Amazing Stories

AS est créé en 1929 par Hugo Gernsback, un ingénieur électricien, père de la science-fiction moderne. En l'année suivante y paraît Le 1er martien (The first martian), de Eando Binder. En 1938, la Ziff-Davis Publishing Company de Chicago rachète le magazine qui péréclite. William B. Ziff décide de confier les rennes éditoriaux à Ray Palmer, alors jeune écrivain de science-fiction du Milwaukee (Wisconsin).

Etendant le magazine à 200 pages ou plus, Palmer l'adapte délibérément aux goûts des adolescents. Il le remplit d'histoires de non-fiction et fait du remplissage avec de la science et de la pseudo-science ajoutée à la formule habituelle d'histoires courtes de BEM et de beautés vierges en détresse. Beaucoup d'histoires sont écrites par Palmer lui-même sous divers pseudonymes tels que Festus Pragnell et Thorton Ayre, lui permettant d'augmenter son maigre salaire en se payant lui-même la tarif habituelle de 1 penny par mot. Ses vieux amis fans contribuent eux aussi aux histoires du magazine, avec largement plus de zèle que de talent. En fait, parmi la douzaine de magazines de science vendus dans les kiosques à journaux, Amazing Stories est largement le pire de tous. Ses concurrents, tels que Startling Stories, Thrilling Wonder Stories, Planet Stories et le vénérable Astounding (aujourd'hui renommé Analog) emploient des écrivains professionnels et compétents tels que Ray Bradbury, Isaac Asimov, et L. Ron Hubbard (qui créera plus tard la Dianétique et sa secte de Scientologie). Amazing Stories est un ramassis de détritus en comparaison et les fans de science-fiction pure et dure ont tendance à s'en moquer.

Le magazine fait malgré tout son chemin, tant bien que mal, dans les années 1940s, largement ignoré de tous, si ce n'est pour un incident : Howard Browne, un rédacteur de télévision qui était l'éditeur associé de Palmer à cette époque, se souvient :

Au début des années 1940s, une lettre nous arriva de Dick Shaver, visant à révéler la "vérité" sur une race de monstres, nommés "Deros", vivant sous la surface de la Terre. Palmer la lut, et me la donna pour commentaire. J'en lus un tiers et la jetta à la poubelle. Ray - qui adorait montrer à ses éditeurs une ou deux astuces du métier - la sortit de la corbeille, et la publia dans Amazing. Une déferlante de courriers arriva de lecteurs jurant que chaque mot de cela était vrai, ayant été eux-mêmes harcelé par les Deros pendant des années.

Palmer publie l'alphabet de Shaver dans le numéro de janvier 1944, puis la nouvelle Je me souviens de la Lémurie, réécrite par Palmer en 31000 mots, dans celui de mars.

En fait, Palmer avait atteint un public énorme, jusqu'ici non reconnu.

Couverture de Amazing Stories relatant les histoires de Shaver
Couverture de Amazing Stories relatant les histoires de Shaver

D'une certaine manière les nouvelles de la découverte de Shaver dépassaient les cercles de la science-fiction et les gens qui n'avaient jamais acheté un magazine bon marché se ruèrent dans leur kiosque le plus proche. La demande pour Amazing Stories dépassa tant la capacité de Ziff-Davis qu'il dût détourner les fournitures de papier d'autres magazines afin d'augmenter le tirage de AS.

Howard Brown se souvient :

Palmer se rendit en Pennsylvanie pour parler à Shaver. Il le trouva assis sur un paquet de choses qu'il avait écrites sur les Deros, en acheta le moindre morceau et passa un contrat pour en avoir plus. Je pensais que c'était les foutaises les plus insensées dans lesquelles j'aurais pu m'engager. Palmer le sortit et doubla le tirage de Amazing en 4 mois.

Fin de l'année suivante, Amazing Stories vendait 250000 exemplaires par mois, un tirage surprenant pour un magazine de science-fiction bon marché. La section des "lettres au rédacteur" était la partie la plus intéressante de la publication. Voici une contribution typique pour le numéro de juin 1946 :

Messieurs:

J'ai piloté ma dernière mission de combat le 26 Mai [1945] alors que je fus descendu au-dessus de Bassein et ditched my ship in Ramaree roads off Chedubs Island. Je fus porté manquant 5 jours. Je demandais de quitter à Kashmere (sic). Moi et le capitaine [supprimé sur demande] quittèrent Srinagar et nous rendîmes à Rudok puis à travers le passage de Khese vers les contreforts du Karakoram. Nous trouvîment ce que nous cherchions. Nous savions ce que nous cherchions.

Au nom de Dieu, abandonnez tout cela ! Vous jouez avec de la dynamite. Mon compagnion et moi fought our way out of a cave with submachine guns. J'ai deux cicatrices de 9 pouces sur mon bras gauche qui proviennent de blessures qui me furent infligées dans la grotte alors que j'étais à 50 pieds d'un objet en déplacement d'un type quelconque dans un silence parfait. Les muscles furent pratiquement arrachés. Comment ? Je ne sais pas. Mon ami a un trou de la taille d'une dime dans son biceps droit. Il fut brûlé à l'intérieur. Comment nous ne savons pas. Mais nous croyons tous les deux que nous en savons plus sur le mystère Shaver que tout autre duo.

Vous pouvez imaginer mon effroi lorsque je pris ma première copie de Amazing Stories et vous vit lançant des mots sur le sujet.

L'identité de l'auteur de cette lettre ne fut pas dévoilée à sa demande. Plus tard Palmer révéla son nom : Fred Lee Crisman.

En , Amazing Stories publie Circle-Winged Plane, un court article de W.C. Hefferlin décrivant des exprimentations avec un appareil circulaire en 1927 à San Francisco.

Une lettre du lieutenant de l'armée Ellis L. Lyon dans le numéro de septembre 1946 exprime la préoccupation sur l'impact psychologique du mystère Shaver :

Ce qui m'inquiète à ce sujet est qu'il existe quelques, et peut-être un grand nombre de lecteurs qui pourraient accepter que ce mystère Shaver comme basé sur des faits, de la même manière que Orson Welles avait présenté son invasion depuis Mars, par la radio il y a des années de cela. Il est bien sûr impossible pour le lecteur de chercher à vérifier vos "discussions" et "commentaires de lecteur", qui sont en fait des lettres de lecteurs et créditées à un rédacteur de l'équipe de Amazing Stories, déclechant des tempêtes pour maintenir l'intérêt dans vos théories de fiction. Cependant, si les lettres sont généralement l'œuvre des lecteurs, il est attristant de voir la réaction que vous avez causé dans leurs cerveaux embrumés. Je parle des lettres de personnes ayant "vu" les traînées d'échappement de vaisseaux à réaction ou "ressenti" l'influence des radiations de sources souterraines.

Palmer demande à des artistes de faire des croquis des objets décrits par les lecteurs et des machines en forme de disque apparaissent sur les couvertures de son magazine bien avant juin 1947. On peut donc noter qu'un nombre considérable de personnes - des millions - furent exposées au concept des soucoupes volantes avant que les media nationaux en soit même avertis. Toute personne jetant un oeil aux magazines d'un kiosque et voyait une couverture d'Amazing Stories ornée de soucoupes avait l'image implantée dans son sub-conscient. Dans le cours des 2 années entre mars 1945 à juin 1947, des milliers d'americains voient au moins un numéro de Amazing Stories et sont au courant du mystère Shaver avec toutes ses implications déconcertantes. Nombre de ces personnes sont dehors étudiant le ciel vide dans l'espoir qu'eux aussi, comme les lecteurs de Amazing Stories, voient quelque chose de merveilleux. La 2nde guerre mondiale est terminée et une nouvelle excitation se fait attendre. Palmer la fournit - la plupart à l'alarmement du lieutenant Lyon et de Crisman.

Fate

La même année, Palmer décide de sortir un numéro de Amazing Stories entièrement consacré aux soucoupes volantes. Cependant, l'éditeur demande qu'il abandonne le sujet après que 2 hommes en uniformes de l'USAF l'aient visité a[Palmer]. Palmer décide de publier un magazine lui-même. Avec l'aide de Curtis Fuller, qui publie un magazine aérien, et de quelques autres amis, il sort le 1er numéro de Fate au Printemps 1948. Magazine de poche imprimé sur le plus économique des papiers, Fate est aussi mal édité que Amazing Stories et n'a aucun impact sur le public. Mais c'est le seul périodique à contenir des rapports d'ovnis dans chaque numéro. Le lectorat de Amazing Stories supporte les premiers numéros de bon coeur.

Amazing Stories a souvent changé de mains depuis mais est toujours publié, et paie toujours ses rédacteurs un penny le mot.

Références :