectivement et de manière critique — et éviter la publicité et tous ces genres de choses. Mais avoir le projet ici ne nous classerait pas dans la catégorie de scientifiques excentriques.

Branscomb dit qu'il serait préférable que l'Académie Nationale passe un contrat avec l'Air Force puis qu'elle nous reverse ensuite l'argent pour effectuer le travail. Il pense que cela aurait meilleure allure ainsi, et je suis d'accord. Il y a, cependant, des mesures similaires qui accompliraient à peu près la même chose — i.e., avoir un groupe très distingué de consultants et/ou de conseillers, ayant un commité à l'Académie auquel serait soumis notre rapport final.

Commentaires

L'analogie avec ESP, Rhine, et Duke n'est valable qu'en partie. L'étude de Duke fut réalisée par des croyants qui, après avoir fini, ne convainquirent pratiquement personne. Notre étude serait menée presque exclusivement par des non-croyants qui, bien que ne pouvant prouver un résultat négatif, pourraient probablement apporter à une masse impressionnante d'éléments selon lesquels il n'y a aucune réalité dans les observations. Le truc consisterait, je pense, à décrire les projets de manière à ce que, pour le public, il apparaisse comme une étude totalement objective mais, pour la communauté scientifique, présente l'image d'un groupe de sceptiques essayant de faire leur mieux pour être objectifs mais n'ayant pratiquement aucun espoir de trouver une soucoupe. Une manière de procéder serait de mettre l'accent sur les enquêtes, non pas sur le phénomène physique, mais plutôt sur les gens qui font les observations - la psychologie et la sociologie des personnes et des groupes signalant avoir vu des ovnis. Si l'accent était mis là-dessus, plutôt que sur l'examen de la vieille question de la réalité physique de la soucoupe, je pense que la communauté scientifique aurait rapidement le message.

Il n'y a aucune autre raison, me semble-t-il, de faire ceci. Excepté éventuellement dans un domaine comme la météorologie optique, je ne peux imaginer un document sortant de l'étude qui puisse être publiable dans un journal de sciences physiques prestigieux. Je peux imaginer assez facilement, cependant, que des psychologues, sociologues et psychiatres puissent très bien produire des publications savantes comme résultats de leurs investigations sur les observateurs de soucoupes.

Je n'ai pas, bien sûr, entendu l'histoire présentée par les gens de l'Air Force. Cela eut lieu le Mercredi 10 au matin. Ed Condon et Will Kellogg l'ont entendu, cependant, et ils disent que le projet est présenté sous un jour très raisonnable.

Il est prématuré d'avoir une opinion très tranchée, mais je suis enclin à penser à cette 1ère étape que, si nous mettons bien les choses au point et que nous prenons la peine d'avoir les gens appropriés impliqués et réussissons à présenter l'image que nous voulons présenter à la communauté scientifique, nous pourrions réaliser le travail à notre avantage. Au minimum, il ne devrait pas être rejeté.

Notes

Walt Roberts promit la coopération et l'aide du NCAR, en particulier en météorologie optique, un domaine très peu représenté aux Etats-Unis (à Boulder, il n'est représenté qu'au NCAR).

Les personnes de l'Université ayant exprimé un intérêt pour le projet jusqu'ici sont de la catégorie des chefs. Nous devrons être sûrs, si nous prenons ce travail, que nous pourrons trouver des gens qualifiés de manière adéquate qui feront effectivement ce travail.

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