Trois personnes qui regardent les étoiles dans un jardin de Braine-le-Comte (Hainaut, Belgique) voient passer en silence une forme en boomerang, que le COBEPS n'identifie pas
Le week-end du au , FWY est chez son parrain AKH, qui vit avec BJN. Après avoir regardé un film, peu avant minuit, ils sortent tous trois par la véranda pour observer les étoiles quelques minutes avant d'aller dormir. La fin de soirée est très calme, sans train ni avion. Ils se mettent à jouer au premier qui verra une étoile filante .
Le rapport ne les désigne que par leurs initiales. AKH, une quarantaine d'années, fonctionnaire européen et astronome amateur, ancien abonné de la SOBEPS, n'avait jamais rien vu de tel. Son compagnon BJN est professeur de musique dans un conservatoire ; il porte des lunettes, qu'il avait ce soir-là. FWY, 17 ans, étudiant, est le filleul d'AKH et passe le week-end chez lui .
Le lieu n'est donné qu'à un dixième de degré près (50,6° N, 4,1° E, à 89 m d'altitude) : un jardin dans un quartier résidentiel, près de la ligne de chemin de fer de Mons à Bruxelles, avec quelques lampadaires et les lumières de la véranda. Ils sont alignés sur la pelouse à un ou deux mètres l'un de l'autre, et regardent chacun dans une direction différente : AKH vers le sud-ouest, FWY vers le nord-nord-ouest, BJN vers le nord-est. Leurs souvenirs de l'emplacement exact ne concordent pas .
Le METAR de l'aéroport de Chièvres (Belgique), 25 minutes avant, indique un ciel sans nuage, une visibilité d'au moins 10 km, 13 °C, et un vent de sud-ouest de 13 km/h ; le bulletin synoptique de Zaventem (Belgique) ne signale que des cirrus au-dessus de 2 500 m. Il n'y a pas de Lune. Saturne et Arcturus sont à 213° et 260° d'azimut .
AKH voit le premier, au sud-ouest, quelque chose que je ne pouvais définir
: une forme de boomerang qui se
détache faiblement du ciel étoilé, sans lumière au début, d'une luminosité gris-orangé comme un nuage qui reflète
l'éclairage public, mais dont la forme et la vitesse ne sont pas celles d'un nuage. Elle avance pointe en
avant
, en ligne droite. Quand elle s'éloigne vers le nord-ouest, il croit distinguer une dizaine de petites
lumières rouges fixes sur toute la tranche arrière, comme partiellement et successivement masquées par quelque chose
qui passerait devant elles. Elle disparaît derrière une rangée de maisons. Il a l'impression d'un vaisseau en occultation
, présent mais à peine perceptible, et se demande si l'objet ne change pas de forme .
BJN se retourne à l'appel d'AKH : Tiens, un nuage ! Non ce n'est pas un nuage ! On dirait un cerf-volant ou un
deltaplane, mais c'est beaucoup trop grand !
Il voit la forme traverser tout le ciel en une dizaine de
secondes, d'un métal sombre, plus claire que noire, avec une impression de vibration comme un écran de
télévision
, sans aucune lumière ni éclair. Il la situe à une centaine de mètres de hauteur au-delà de la voie
ferrée, estimation qu'il juge lui-même difficile .
FWY se retourne de tout le corps et ne voit le phénomène que deux à cinq secondes : une forme un peu plus noire que
le ciel, portant cinq à sept sphères lumineuses orange, d'égale et faible intensité, régulièrement espacées, qui
dessinent un boomerang. Elle disparaît comme ça
, sans qu'il l'ait vue se perdre au loin : il a dû cligner des
yeux. Ému jusqu'aux larmes, il passe la nuit avec une lumière allumée dans le couloir .
Les trois décrivent donc la même forme mais pas les mêmes lumières : orange à l'avant pour FWY, rouges à l'arrière pour AKH, aucune pour BJN. Tous soulignent l'absence de bruit, alors que BJN entend le chat passer près d'eux .
Signalé par AKH sur le formulaire du COBEPS le , le cas est traité tardivement, du au , date de son passage au comité de lecture .
Le , six mois après les faits, Jean-Marc Wattecamps
, Karine Faucher et Philippe Perbet interrogent les trois
observateurs en même temps, chacun par un enquêteur différent, par entretien cognitif .
L'entretien a lieu tard : le cas, bref, n'avait pas été jugé prioritaire, et il sert aussi à former de nouveaux enquêteurs, dont deux en sont à leur premier. Celui d'AKH, tendu, n'est pas enregistré ; l'enregistreur de celui de FWY, très ému, s'arrête au début du troisième récit ; BJN ne se souvient pas de la bonne date ni de la soirée qui a précédé, ce qu'il reconnaît .
Les enquêteurs reconstituent ensuite la scène dans le jardin : chacun donne l'azimut, la hauteur et la taille apparente du phénomène au début, à son plus proche et à la fin. Les tailles sont comparées à des objets tenus à bout de bras (une balle de tennis, 5,67° ; une bille, 1°) et les enquêteurs retiennent toujours la plus petite, parce que les tailles apparentes sont généralement surestimées .
AKH le voit d'abord à 215° d'azimut et 10° de hauteur, sur 1,5° de large, puis les feux rouges à 320° et 31°, et le perd à 321° et 13°. BJN le voit à 220° et 42°, au plus proche à 295° et 60°, presque à la verticale, sur 5,67°, puis à 12° d'azimut et 13° de hauteur, sur 1°. FWY le voit à 270° et 20°, sur 5,67°, et le perd à 293° et 12°. Les trois s'accordent sur une hauteur finale d'environ 12°. Les caps qui en résultent, 358°, 6° et 23°, donnent un cap moyen de 7,7° par ajustement sur un stéréonet de Wulff ; la vitesse angulaire va de 4,6 à 12,7°/s. Les positions des témoins étant trop proches pour une triangulation, aucune distance ni aucune taille réelle ne peut être calculée .
FWY a écrit à une amie de Verviers (Belgique) par SMS le soir même ; elle a vu, plus tôt,
un truc rond/ovale orange, assez petit
, loin dans le ciel, qui bougeait assez régulièrement. Elle le confirme
le .
Les observateurs ont cherché des images semblables. BJN évoque une planche de la bande dessinée Yoko Tsuno, La Porte des âmes, où un objet de ce genre apparaît dans la cinquième case. AKH joint deux illustrations trouvées sur le web après coup, dont une forme en papillon poursuivie par des avions militaires, qui ont en commun avec ce qu'il a vu la forme d'ensemble et la myriade de petites lumières sur la tranche arrière, rouge vif dans son cas .
Le rapport écarte un nuage éclairé par les lampadaires, qui aurait été isolé, très bas et animé d'une vitesse de 720 km/h pour des cirrus à 2 500 m .
Le rapport ne retient pas non plus des lanternes volantes, même si un week-end, avec un terrain dégagé au vent, leur serait favorable : à 100 ou 150 m, elles auraient filé à 29 à 108 km/h pour un vent de 13 km/h, et les trois observateurs, ensemble, auraient dû les décrire de la même façon .
Une rentrée de l'étage de fusée soviétique SL-8 1981-033B, prévue le à 22 h 25 UTC, à deux heures près, tombait dans la fenêtre. Le rapport la tient pour peu probable : elle se serait vue sur un large territoire, or il n'y a pas d'autre témoin ; le phénomène a une composante locale. Le seul autre signalement de la nuit, à Lavoir (Belgique), à 80 km, vers 22 h 30 (un point rouge circulaire qui a disparu après 20 secondes), ne correspond pas : il est classé lanterne probable .
Aucun avion ne survolait la zone à basse altitude au moment des faits. Les enquêteurs jugent les trois observateurs crédibles et classent le cas PAN D (GEIPAN), lumière nocturne selon Hynek et FBS selon Vallée, non identifié. Les indices de crédibilité, d'étrangeté et d'information valent respectivement 50 %, 40 % et 76 % selon Poher, 60 %, 15 % et 100 % selon Ballester-Guasp, soit des indices de certitude de 15 % et 9 %. Le cas est jugé bref et peu étrange, comparable à beaucoup d'autres lumières nocturnes .
En ajustant un même plan passant par l'observateur sur les huit directions relevées, comme le fait le stéréonet du COBEPS, UFO@home trouve un cap de 7,8°, pour 7,7° dans le rapport, et une inclinaison de 33°. Les relevés s'écartent pourtant de ce plan de 5° à 27°, ceux de BJN étant les plus éloignés. Posé sur la ligne horizontale où ce plan est à 100 m de hauteur, estimation de BJN, le phénomène mesurerait de 10 m (AKH) à 18 m (BJN et FWY, au plus proche) et filerait à 55 km/h (FWY) jusqu'à 200 km/h (AKH). Cette hauteur est une hypothèse : le rapport juge impossible de calculer une distance. Cette interprétation est proposée dans le lecteur, à côté du compte rendu de chaque observateur, qu'elle ne modifie pas .
Le rapport n'examine pas l'hypothèse d'un vol d'oiseaux éclairés par en dessous par l'éclairage public, que les lampadaires et les lumières de la véranda rendraient concevable. Elle reste à tester avec les données du rapport : une forme en V sombre, une lueur orange faible, un passage silencieux et rapide, une disparition d'un coup ; mais aussi, pour AKH, des lumières rouges fixes et, pour les trois observateurs, une taille apparente de 1,5 à 5,67° et une vitesse angulaire de 4,6 à 12,7°/s, qu'il faudrait pouvoir associer à une distance et à une taille d'oiseaux . Le lecteur la propose comme interprétation : sept oiseaux en V sur 4 m de large, le long du même vol rectiligne mais à 40 m de hauteur, où la vitesse tombe à 80 km/h environ, celle d'une oie ou d'un canard, au lieu de 200 km/h à 100 m.