Les repères suivants présentent des exemples documentés de mise en esclavage, de vente de personnes et d'abolition, de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Ils ne constituent pas un inventaire exhaustif de toutes les sociétés esclavagistes. Une vente individuelle, un marché public, la traite et le statut juridique de l'esclave sont distingués lorsque les sources le permettent.
Au début du 2e millénaire avant notre ère, une tablette juridique provenant de Kisurra (Abu Hatab, Irak) enregistre la vente d'une fille réduite en esclavage pour 12 sicles d'argent. Conservé au British Museum sous la cote BM 085486, ce document constitue une trace écrite d'une transaction individuelle, sans établir à lui seul l'organisation d'un marché public .
Dans les textes fondateurs du judaïsme, l'esclavage est admis et réglementé. L'Exode 21 prévoit notamment la libération du serviteur hébreu après 6 années de service, avec des exceptions. Le Lévitique 25 distingue ce statut de celui des esclaves étrangers : les versets 44 à 46 permettent leur acquisition et leur transmission aux descendants. Ces prescriptions anciennes ne constituent pas, à elles seules, une description des positions juives actuelles .
Dans le bouddhisme, le Vanijja Sutta classe le commerce des êtres humains parmi les activités qu'un disciple laïc ne doit pas exercer. Ce précepte porte sur les moyens de subsistance du pratiquant ; il ne constitue pas une loi civile d'abolition applicable à toutes les sociétés bouddhistes .
Les textes fondateurs du christianisme s'adressent à des sociétés où l'esclavage existe. L'épître aux Éphésiens 6, 5–9 demande aux esclaves d'obéir à leurs maîtres et aux maîtres de renoncer aux menaces, en rappelant qu'ils ont le même maître céleste. Ce passage règle les relations au sein de l'institution sans en demander l'abolition .
Dans la tradition juridique brahmanique de l'hindouisme, les Manusmṛti 8.415 énumèrent 7 origines du statut d'esclave, dont la capture de guerre, la naissance dans la maison, l'achat, le don, l'héritage et la sanction pénale. Ce texte reconnaît et organise le statut servile ; il ne résume pas toutes les traditions hindoues ni leurs positions contemporaines .
Au 7e siècle, le Coran, texte fondateur de l'islam, reconnaît l'existence des personnes asservies, tout en valorisant leur affranchissement. Le verset 24.33 prévoit des contrats de libération sous condition et interdit de contraindre les femmes esclaves à la prostitution ; le verset 90.13 présente la libération d'un esclave comme une bonne action. Ces dispositions ne prononcent pas une abolition générale .
Deux actes datés du et du documentent la vente puis la revente d'une jeune femme nommée Aissa, qualifiée de sarrasine dans les textes, à Marseille. Le premier prix est de 9 livres et 15 sous ; le second, de 10 livres. Ces contrats identifient les parties et les sommes versées .
À partir du 16e siècle, la traite atlantique déporte des millions de personnes depuis l'Afrique vers les Amériques. La base SlaveVoyages rassemble des données de voyages, notamment les ports, les dates et les nombres de personnes embarquées et débarquées ; ses estimations couvrent à . Les chercheurs estiment à environ 12,5 millions le nombre de personnes embarquées de force, dont environ 10,7 millions ont survécu à la traversée .
En , le pape Paul III affirme que les Amérindiens sont de véritables êtres humains, capables de recevoir la foi chrétienne, et qu'ils ne doivent pas être privés de leur liberté ni de leurs biens, même s'ils ne sont pas chrétiens. Le texte demande une évangélisation par la prédication et l'exemple. Cette prise de position ne met pas fin aux pratiques esclavagistes dans les sociétés chrétiennes .
En à , à Valladolid (Espagne), une assemblée réunie à l'initiative de Charles Quint examine la légitimité de la conquête et du traitement des populations amérindiennes. Juan Ginés de Sepúlveda défend des justifications de la guerre et de la domination espagnoles ; le dominicain Bartolomé de Las Casas défend la liberté des peuples autochtones et leur évangélisation pacifique. Les échanges sont notamment conservés dans une publication de Las Casas de , qui comprend un résumé de Domingo de Soto et les objections et réponses des protagonistes .
La discussion porte sur les titres de conquête, la guerre et les modalités de l'évangélisation. La réduire à un vote sur l'existence d'une âme chez les Amérindiens reprend une simplification popularisée par les représentations romancées. Elle ne constitue pas une abolition universelle de l'esclavage .
En , un édit royal réglemente l'esclavage dans les colonies françaises. Son article 44 classe les personnes esclavisées parmi les biens meubles. Ce texte, désigné comme le Code noir, est une source juridique sur l'institution esclavagiste et la transmission des personnes considérées comme propriété .
En , 4 quakers de Germantown (Philadelphie, Pennsylvanie) présentent une pétition contre l'esclavage et la traite. Ils invoquent notamment la règle de réciprocité morale : ne pas imposer à autrui ce qu'on refuserait pour soi. Cet exemple montre qu'au sein des milieux chrétiens apparaissent aussi des argumentaires abolitionnistes, sans que tous les quakers aient alors renoncé à posséder des esclaves .
Le , la Convention nationale décrète l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Son application n'est pas uniforme dans les différents territoires .
À partir de , le Consulat maintient l'esclavage dans certaines colonies et le rétablit dans d'autres, selon des dispositions et des opérations distinctes. La loi du maintient notamment le régime esclavagiste dans les colonies restituées à la France où l'abolition n'avait pas été appliquée .
En , le Parlement britannique interdit la traite, ce qui n'affranchit pas les personnes déjà esclavisées. La loi de , entrée en vigueur en , abolit l'esclavage dans une grande partie des colonies britanniques, avec une période de travail obligatoire sous le statut d'apprenti pour de nombreux anciens esclaves .
Le décret du abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises .
Ratifié le , le 13e amendement abolit l'esclavage et la servitude involontaire aux États-Unis, tout en conservant une exception pour la peine infligée après condamnation pénale .
Le traité du entre le gouvernement britannique et le sultan de Zanzibar impose notamment la fermeture des marchés publics destinés à l'achat et à la vente d'esclaves importés dans les domaines du sultan. Il distingue cette mesure de l'interdiction des transports maritimes de captifs. Ce document ne permet pas de qualifier ce marché de dernier marché d'esclaves au monde .
Le , la loi n° 3353, dite Lei Áurea, déclare l'esclavage aboli au Brésil .
Une correspondance britannique de documente un marché à Hamasah (oasis de Buraimi). L'auteur rapporte, d'après ses informateurs locaux, la vente récente de 50 personnes et signale l'arrivée de 3 personnes enlevées au Baloutchistan iranien pendant le séjour de l'expédition. Il distingue ses informations de seconde main de ses observations et reconnaît l'incertitude des estimations annuelles .
Eleanor Roosevelt joue un rôle majeur dans l'élaboration et l'adoption de la Déclaration universelle de , en présidant la Commission des droits de l'Homme de l'ONU .
L'article 4 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, adoptée le , interdit l'esclavage et la traite sous toutes leurs formes .
En Arabie Saoudite, le dossier fait l'objet d'une commission à partir de sous le roi Saoud, selon la bibliothèque du roi Saoud .
Le , devant la Chambre des lords, Robin Maugham rapporte le témoignage d'un officier anonyme ayant découvert des enfants entravés sur une place de marché de la région de Buraimi en . Il déclare aussi avoir lui-même acheté, dans le Sahara près de Tombouctou en , un homme de 20 ans nommé Ibrahim pour 25000 francs AOF, avant de le libérer. Il affirme avoir photographié la transaction. Le compte rendu parlementaire conserve ces déclarations, mais ne contient pas les photographies : le premier récit est indirect, le second décrit une vente individuelle, sans établir à lui seul l'existence d'un marché public organisé .
La révolution yéménite de accélère les réformes : la monarchie saoudienne, inquiète de l'influence de l'Égypte de Nasser, recherche le soutien des États-Unis. Les documents diplomatiques américains associent ce soutien à l'encouragement de réformes internes. .
Le , Fayçal, alors prince héritier et 1er ministre sous le règne de Saoud, annonce un programme en 10 points comprenant l'abolition de l'esclavage. L'État prévoit une indemnisation des propriétaires pour les personnes libérées .
En , une note de la Banque mondiale relie rétrospectivement la crise yéménite au retour de Fayçal à la tête du gouvernement et aux réformes comprenant l'abolition .
Le Catéchisme de l'Église catholique, promulgué en , condamne au paragraphe 2414 les actes qui conduisent à asservir des êtres humains et à les acheter, vendre ou échanger comme des marchandises. Cette position contemporaine se distingue des prescriptions antiques qui réglaient les rapports entre maîtres et esclaves .
Le , des responsables chrétiens, musulmans, juifs, hindous et bouddhistes signent une déclaration commune contre l'esclavage moderne. Ils affirment la dignité et la liberté de toute personne et s'engagent à combattre l'exploitation qui réduit les personnes à des objets de commerce. Cette déclaration exprime l'engagement des signataires ; elle ne suppose pas une autorité doctrinale unique sur tous les fidèles de chaque religion .
Le , la commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie publie un rapport sur les crimes de Daech contre les Yézidis depuis . Fondé notamment sur des entretiens avec des survivants, il décrit la vente de femmes et de filles sur des marchés d'esclaves, ainsi que leurs reventes entre membres de l'organisation, en Irak et en Syrie. Ces captives subissent un esclavage sexuel. Il s'agit de marchés organisés et d'une mise en esclavage documentés par une enquête, et non d'une simple survivance du statut juridique ancien .
Le , l'OIM dénonce l'existence de marchés d'esclaves en Libye, à partir de témoignages de migrants racontant avoir été achetés et vendus. Un rapport du secrétaire général de l'ONU reprend cette alerte : des migrants subsahariens sont vendus et des femmes sont réduites à l'esclavage sexuel. Cette alerte repose sur des témoignages recueillis par l'organisation .
Le , la mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU sur la Libye annonce avoir des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l'humanité ont été commis contre des migrants. Ses conclusions portent notamment sur la réduction en esclavage, la cession de personnes à des tiers pour différents services et l'esclavage sexuel de femmes dans des centres de détention ou à proximité. La mission a conduit plus de 400 entretiens et recueilli plus de 2800 éléments d'information. Ces conclusions d'enquête ne constituent pas, à elles seules, une condamnation judiciaire de chaque responsable .
En , un rapport conjoint de la MANUL et du HCDH, consacré aux faits documentés en Libye pendant à , décrit la persistance d'un système d'exploitation des migrants, demandeurs d'asile et réfugiés. Il mentionne notamment le travail forcé, l'exploitation sexuelle, les rançons et la vente ou le transfert de personnes entre trafiquants. Ces pratiques attestent la poursuite de transactions sur des êtres humains ; elles ne correspondent pas nécessairement toutes à des marchés publics avec enchères .
Les estimations suivantes concernent des flux cumulés sur des périodes différentes. Elles ne mesurent ni le nombre de personnes esclavisées à une date donnée, ni tous les décès liés aux captures et aux transports. Les chiffres sont arrondis pour ne pas leur donner une précision supérieure à celle des sources.
Le tableau africain de Boston University reprend des reconstructions de Lovejoy et d'Allen, pas un recensement complet. Les flux de la mer Rouge et de l'océan Indien qu'il couvre ne représentent pas tout l'esclavage de l'Asie. Les traites internes, les reventes et les naissances en esclavage posent d'autres problèmes de comptage. Ces nombres ne doivent donc pas être additionnés en un total mondial : une même personne peut avoir été déplacée sur plusieurs routes ou revendue.
L'abolition légale de en Arabie Saoudite ne suffit pas à dater la fermeture d'un marché particulier. Les enquêtes sur les pratiques du 21e siècle documentent des marchés, des ventes et des formes d'esclavage clandestines ; elles ne permettent pas de désigner un dernier marché à l'échelle mondiale.
Le rôle de Eleanor Roosevelt dans la Déclaration universelle est documenté ; les sources citées ici n'établissent pas qu'elle aurait personnellement obtenu l'abolition saoudienne.