Interview de Baraúna

Baraúna est interviewé au sujet de son observation de l'île de Trindad par le journaliste João Martins et ses déclarations sont publiées dans le magazine brésilien O Cruzeiro le 8 mars 1958.

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Martins : M. Baraúna, quelles étaient les raisons de votre présence à bord du NE Almirante Saldanha ?

Baraúna : La Marine a invité plusieurs équipes de plongée spécialisées à visiter l'île de Trindade. Je suis membre du Club de Plongée Icarai, et notre groupe avait été invité pour la dernière expédition. Donc, le 8 janvier, quand le navire a quitté Rio, j'étais à bord avec les membres de mon groupe suivants : Amilar Vieira Filho, capitaine de notre équipe, un employé du gouvernement (il travaillait à la CACEX); Jose Teobaldo Viegas, moniteur du Club Aéronautique de Niteroi et capitaine de la force aérienne (à la retraite) ; Mauro Andrade, de la Banque de Londres ; et Aloisio, employé municipal au district fédéral. Nous nous apprêtions à battre des records de plongées. Personnellement, je devais prendre des photographies sous-marine pour la Marine et, également, écrire des articles sur l'île et les activités des scientifiques travaillant pour l'IGY.

Martins : Est-ce qu'il y avait d'autres civils à bord, en plus de votre groupe ?

Baraúna : Oui. Il y avait le professeur Fernando, un géologue, avec 2 assistants, ainsi qu'un photographe, et un journaliste du Jornal do Brasil. Les 3 scientifiques avaient quitté le navire et étaient partis sur l'île.

Martins : Pouvez-vous m'indiquer la date de l'observation ? Que s'est-il passé ?

Baraúna : C'était le 16 janvier, à 12 h 15. Le navire se préparait à quitter l'île, pour rentrer à Rio. J'étais sur le pont en train d'observer les opérations pour prendre à bord le bateau utilisé pour les voyages entre le navire et l'île (l'île n'a pas de port). La mer était agitée. Le temps était nuageux, clair, sans ombres. J'avais mon Rolleiflex 2.8, modèle E, conservé dans une boîte en aluminum pour le protéger des effets corrosifs de l'eau et du sel. J'avais laissé mon Leica avec un objectif telephoto dans ma cabine quelques instants auparavant. Le pont était rempli de marins et d'officiers. Soudain, M. Amilar Vieira et le capitaine Viegas m'ont appelé, me montrant un point dans le ciel et criant à propos d'un objet brillant qui approchait de l'île. Au même moment, alors que j'essayais toujours de voir ce que c'était, le lieutenant Homero, le dentiste du navire, arriva de la proue vers nous, courant, pointant le ciel et criant également à propos d'un objet qu'il voyait. Il était si perturbé et excité qu'il est presque tombé après s'être cogné à un câble. Puis j'ai fini par localiser l'objet, à cause du rayon de lumière qu'il émettait. Il était déjà près de l'île. Il luisait à certains moments, changeant peut-être sa propre lumière — je ne sais pas. Il venait de la mer, se déplaçant vers un point qui s'appele la Crête de Galo. J'ai perdu 30 s à chercher l'objet, mais l'appareil était déjà dans mes mains, prêt, lorsque je l'ai vu se dessiner clairement devant les nuages. J'ai pris 2 photos avant qu'il disparaisse derrière le pic Desejado. Mon appareil était paramétré à une vitesse de 125 125ème de seconde, avec l'ouverture à f/8, et ce fut la raison d'une erreur de surexposition, comme je l'ai découvert plus tard.

L'objet est resté hors de vue durant quelques secondes — derrière le pic — réaparaissant avec une plus grande taille et volant dans la direction opposée, mais plus bas et plus près qu'auparavant, et allant plus vite. J'ai pris la 3ème photo. Les 4ème et 5ème ont été ratées, à cause de la vitesse à laquelle la soucoupe se déplaçait, mais aussi pour une autre raison : dans la confusion produite par l'observation, j'ai été tiré et poussé par d'autres personnes qui essayaient aussi de repérer l'objet et, par conséquent, je n'ai photographié que la mer et l'île — pas l'objet. Il se déplaçait à nouveau vers la mer, dans la direction d'où il était venu, et a semblé s'arrêter en l'air un court moment. A ce moment j'ai pris ma dernière photo (la dernière sur le film). Au bout de 10 s environ, l'objet continuait d'augmenter sa distance du navire, diminuant progressivement en taille pour finalement disparaître à l'horizon.

Martins : Avez-vous entendu quelque chose d'inhabituel durant l'observation ? Est-ce que l'objet émettait un son ?

Baraúna : Je ne suis pas sûr, pour être honnête, en raison du bruit que faisait la mer avec les vagues contre les rochers, mais aussi des cris à bord du navire à ce moment. Ceci dit, je pense n'avoir rien entendu d'autre que ces sons-là.

Martins : Quelle était la couleur de l'objet ?

Baraúna : Il avait une couleur gris sombre, semblant entouré — plutôt devant lui — par une sorte de condensation d'une vapeur (ou brume) verdâtre, phosphorescente.

Martins : Est-ce que l'objet semblait métallique ?

Baraúna : Oui. A l'évidence c'était un objet solide.

Martins : Comment volait-il ? Des caractéristiques spéciales ?

Baraúna : Oui. Il avait un mouvement ondulant pendant qu'il traversait le ciel, comme celui d'une chauve-souris. Et lorsqu'il est revenu, il a changé sa vitesse brutalement, sans transition, en un bond.

Martins : Savez-vous combien de personnes à bord de l'Almirante Saldanha ont vu l'objet ?

Baraúna : L'objet a été observé par presque toutes les personnes qui étaient sur le pont à ce moment-là, dont le lieutenant Homero, le captaine Viegas, et M. Amilar Vieira.

Martins : Que s'est-il passé après l'observation ?

Baraúna : Le commandant du navire et plusieurs officiers de la garnison ont voulu voir ce qu'il y avait sur les photos. Comme j'étais très curieux aussi, j'ai décidé de développer le film exposé d'un coup, sur le bateau. Ca s'est fait sous la surveillance de plusieurs officiers, dont le commandant Carlos A. Bacelar. Mais seuls les négatifs ont été vus à bord. La raison : il n'y avait pas de papier photographique pour les copies sur le navire à ce moment-là. Les négatifs, cependant, ont été vu et examinés par tout l'équipage.

Martins : Les négatifs sont-ils toujours entre vos mains ?

Baraúna : Oui.

Martins : Avez-vous été incité à donner ces négatifs aux autorités navales ?

Baraúna : Non. Le commandant Saldanha da Gama (l'OC du navire) et les autres officiers de marine à bord ont été très courtois. Ils n'ont jamais essayé de me prendre les négatifs.

Martins : Qu'est-il arrivé quand le navire est rentré à Rio ?

Baraúna : Le navire s'est d'abord arrêté à Vitoria, dans l'état de Espirito Santo. Comme il devait y rester 2 jours pour ensuite aller à Rio, nous avons été autorisés — les civils du groupe de plongée sous-marine seulement — à quitter le navire pour prendre un bus le reste du voyage. Plus tard, 2 jours après l'arrivée de l'Almirante Saldanha à Rio, le commandant Bacelar (ex-commandant du poste de la Marine de Trindade) s'est présenté chez moi. Il voulait voir les aggrandissements faits à partir des négatifs et m'a demandé la permission de les transmettre aux autorités navales. 2 jours plus tard, ils m'ont été retournés avec des remerciements. On m'a aussi demandé de me présenter au Ministère de la Marine dès que possible. Ils voulaient me poser certaines questions et voir à nouveau les négatifs.

Martins : Et qu'est-il arrivé là ?

Baraúna : J'ai été interrogé par plusieurs officiers de haut rang, qui m'ont posé toutes sortes de questions. J'y suis allé 2 fois. A la 1ère rencontre, ils m'ont demandé les négatifs pour les examiner. Ils ont été envoyés à une organisation civile, le Service Aérophotogrammetrique du Cruzeiro do Sul, et y sont restés pendant 4 jours. Les officiers de la Marine m'ont dit que les analyses montraient qu'ils étaient authentiques — excluant définitivement la possibilité d'un trucage ou d'une falsification. A la 2nde visite, ils ont effectués plusieurs tests chronométrés. Alors que j'officiais avec mon Rolleiflex, prenant des clichés aux mêmes intervalles de temps que je l'avais fait pour photographier l'objet, 3 officiers de Marine enregistraient les temps avec des chronomètres. Ils sont arrivés à la conclusion — sur la base de ces tests et des études de la position du navire et des examens des cartes de l'île — que l'objet volait à une vitesse comprise entre 900 et 1000 km/h. La taille de l'objet a été également été estimée sur la base d'études liées à des détails de l'île présents sur les photos, des diagrammes sur des courbes, des graphes, etc. L'objet faisait environ 120 pieds de diamètre et près de 24 pieds de haut.

Martins : Savez-vous quelque chose du rapport officiel sur ce cas ?

Baraúna : J'ai vu un dossier qui a été consulté de nombreuses fois durant l'interrogatoire. Ceci dit, je n'ai pas lu ce qui y avait d'écrit. On m'a aussi dit que mes photos, mélangées à d'autres images, avaient été montrées aux témoins de l'observation — pour être identifiées. Les résultat a été positif.

Martins : Etes-vous au courant d'autres photos prises par d'autres personnes à bord du navire ?

Baraúna : Non. A côté de moi se trouvait au moins 4 autres personnes avec des appareils au moment de l'observation. Mais apparemment elles ne sont pas parvenues à repérer l'objet à temps, ou ont été paralysées par leurs émotions.

Martins : Avez-vous reçu un avertissement de la part des autorités navales ? Y avait-il une recommandation ?

Baraúna : Oui. Ils m'ont demandé de garder cela secret pendant un moment. On m'a permis de publier le cas seulement après une autorisation de la Marine. La permission a été donnée, verbalement, dans la nuit du 15 février, par le commandant Bacelar. Ils n'ont fait qu'une seule restriction, que je ne peux mentionner car j'ai donné ma parole.

Martins : Savez-vous si votre observation a été la 1ère sur l'île de Trindade ?

Baraúna : J'ai appris que 4 autres observations avaient été faites au-dessus de l'île dans les 30 jours précédant l'incident du 16 janvier. J'ai aussi appris autre chose : lors de l'une de ces observations, l'objet a été photographié par un sergent de la Maine. Sa photo n'a à l'évidence pas été diffusée et ne le sera probablement jamais — les raisons sont évidentes. En plus de ces 4 observations, il y a aussi eu un cas radar. Une cible volant à vitesse supersonique a été repérée par le radar de l'Almirante Saldanha le 15 janvier.

Martins : Avez-vous reçu de l'argent de la Marine pour votre travail à l'île de Trindade?

Baraúna : Non, j'étais là comme invité.

Martins : Avez-vous reçu de l'argent de la Marine pour votre travail photographique, ou pour les aggrandissements que vous avez faits pour eux ?

Baraúna : Non. J'ai juste reçu le papier photo à utiliser pour les aggrandissements.

Martins : Combien d'aggrandissements leur avez-vous donné ?

Baraúna : 38.

Martins : Une dernière question : quelle impression avez-vous eut de l'observation de la soucoupe volante ?

Baraúna : Je suis absolument sûr que c'était un objet contrôlé — que ce soit directement ou à distance — mais très bien manié, dans tous les cas. Les gens à bord du navire avaient tous la même impression générale : il était venu pour faire une observation de près du navire.

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