L'histoire d'un film montrant l'atterrissage d'appareils extraterrestres et le protocole d'accueil de ses occupants à la base de Holloman, confirmée par certains responsables militaires. Cependant, ces derniers indiquent qu'il ne s'agit pas d'un film authentique, mais d'une simulation destinée à la formation du personnel militaire.

Dessin par un "mécanicien inconnu" d'un ovni qu'il aurait vu survoler une piste de la base de Holloman, à l'Eté 1958
Une image présentée comme extraite du film de Holloman

En , J. Allen Hynek demande à Jacques Vallée de l'accompagner à Hollywood pour y rencontrer Alan Sandler et Robert Emenegger, 2 réalisateurs indépendants qui tournent un documentaire pour la télévision. Cette émission, financée par le DoD, fait partie d'une série destinée à améliorer son image. L'idée est de miser sur la fascination du public pour les ovnis pour montrer que l'USAF a l'esprit ouvert et considère même avec enthousiasme la perspective de rencontrer des extraterrestres, tout en emettant des réserves sur leur existence. La série doit inclure d'autres documentaires centrés sur les recherches médicales de l'armée de l'air ainsi que sur certaines découvertes dans le domaine des sciences de l'espace. Ces autres films ne seront jamais réalisés.

La société Sandler Institutional Films avait déjà participé à de semblables entreprises de retournement de l'opinion publique pour le compte de la Banque d'Amérique et du célèbre homme d'affaires Armand Hammer. Le colonel Coleman, porte-parole de l'armée de l'air, est chargé du projet, mais Sandler a également ses propres contacts à Washington.

Plusieurs événements bizarres se produisent pendant le tournage du film. Par exemple, lorsque la NASA est contactée par Sandler, elle déclare ne posséder aucun film sur les ovnis. Cependant, le contact du réalisateur à Washington fournit immédiatement une liste de vols, de dates et même de numéros des vues dans les films pris par les astronautes. Muni de cette information, Sandler fut en mesure d'exercer une certaine pression sur la NASA et d'obtenir les films en questions, qui, il faut le préciser, ne se révélèront guère concluants.

Article sur l'histoire de la rencontre d'Holloman en , relatée par Lord Clancarty
Une image présentée comme extraite du film de Holloman

Un fait plus curieux encore est noté à propos d'un prétendu contact avec les extraterrestres qui se serait produit à la base aérienne de Holloman. Le sujet est abordé pour la première fois lors d'une réunion de réalisation à Washington. Les militaires suggèrent, d'une façon assez ambiguë, qu'il serait intéressant d'inclure dans le documentaire une séquence sur un contact réel entre extraterrestres et militaires, qui pourrait se produire dans l'avenir ou qui s'était peut-être déjà produit. Où çà ? demandèrent Sandler et Emenegger. Il faudrait chercher du côté d'une grande base aérienne isolée telle que celle d'Holloman, au Nouveau-Mexique, leur répond-on.

Paul Shartle, à la fois chef de la sécurité et responsable des programmes audiovisuels à la base de Norton, confia à Emenegger qu'il avait effectivement vu le film d'une véritable rencontre avec des extraterrestres, film qui avait été pris vers .

Voici comment Emenegger décrit l'arrivée des objets volants dans son livre "Ovnis : Passé, Présent et Futur" :

Le film documentaire ou intervient notamment Hynek, relatant la scénario d'un hypothétique atterrissage à la base de Holloman (à partir de 4:00).

Les objets non-identifiés ne répondant pas aux demandes d'identification, on informe le commandant de la base qui déclenche l'alerte.

L'incident prend des proportions sensationnelles : il se trouvent en effet qu'une équipe de photographie de la base est en mission à bord d'un hélicoptère. Elle comprend des cameramen, un sergent instructeur et un sergent-chef qui ont le temps de filmer les 3 objets dans le ciel de Holloman et reviennent avec plusieurs mètres de pellicule. Un des objets se détache du groupe et commence à descendre. Une 2ème équipe de photographes qui était prète à filmer un vol d'essai tourne ses caméras vers l'objet et obtient environ 180 m de film de 16 mm couleur.

Les caméras continuent à tourner tandis que l'objet se rapproche. Il plane pendant environ 1 mn, presque silencieusement, à 3 m au-dessus du sol, en tanguant sur place comme un bateau à l'ancre, puis il se pose sur 3 pieds articulés.

Le commandant et 2 officiers, accompagnés de 2 scientifiques de la base, arrivent et attendent la suite des événements avec appréhension. Un panneau coulissant s'ouvre sur le côté de l'appareil.

Enfin un être s'avance, puis un 2ème et un 3ème. Ils ressemblent à des hommes et sont vêtus de combinaisons collantes. Selon nos critères, ils sont petits. Ils ont le teint bleu-gris, des yeux écartés l'un de l'autre, un nez large et prononcé. Leur coiffure ressemble à des rangées de cordes superposées.

Le commandant et les 2 scientifiques s'avancent pour accueillir les visiteurs. Des arrangements sont faits dans une sorte de communication inaudible et le groupe se réfugie rapidement dans un bureau situé au centre d'une zone appelée "King I". De là ils sont dirigés vers l'extrémité de la rue Mars, jusqu'au bâtiment 930, dans la zone Ouest. Ils laissent derrière eux un groupe de militaires stupéfaits. Qui sont les visiteurs ? D'où viennent-ils et que veulent-ils ? Personne ne le sait.

A Washington, les militaires assurent à Sandler et à Emenegger que le film existe bien et qu'il peut être mis à leur disposition, mais le colonel Coleman ne répond jamais à la question évidente qui se pose : En admettant que ce film existe, est-il destiné à l'entraînement des pilotes, est-ce une simulation produite pour l'évaluation psychologique de certains sujets ou bien s'agit-il d'images authentiques de l'arrivée d'une véritable soucoupe volante venant de l'espace ?

La participation de Jacques Vallée à l'émission de Sandler est limitée. La partie historique du documentaire s'inspire amplement de ses livres Anatomie d'un phénomène et Vallée, J.: 1969 Visa pour la Magonie, mais il n'a pas d'influence directe sur le projet. En revanche, ceux qui, comme Hynek, participent au tournage sont très surpris de la façon dont Sandler et son équipe ont accès à la base de Holloman. Leur 1ère demande d'autorisation de filmer est accueillie avec une incrédulité absolue : Vous voulez venir ici ? Avec une caméra ? Holloman est une installation secrète ! Vous rendez-vous compte du temps qu'il faudrait pour obtenir toutes les autorisations nécessaires ?

Sandler rappelle son contact au Pentagone et lui fait part de ces difficultés et des changements que cela implique pour le tournage. "On va arranger çà !" est la réponse immédiate. Dès le lendemain, c'est la base de Holloman qui rappelle : Quand voudriez-vous amener votre équipe, monsieur Sandler ? Les papiers seront en règle à votre arrivée.

L'équipe filme la base mais n'y trouva aucune référence à une arrivée d'extraterrestres.

Jusqu'à la dernière minute du montage, Sandler et Emenegger conservèrent l'espoir de recevoir le film du "contact" annoncé par Shartle, mais ils ne pourront jamais en disposer. Leur documentaire montre donc une animation standard insérée entre des vues prises sur place et quelques croquis minutieux des prétendus extraterrestres.

Quelques images extraites d'un film présenté comme étant celui d'Holloman, extraite du documentaire télévisé sur les ovnis de UFO's, Friend, Foe or Fantasy commenté par Walter Cronkite. Il s'agit en fait du film d'un vol d'essai du Moller XM-2 "Moller's Skycars", IFOs, LaesiesWorks.

Paul Shartle affirme encore en 1988 avoir bel et bien vu le film en question et qu'il montrait 3 engins discoïdaux. L'un d'eux semblait être en difficulté et atterissait, alors que les 2 autres s'éloignaient. 3 personnages sortirent du premier. Par opposition aux êtres ayant un nez de taille réduite ou carrément sans nez que l'on trouve dans la littérature ufologique actuelle, les Gris du film avaient un nez proéminent. Il tenaient à la main un instrument décrit comme étant un traducteur. Malgré les affirmations des supérieurs hiérarchiques de Shartle, selon lesquelles ce film n'était qu'une mise en scène tournée pour l'armée de l'air, il n'en trouvait pas trace dans les archives militaires, à Norton. De plus, ajoutait-il, il était trop réaliste pour n'être qu'un film de formation et il avait bien été tourné par des opérateurs de l'armée qui s'apprêtaient à enregistrer le même jour un essai d'accélération.

Tout au long de ce projet, la promesse de renseignements à caractère sensationnel avait donc été agitée, puis retirée à la dernière minute par l'armée de l'air, selon un schéma classique de manipulation. Ce petit exercice avait laissé Sandler, Emenegger et Hynek perplexes et plutôts mécontents. Ils restaient sur leur faim. Quel but poursuivaient donc les militaires en laissant entendre qu'une telle scène pourrait se passer dans l'avenir ou s'était déjà produite, si un véritable film n'existait pas ?

A l'évidence, il ne s'agissait pas de la situation classique du désaccord sur la révélation ou non de certaines données. Au cours de ses conversations récentes, on confirma à Jacques Vallée que le fameux film existait et qu'il n'était même pas classé secret. Il semblerait donc que n'importe qui aurait pu créer une fuite sans s'exposer à des peines sévères, surtout s'il était possible de nier la réalité des images en faisant croire à une simple mise en scène. L'armée de l'air jouait un drôle de petit jeu.

La fondation John MacArthur fournit les fonds pour le documentaire de Sandler, mais, s'il faut en croire Bob Emenegger, cette fondation demanda au dernier moment et sans la moindre explication à ne pas apparaître au générique.

Peu après cet atterissage, en aurait été planifié un second, à la base d'Edwards, en présence du président Eisenhower.