Pendant un exercice de tir de nuit au-dessus du golfe d'Oman,
l'équipage d'un avion-canonnier des forces spéciales américaines voit sur son capteur infrarouge une vingtaine de
PANs qu'il décrit comme des orbes froides
, et que l'AARO n'a pas résolus.
Le , de nuit, un AC-130 des forces d'opérations spéciales américaines (USSOCOM) effectue un exercice de tir réel dans le golfe d'Oman. La position, donnée en coordonnées MGRS tirées des données GPS du capteur de l'avion, est partiellement masquée dans la copie publiée . Les descriptions des vidéos précisent qu'il s'agit d'un AC-130J .
L'observateur principal, seule source du rapport, est l'officier des systèmes de combat (CSO) qui manœuvre le capteur électro-optique et infrarouge (EO/IR) de l'avion et tire au canon de 105 mm. Le rapport ne le nomme pas et indique seulement qu'il avait un accès direct à l'information dans l'exercice de ses fonctions et savait qu'elle serait transmise au gouvernement américain .
L'équipage voit les premiers PANs après avoir largué une fusée éclairante activée au contact
de l'eau, qui doit servir de cible fictive. L'avion se met en orbite autour d'elle pendant que le CSO balaie les
environs avec le capteur. En ramenant le capteur, en mode infrarouge, sur la fusée, il voit deux orbes froides
d'environ 1,2 m de diamètre, entre 0 m et 6,1 m au-dessus de la surface de l'eau,
immobiles au-dessus de la fusée pendant environ . Il presse alors la détente du canon de 105 mm :
aussitôt, dans le bref délai entre la détente et le recul du canon, la paire de PANs s'éloigne rapidement de la
fusée et sort du champ du capteur sans changer d'altitude .
Pendant le reste de la sortie, l'équipage observe environ 25 occurrences de PANs, vus en
infrarouge comme des orbes froides aussi bien en mode blanc = chaud
que noir = chaud
. Deux d'entre eux volent en une formation lâche mais coordonnée, montant et descendant
comme une vague et passant autour, au-dessus et en dessous l'un de l'autre, à la façon dont des dauphins nagent en groupe en jouant
. La source commente Ils savaient qu'ils volaient ensemble
. D'autres
sont vus séparément volant en formation de trois, ou de façon erratique et en manœuvrant agressivement. Aucun moyen
de propulsion n'est observé .
Le CSO calcule leurs vitesses approximatives avec l'outil TACTOOL de l'avion :
au plus 2 092 km/h, au moins 402 km/h .
La description officielle de la pièce parle quant à elle d'estimations visuelles de l'équipage
.
L'équipage tente de sauvegarder toutes les images du capteur, mais l'enregistreur vidéo
numérique (DVR) de l'avion tombe en panne de façon inexplicable
et les données sont corrompues. Ne restent que des vidéos jointes au rapport, qui montrent un capteur pivotant
doucement ou immobile avec plusieurs PANs filant dans le champ .
Ce sont six courts films de l'écran du capteur infrarouge, pris au téléphone portable au même moment .
Le rapport d'information de renseignement (IIR) est rédigé par le bureau A2OX du commandement des opérations
spéciales de l'armée de l'air (AFSOC) et diffusé le , classé
secret et interdit aux étrangers, sous le titre Multiples phénomènes aériens non identifiés observés manœuvrant de façon erratique et en formation au-dessus du golfe d'Oman pendant un entraînement au tir réel d'un avion-canonnier AC-130 le 8 septembre 2021
. Il est adressé à plusieurs dizaines de destinataires, dont la DIA, la NSA, le FBI et l'ambassade américaine à
Mascate (Oman). Comme tout IIR, il s'agit d'une information non évaluée définitivement
. Il a été coordonné, sans commentaire
, avec le bureau de l'attaché de défense à
Mascate et le renseignement du commandement des opérations spéciales du CENTCOM (SOCCENT), et la source reste disponible pour être réinterrogée
.
Le rapport décrit ce que l'équipage a vu et mesuré, sans proposer d'explication ni examiner d'hypothèse. Il ne dit rien de la météo, de la Lune, de la mer, du trafic aérien ou maritime, ni de la façon dont la distance des PANs, nécessaire à leur taille et à leur vitesse, a été estimée .
Le CENTCOM transmet le signalement et les vidéos à l'AARO. Le rapport est déclassifié le
par le chef d'état-major du CENTCOM, le général Richard A. Harrison, et approuvé pour diffusion à l'AARO le .
Il paraît le dans la cinquième tranche de PURSUE, avec les six vidéos, toutes intitulées Rapport de PAN non résolu
.
L'AARO avertit que ces vidéos ne sont pas les données natives du capteur : filmées au téléphone sur un écran, elles perdent en fidélité, en résolution et en qualité, et peuvent présenter des artefacts propres à ce procédé, comme du flou ou du scintillement. Ses descriptions des vidéos ne sont données qu'à titre d'information et ne reflètent aucun jugement analytique ni aucune conclusion sur la nature des faits .
Selon l'AARO, la première vidéo () montre une zone de contraste qui reste à peu près au centre du champ du capteur .
Il en va de même dans la deuxième (), où elle sort un instant par le bas de l'image .
La troisième ne dure que .
Dans la quatrième (), des éléments de l'affichage du capteur entrent dans l'image et en sortent ; à la fin, le capteur change deux fois de mode et la zone de contraste se fond dans le fond .
Les deux dernières ( et ), qui selon l'AARO se recoupent largement, montrent deux zones de contraste : la plus grande traverse l'image de bas en haut puis y rentre en haut à gauche pour la quitter en bas à gauche, tandis que la plus petite sort par le bas et revient par le quart supérieur droit ; après un réglage du capteur, une zone de contraste entre par le haut et reste à peu près au centre .
La presse rapporte le cas le jour même de sa publication, en reprenant le rapport, sans
citer d'expert ni proposer d'explication .
EarthSky qualifie la rencontre de supposée
et rappelle que, selon l'AARO, les
petites orbes métalliques sont le type de PAN le plus souvent signalé par les militaires .
Pour Mick West
, ces six vidéos sont manifestement le film au
téléphone d'un écran de cockpit, et rien n'y distingue les orbes froides
de ballons . Matt Bramschreiber rappelle que l'AARO a identifié des ballons dans d'autres images
infrarouges en comparant leur forme et leur mouvement aux vents mesurés ; ici, les manœuvres coordonnées et les
vitesses rapportées s'accordent mal avec des ballons, mais faute de pouvoir vérifier ces mesures, il juge
l'objection solide mais pas décisif
.
Avi Loeb
voit dans un essaim de drones coordonnés une
explication possible du vol en formation, que le rapport ne permet pas d'exclure . Pour Matt Bramschreiber, de petits
drones sont une autre possibilité ordinaire, mais expliquent mal le haut de la fourchette de vitesse, 2 092 km/h .
Les oiseaux se voient en infrarouge, volent en groupe, et l'AARO en a reconnu dans d'autres cas : pour Matt Bramschreiber, ils restent une catégorie qu'on ne peut écarter du seul fait que l'observation sort de l'ordinaire .
Le mouvement apparent à l'écran dépend à la fois de l'orbite de l'avion, du capteur qui
pivote indépendamment et d'une distance incertaine : Matt Bramschreiber en conclut que
les vitesses ne peuvent être vérifiées sans les données natives du capteur ni les entrées du TACTOOL . Aucune
reconstitution de la géométrie de ces vidéos n'a été publiée, contrairement à d'autres vidéos de PURSUE où Mick West
attribue des accélérations apparentes à un
changement de mode de suivi de la caméra .
Matt Bramschreiber retient aussi, comme pour d'autres cas
non résolus de l'AARO, un reflet
thermique, un contraste dû à l'environnement ou un effet de l'affichage, auxquels s'ajoutent les artefacts du film
au téléphone. Il souligne que froid
décrit l'apparence relative de la cible à l'écran, et non une
température mesurée .
Que la paire de PANs s'éloigne au moment du tir n'établit, selon Matt Bramschreiber, ni conscience ni intention : coïncidence, signal venu de l'avion ou réaction réelle restent possibles . Les fichiers publics ne permettent pas de distinguer une cause d'une simple coïncidence dans le temps . Ethan Tremblay s'intéresse moins à la nature des PANs qu'à la décision de tirer : après d'observation de deux formes non identifiées au-dessus de la cible, il demande qui pouvait déclarer la zone dégagée et selon quels critères .
L'AARO classe le cas comme non résolu et n'a publié aucune analyse . Les analyses indépendantes s'accordent sur le fait que le cas ne peut être tranché sans les données natives du capteur, perdues avec l'enregistreur, ni les mesures du TACTOOL . Aucune des sources consultées n'examine la fusée éclairante elle-même, ni ses retombées, comme origine possible des contrastes vus au-dessus d'elle.