
Le , le shérif-adjoint Dale F. Spaur, attaché au bureau du shérif du comté de Portage (Ohio) et Barney Neff, un mécanicien qu'il prenait souvent comme
adjoint-monté, reçoivent un appel radio les informant qu'une habitante du comté de Summit (Ohio), situé à l'Ouest de celui de Portage, vient de signaler un objet dans
le ciel aussi gros qu'une maison. L'objet, disait-elle, volait trop bas pour être un avion, et trop haut pour être
confondu avec un éclairage public
. Ni Spaur ni Neff ne prennent la chose au sérieux.
En s'engageant sur la route nationale 224 en direction de l'Ouest, il s'arrêtent auprès d'une voiture abandonnée. Après être sorti de leur véhicule pour observer les alentours, méfiant, Spaur regarde autour de lui pour ne pas être pris par surprise :
Quand mes yeux se sont posés sur la zone boisée située derrière nous [à 300 m environ à l'Ouest et au-dessus des arbres], j'ai vu cette chose. A ce moment là, elle montait. Et à cet endroit, il y a une légère éminence ; elle a grimpé jusqu'au niveau de la cime des arbres, soit à environ 30 m de hauteur. Elle a commencé à se déplacer dans notre direction - elle est passée au-dessus des arbres qui se dressent sur l'éminence en question, au bord de la route (...) Et pendant tout ce temps, je ne l'ai pas quittée de l'œil. Elle était si bas qu'on ne pouvait la voir que si elle arrivait sur nous. J'ai regardé dans la direction de Barney (Neff), et il était encore en train de surveiller la voiture arrêtée devant la nôtre ; la chose devenait de plus en plus lumineuse et tout le coin commençait à s'éclairer ; cette fois je me suis tourné vers Barney et je lui ai dit de regarder par-dessus son épaule. C'est ce qu'il a fait. Il n'a rien dit, il est simplement resté pendant bouche bée, et il a dû baisser les yeux parce que l'éclat était trop fort. J'en ai fait autant, je regardais mes mains. Quand elle s'est immobilisée juste au-dessus de nous rien n'a pris feu, ni mes vêtements ni autre chose. La seule chose, le seul bruit que nous ayons entendu était un ronflement. Mais il n'était ni fort ni perçant. Et puis de temps en temps il se modifiait légèrement - c'était un bruit ressemblant à celui d'un transformateur en charge, et, quand il se modifiait, à celui d'un transformateur survolté.
Pendant j'ai eu si peur que je suis resté pétrifié ; et puis j'ai bougé mon pied droit, et tout semblait en ordre. Barney avait dû se décider comme moi à mettre quelque chose entre la machine et lui, car nous nous sommes précipités ensemble vers la voiture, nous y sommes montés et nous n'en avons plus bougé. Je ne m'aventurerai pas à dire si ça a duré , ou - elle restait suspendue là, à planer ; nous, nous ne faisions aucun mouvement, rien du tout; elle est passée sur notre côté droit, elle s'est arrêtée , et il ne m'arrivait toujours rien, et Barney avait l'air d'aller bien.
J'ai pressé le bouton d'appel radio, le voyant s'est allumé et j'ai pris le micro. Je voulais d'abord leur dire que cette chose était là. Et puis je me suis dit qu'ils allaient penser que - alors je me suis contenté de dire à Bob qui était en ligne : "cet objet lumineux, celui dont le monde dit qu'il circule par ici, eh bien, il est là". Et il me répond :
Descendez-le !. Spaur dira plus tard :Il faut dire que cette chose, ce n'était pas un jouet ; bon Dieu, c'était grand comme une maison ! Et si lumineuse qu'on en avait les yeux qui pleuraient. Je n'ai jamais rien vu d'aussi lumineux de ma vie. Spaur décrivit à l'opérateur ce qu'il voyait :Ca fait environ 15 m de large. On aperçoit une coupole, ou quelque chose comme ça, sur le dessus, mais c'est très sombre. Il en sort un faisceau de lumière qui fait un grand cercle en dessous. On dirait qu'il est assis sur ce faisceau.
L'objet recommença à se déplacer. L'opérateur leur ordonna de le prendre en chasse, ce qu'ils firent immédiatement, et envoya une voiture équipée d'une caméra à leur rencontre. Mais l'agent se trompa de route et ne rencontra jamais la voiture de Spaur ni l'ovni. L'agent Wayne Huston qui patrouillait avec une voiture près d'East Palestine entendit leur conversion et rejoignit Spaur sur la Nationale 15, lorsqu'il vit la chose à 8 km de distance. Elle arriva ensuite juste sur lui :
Elle volait à environ 250 m du sol. Je ne l'ai pas vue descendre plus bas. J'étais debout à côté de ma voiture, et je l'ai regardée passée droit au-dessus de moi. Elle avait un peu la forme d'un cornet de glace quand la glace a partiellement fondu. La pointe du cornet était dirigée vers le bas; le sommet ressemblait à un dôme. Spaur et Neff débouchèrent immédiatement derrière elle. Je les ai suivis. Nous faisions du 130-135 km/h, avec des pointes à 170. Une fois au moins nous avons été pare-chocs contre pare-chocs, et nous en avons profité pour nous assurer que nous voyions bien la même chose. Elle nous précédait de 800 à 1000 m.
La course se poursuit sur 130 km entre l'état d'Ohio et de Pennsylvanie. Vers , l'agent Frank Panzanella, membre des forces de police de Conway, descend la 2ᵉ Avenue lorsqu'il voit un objet lumineux sur sa droite :
- J'ai pensé que c'était le reflet d'un avion. Je suis alors sorti de voiture et j'ai de nouveau contemplé l'objet. J'ai vu s'arrêter 2 autres voitures de police ; les agents qui en sont sortis m'ont demandé si je le voyais. Ils désignaient l'objet du doigt, et j'ai répondu que je le regardais depuis 10 mn. Très lumineux, d'un diamètre de 8 à 11 m, il avait la forme d'un ballon de rugby coupé en 2. Se déplaçant à environ 300 m d'altitude, il est parti vers l'Harmony Township; là il a stoppé puis est monté à toute allure jusque vers 1100 m (et, selon un autre témoignage, s'est immobilisé). J'ai alors appelé ma base et j'ai dit à l'opérateur de notifier l'aérodrome de Pittsburgh. Il m'a demandé si je n'étais pas un peu malade et je lui ai répondu que si j'étais malade alors mes 3 autres collègues l'étaient aussi. L'objet, qui grimpait toujours, n'était plus qu'un tout petit point lumineux. En prenant la Lune comme point de repère, il se situait à sa gauche et paraissait être relativement éloigné (Vénus se situait à droite de la Lune). D'où j'étais, je n'apercevais par la Lune. L'objet a été vu à l'Est, s'encadrant entre 2 antennes, au-dessus d'une arrière cour de l'autre côté de la rue. Tous les 4 nous avons vu l'objet grimper en flèche et disparaître.
L'observation se termine peu avant , heure du lever du Soleil.
Le lendemain United Press International titre : Police Car Chase UFO 85 Miles in Two States, avec un article détaillé sur plusieurs colonnes.
Quintanilla prend l'affaire en main, d'abord par téléphone. Le Congrès le presse de se rendre sur place, à Ravenna (Ohio), pour entendre Spaur et Barney Neff. Quintanilla prend les dépositions des 2 témoins, ainsi que celles du shérif-adjoint Robert Wilson, l'opérateur radio Wilson qui a gardé le contact avec les 2 policiers et Ross Dustman, le shérif du comté de Portage, à qui on demande de se porter garant de ses auxiliaires. Quintanilla exclut le témoignage de l'agent Hudson d'East Palestine qui s'est joint à la poursuite de la voiture de Spaur et Neff et de celui de Frank Panzanella qui suivit les 3 autres dans les rues de Conway.
A la demande de Spaur, Weitzel enregistre l'entretien qui implique plus de 10 personnes et totalisera 60 h d'enregistrement. Quintanilla interroge longuement Spaur et l'opérateur Wilson :
Contrairement à ce que dira Quintanilla, Spaur et ses 3 autres collègues avaient pris soin de noter des repères, tant au sol par rapport à l'environnement, que dans le ciel vis-à-vis d'avions de ligne de passage ou des astres proche de la Lune. A mesure que le jour commença à poindre, la silhouette de l'ovni devint de plus en plus distincte alors que l'éclat de Vénus s'estompa graduellement.
Entre-temps, Quintanilla eut la confirmation que les aéroports n'avaient pas relevés d'échos radars. Pourtant les témoins s'accordaient pour reconnaître que l'ovni, en vol stationnaire au moment où un avion venait de décoller de l'aérodrome, était passé juste en-dessous de lui avant de s'envoler. Ne jugeant pas opportun de prendre les dépositions des autres témoins, Quintanilla confirme 5 jours plus tard à l'Armée de l'Air que les policiers ont suivi le satellite artificiel Echo et peut-être même Vénus.
Pourtant, les éphémérides de l'Observatoire d'astrophysique de la Smithsonian Institution montrent qu'aucun satellite Echo ni même Pégase n'étaient alors visible au-dessus du comté de Portage. L'incident est classé parmi les observations de Vénus dans les statistiques du Blue Book, alors que les témoins avaient signalé avoir vu simultanément Vénus et l'objet, et que leur éclat respectif évolua différemment dans les lueurs de l'aube. Fut un temps Hynek avait bien précisé que les notifications du Blue Book ne consigneraient jamais d'explications astronomiques sans consulter l'avis d'experts. Peut-être le fiasco du "gaz des marais" le mois précédent, qui avait incité l'armée à recommandé que Hynek ne fasse plus de déclarations publiques, était-il pour quelque chose dans cette nouvelle attitude unilatérale de l'armée.
Toujours est-il que les policiers, déjà secoués par cet événement, refusèrent l'explication de l'armée. Hynek appuya leur désaccord, comme le confirme la lettre de l'astronome William T. Powers, assistant de Hynek, à Spaur et Neff :
Apparemment j'ai trouvé considérablement plus de choses sur cet événement que l'enquêteur de l'Air Force, parce que je ne peux être d'accord sur l'évaluation diffusée publiquement quelques jours après l'observation. Ce que vous m'avez rapporté ne pouvait pas déboucher sur une telle conclusion : un satellite ne satisfait aucune des caractéristiques de l'objet signalé. De fait, le Dr. Hynek est d'accord avec cela. Il n'a pas été consulté avant que ce communiqué de presse ne soit mis en avant .
De plus au moment de l'observation, le ciel de Pittsburgh (Portage County) montrait la Lune, Vénus et les autres planètes qui venaient de se lever, situées à moins de 25 ° au-dessus de l'horizon Est (Vénus, brillant ave cune magnitude de -4,3, était au-dessus et à droite de la Lune). Selon Spaur et ses collègues, l'ovni était très lumineux et se déplaçait principalement à gauche de la Lune. Compte tenu des caractéristiques de l'objet, son comportement, les péripéties de la poursuite et la cohérence des divers témoignages, l'hypothèse "astronomique" proposée par le major Quintallina est peu probable . De fait, Powers, qui avait lui-même d'abord pensé, sur la base de rapports de 2nde main -- sans avoir parlé à aucun des témoins -- que Vénus pourrait expliquer en partie l'observation, finit par abandonner l'idée :
J'ai d'abord pensé que lors de la dernière partie de votre expérience, après que vous ayez perdu l'objet puis l'aviez retrouvé, que vous et M. Houston [sic] auraient pu voir Vénus, et penser qu'il s'agissait du même objet à une plus haute altitude : j'ai parlé au major Quintanilla au téléphone lorsque je lui donnait les résultats de mon interview téléphonique, et lui ai parlé de cette idée. J'ai maintenant des informations supplémentaires, principalement de la part de M. William Weitzel, qui semblent rendre cette hypothèse incorrecte. Je comprends maintenant que vous et d'autres témoins avez remarqué Vénus et la Lune, et vu l'objet en mouvement par rapport à elles, et avez été capables de voir une forme. A aucun moment cependant, je n'ai supposé que la 1ʳᵉ partie de l'observations ait impliqué quoi que ce soir d'autre qu'un objet aérien .
La suite de cette affaire s'avére désastreuse. La presse et Blue Book s'acharnèrent sur Spaur, en négligeant quasiment les autres témoins. Suite à la publication de l'entretien qu'il eut avec Quintanilla, l'opinion publique conclut que Spaur était un déséquilibré mental et qu'il avait été victime d'une hallucination. Il devint la risée du public et la combinaison de tous ces événements détruisit son foyer. Quelques mois plus tard sa femme le quitta et il démissionna, subsistant grâce à de petits travaux. Le choc occasionné par cette folle poursuite et l'incompréhension des autorités l'avait bouleversé.
Comme le dira plus tard Hynek à propos de la façon dont fut conduit
l'enquête de la Commission Condon : la façon dont on a
méprisé les preuves "exemplifie" le caractère grotesque de certaines enquêtes du Blue Book.
Cette incompétence
qui aura des conséquences tragiques sur Spaur conduira Hynek à dire cyniquement à propos des
conclusions déduites de plusieurs autres procès-verbaux équivalents : Si l'hypothèse de l'insanité passagère des
policiers est la plus probable, alors, considérant la quantité de rapports bizarres émanant, un peu partout dans
le pays (comme aussi à l'étranger), d'officiers de police, peut-être serait-il bon de réviser sérieusement notre
méthode de sélection de ce personnel de sécurité. On frémit en pensant à ce qu'il adviendrait si des officiers de
polices aussi dénués de jugement et d'objectivité venaient témoigner en justice. Comment pourrait-on ajouter foi à
leur déposition ?
Finalement, devant l'attitude du gouvernement, Hynek publia un nouvel article dans le magazine Post , exprimant ouvertement le sentiment d'impuissance qu'il ressentait devant le conservatisme et le mutisme de l'US Air Force.
Références :