Criminalité

Le Amedy Coulibaly (20 ans) et Sidi N. (21 ans, également originaire de Grigny), le visage dissimulé sous des casques de moto, font irruption dans la boîte de nuit Le Hammam Club (rue d'Amsterdam, 9ème arrondissement de Paris). Sous la menace d'une arme de poing et d'un fusil à pompe à crosse sciée. Ils s'en prennent au gérant des lieux avant de s'emparer de 1000 €.

Ils prennent aussitôt la fuite sur une puissante moto de couleur noire. plus tard, ils tentent de pénétrer dans la discothèque l'Enfer (rue du Départ dans le 14ème arrondissement). Mais un des vigiles de l'établissement les ayant vus arriver parvient à fermer les portes à temps. Les 2 malfaiteurs font alors demi-tour avant d'être interpellés quelques instants plus tard, rue du Docteur Bauer à Saint-Ouen (Saine-Saint-Denis).

En , Coulibaly est condamné à 6 ans de prison. Il sera placé en détention à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne).

La filière "des Buttes Chaumont"

En , Chérif Kouachi est livreur chez El Primo Pizza aux Lilas (Nord-Est de Paris). Pour aller travailler, il n'a qu'à traverser le périphérique : il habite en effet rue Ambroise-Rendu, dans un quartier populaire parisien, coincé entre les Buttes-Chaumont et le boulevard des Maréchaux. A 22 ans, ses parents sont décédés, issu d'une famille de 5 enfants, il a été placé en foyer à l'âge de 12 ans. Fumeur de cannabis invétéré, il se met à fréquenter, comme son frère aîné Saïd, un petit cercle de jeunes salafistes, prônant une lecture littérale et rigoriste du Coran. A chaque réunion, ils sont une dizaine dans une arrière-salle de mosquée à se radicaliser de plus en plus sur fond d'intervention américaine en Irak. Depuis cette opération militaire controversée, lancée en , le pays s'affirme comme une nouvelle terre de djihad armé après l'Afghanistan. "Charlie Hebdo: qui sont les deux frères recherchés par la police?"

En , Chérif est interpellé alors qu'il s'apprête à quitter la France. En il apparaît dans un reportage sur le terrorisme Pièces à conviction, France 3. Cette année-là, il rencontre Coulibaly à la prison de Fleury-Mérogis.

En , Chérif Kouachi est condamné à 3 ans de prison dont 18 mois avec sursis dans l'affaire de la filière jihadiste du 19e arrondissement de Paris.

Chérif Kouachi et Coulibaly se croisent en prison. Leurs épouses sont proches et font du sport ensemble.

En , Chérif Kouachi effectue un séjour au Yémen de quelques mois, où il est formé au maniement des armes par un un membre d'Al-Qaïda au Yémen New York Times.

A partir du , Charlie Hebdo s'installe 10 rie Nicolas Appert, dans le 11ème arrondissement de Paris. A partir de , la surveillance permanente de Charlie est interrompue : seul Charb reste protégé par un policier, et quelques rondes régulières sont faites devant le journal Jaussent, Violaine: "Quel était le dispositif de sécurité mis en place autour de "Charlie Hebdo ?", France TV Info, 2015-01-07.

Fin , Coulibaly achète des gants noirs et 2 sacs de sport. Juste avant Noël, il achète aussi un lave-vaisselle, pour 2000 € de meubles Ikea, un iPhone 5 et une PlayStation 4 Triomphe, Chloé & M.-A.B.: ""Dormir et se planquer", les instructions reçues par Coulibaly le jour de Charlie", Europe 1, 2014-10-14.

Expédition meurtrière

Le , à , Chérif Kouachi depuis son domicile de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) envoie un SMS à l'une des 13 lignes téléphoniques entre lesquelles jongle Amedy Coulibaly depuis quelque mois Cazi, Emeline & Vincent, Elise: "Une heure avant « Charlie », le dernier SMS", Le Monde, 2015-02-17. Peu avant , une Citroën C3 conduite par un 3ème homme dépose 2 hommes vêtus de noir, cagoulés, porteurs d'une kalachnikov et d'un lance-roquette, devant le n° 6 rue Nicolas Appert. Ils s'aperçoivent qu'il ne s'agit pas de la rédaction de Charlie Hebdo. Ils demandent autour d'eux où se trouve Charlie Hebdo, puis se dirigent alors devant le siège de l'hebdomadaire, au n° 10.

La dessinatrice Coco est devant la porte du journal :

J’allais chercher ma fille à la garderie, devant la porte de l’immeuble du journal 2 hommes cagoulés et armés m'ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J’ai tapé le code. Mauriaucourt, Laurence: "Charlie Hebdo : Le témoignage de la dessinatrice Coco", L'Humanité 2015-01-07

Un journaliste de Premières Lignes, une société de production tv située dans le même immeuble que Charlie, descendu fumer une cigarette, aperçoit les hommes armés de kalachnikov cherchant Charlie et remonte en vitesse prévenir ses collègues, criant : kalach ! kalach ! kalach !. Ils ferment la porte, et mettent devant ce qu'ils peuvent pour se barricader ""Charlie Hebdo" : ils ont vécu l'attaque, ils racontent", Le Nouvel Observateur, 2015-01-07.

Massacre

Les 2 hommes pénètrent dans le bâtiment et tirent en criant toujours qu'ils cherchent Charlie Hebdo. Ils tirent sur les 2 hommes dans le hall d'entrée et tuent l'un d'eux, Frédéric Boisseau (agent d'entretien pour Sodexo C'est la première fois qu'il avait rendez-vous là-bas, dira son épouse, il ne savait même pas qu'il y avait Charlie Hebdo. Il était au mauvais endroit au mauvais moment. J'ai la tête haute parce que Frédéric est un homme bien. On va faire ce qu'il aurait fait et rester digne. RTL, vendredi).

Coco se souvient :

ça a duré … Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al Qaïda.

Images filmées par l'agence Premières Lignes France TV info

Les journalistes de Premières Lignes qui ont essayé d'appeler la police sans succès, entendant les coups de feu se rapprocher, sont finalement partis se réfugier sur le toit. De là, ils passent sur l'immeuble voisin, se cachent derrière des cheminées, et voient le chauffeur du trio tirer sur la facade.

A ce moment, une quinzaine de personnes assistent à la conférence de rédaction de l'hebdomadaire. Philippe Lançon enfile son manteau, son bonnet et son sac à dos. Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, s’apprête à quitter la salle pour corriger un numéro spécial sur la gestation pour autrui. Elle a déjà un pied dans son bureau, accolé à celui de Mustapha Ourrad (correcteur du journal d’origine kabyle qui, après des décennies de présence sur le territoire, vient d’obtenir la nationalité française). Leurs bureaux sont séparés de la salle de rédaction par une simple porte vitrée. Ils entendent deux “pop”. Ça a fait “pop pop”. Les 2 balles ont perforé les poumons de Simon Fieschi (31 ans, le webmaster chargé de gérer le tombereau d’insultes qui affluent à la rédaction depuis des années). Son bureau est le 1er qu’on rencontre quand on pénètre dans les locaux Grièvement blessé, il sera hospitalisé dans un état critique.

Dans la salle de rédaction, un moment de flottement. Luce a demandé si c’était des pétards. On s’est tous demandé ce que c’était. Elle voit Franck Brinsolaro (49 ans, le policier chargé de la protection de Charb), se lever de son bureau, logé dans un renfoncement de la pièce. Sa main semblait chercher quelque chose sur sa hanche, peut-être son arme. Il a dit : Ne bougez pas de façon anarchique. Il a semblé hésiter près de la porte. Je me suis jetée au sol. “Pop pop” dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards. se souvient Sigolène Vinson (chroniqueuse judiciaire à l'hebdomadaire). La jeune femme rampe sur le parquet en direction du bureau de Luce et Mustapha, à l’autre bout de la pièce. Elle entend la porte d’entrée de la salle de rédaction "sauter" et un homme crier Allahou akbar. Puis cette question : Où est Charb ?. Pendant que je rampe au sol, j’entends des coups de feu. Je ne veux pas me retourner pour ne pas voir la mort en face. Je suis sûre que je vais mourir. Je rampe et j’ai mal au dos. Comme si on me tirait dans le dos. Aucun tir ne la touche cependant.

Tandis que les balles sifflent dans la pièce, elle parvient à atteindre le bureau de Mustapha et Luce, puis se cache un peu plus loin derrière le muret qui marque la séparation avec celui des maquettistes. Laurent Léger (grand reporter pour Charlie Hebdo), son voisin de table, est parvenu à se glisser sous le bureau du policier. Adossée au muret, la jeune femme aperçoit Jean-Luc, le maquettiste, qui s’est lui aussi réfugié sous son bureau. Elle entend la scène qu’elle ne voit pas : Ce n’était pas des rafales. Ils tiraient balle après balle. Lentement. Personne n’a crié. Tout le monde a dû être pris de stupeur. Puis tout s’est tu. Je connaissais l’expression “un silence de mort”…, dit-elle. Le silence, et cette odeur de poudre. Vinson ne voit rien. Réfugiée derrière le muret, elle entend la mort, elle la sent. Puis elle perçoit des pas qui s’approchent. Des coups de feu, à nouveau. Je comprends que c’est Mustapha. Puis elle voit. J’ai vu les pieds de Mustapha au sol.

Face-à-face

Les pas se rapprochent. Un des tireurs, habillé comme un type du GIGN, contourne lentement le muret et la met en joue. Il porte une cagoule noire. Je l’ai regardé. Il avait de grands yeux noirs, un regard très doux. J’ai senti un moment de trouble chez lui, comme s’il cherchait mon nom. Mon cerveau fonctionnait très bien, je pensais vite. J’ai compris qu’il n’avait pas vu Jean-Luc, sous son bureau. L’homme qu’elle regarde dans les yeux s’appelle Saïd Kouachi. Il lui dit : N’aie pas peur. Calme-toi. Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. Elle se souvient de chaque mot. Jean-Luc est sous la table, il ne l’a pas vu.

Les yeux plantés dans le regard du tueur, Vinson engage un dialogue mental avec lui. Ses pensées courent toutes seules. Je me suis demandé pourquoi il me disait ça. Je pensais que mes chroniques judiciaires étaient jolies. Je trouvais assez cruel de sa part de me demander de ne pas avoir peur. Il venait de tuer tout le monde et me braquait avec son arme. Je l’ai trouvé injuste. Injuste de dire que ce qu’on faisait était mal, alors que le bien était de notre côté. C’est lui qui se trompait. Il n’avait pas le droit de dire ça. Durant cet échange silencieux, elle ne quitte pas son agresseur du regard. Je lui fais un signe de la tête. Pour garder un lien, un contact. Peut-être qu’inconsciemment, je cherche à l’attendrir. Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table, il ne l’a pas vu, et j’ai bien compris que s’il ne tue pas les femmes, c’est qu’il tue les hommes. Dans la salle de rédaction, où se trouve Chérif Kouachi, le frère cadet de Saïd, une femme a pourtant été assassinée : Elsa Cayat (psychanalyste et chroniqueuse à Charlie). Saïd Kouachi se tourne vers la grande pièce et crie : On ne tue pas les femmes ! 3 fois. A ce moment, je ne sais pas qu’Elsa est morte, dit Vinson. Ni que Cécile, Luce et Coco se sont réfugiées dans un autre bureau. On ne tue pas les femmes !, crie Saïd. Puis il disparaît.

A un moment, elle ne sait plus trop quand, elle s’approche de la fenêtre pour sauter, avant de se rendre compte que c’est trop haut. Je me suis retrouvée avec Jean-Luc, on est resté interdits. On ne savait pas s’ils étaient vraiment partis. Des coups de feu retentissent au loin, dans la rue. J’ai entendu Lila [le petit cocker roux du journal], les petits pas de Lila, passer à côté de Mustapha. Dans son souvenir, la mémoire de ses sens exacerbés, le chien courait de bureau en bureau pendant la tuerie. Au fond de la pièce, une main se lève.

Vinson retourne dans la salle de rédaction. Sa vision d’horreur. Je vois les corps par terre. Tout de suite, j’aperçois Philippe, le bas du visage arraché, qui me fait signe de la main. Il y a 2 corps sur lui. C’était trop. Elle s’interrompt. Puis reprend, la voix étranglée : Il a essayé de me parler avec la joue droite arrachée… Je lui ai dit de ne pas parler. Je n’ai pas pu m’approcher de lui. Je n’ai pas pu lui tenir la main. Je n’ai pas réussi à l’aider. C’était trop. Lançon, dont les jours ne sont pas en danger, a reçu une balle dans la joue droite. Tous les morts ont été retrouvés face contre terre. Vinson enjambe les corps de Cabu, d’Elsa, de Wolinski et de Franck, le policier, pour récupérer son portable dans son manteau. Elle appelle les pompiers. La conversation dure . C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts. Le pompier lui demande Combien de corps ?. Elle s’agace, le trouve con. Le pompier lui demande l’adresse de Charlie Hebdo. Elle ne s’en souvient plus. Elle répète 3 fois : Ils sont tous morts ! » Au fond de la pièce, une main se lève. Non, moi je ne suis pas mort. C’est Riss. Allongé sur le dos, il est touché à l’épaule. A côté de lui, Fabrice Nicolino fait signe à Vinson de venir l’aider. Atteint aux jambes et à l’abdomen, il est assis dans une mare de sang. C’est horrible à dire, mais comme ses blessures étaient moins apparentes que celles de Philippe, c’était plus facile pour moi de m’occuper de lui. Il m’a demandé quelque chose de frais pour son visage, je lui ai rapporté un torchon mouillé. Puis il m’a demandé de l’eau. Je ne savais pas qu’il ne fallait pas donner d’eau dans ces circonstances, je suis allée remplir une flûte à champagne en plastique dans la cuisine. Il perdait beaucoup de sang. Puis il s’est senti partir, il m’a demandé de lui parler.

Ses proches, informés du drame, commencent à l'appeler. Dès que je décrochais, je hurlais, je tenais des propos incohérents. Riss m’a demandé de me calmer. Dès que je raccrochais, je me calmais, je retrouvais mes esprits. Coco fait irruption dans la pièce. Elle se précipite sur Lançon pour lui venir en aide. Ça m’a soulagée, dit Vinson, moi je n’y arrivais pas. Chaque seconde semble une éternité. L’attente de l’arrivée des secours, qui tarde, est insupportable. Tout à coup a surgi dans la salle une femme habillée de noir, assez jolie. J’ai appris plus tard qu’elle travaillait en face, sur le même palier. Elle avait les yeux exorbités. Elle disait : C’est horrible, c’est horrible. Elle avait la main sur la bouche. Elle voulait aider, mais elle ne pouvait pas.

La silhouette de Patrick Pelloux apparaît dans l’embrasure de la porte. Je l’ai vu se pencher sur le corps de Charb. Il lui a pris le pouls au niveau du cou. Puis il lui a caressé la tête et lui a dit : Mon frère. La jeune femme se souvient qu’on lui fait alors quitter la pièce. On l’emmène dans "l’aquarium", le grand bureau vitré où travaillent d’ordinaire Zineb, Léger et Gérard Biard (rédacteur-en-chef, qui a survécu). Je vois Luz, je ne comprends pas ce qu’il fait là car il n’était pas à la conférence de rédaction. Je suis ahurie. Puis je vois Laurent Léger, je ne comprends pas non plus car lui y était. Je suis tellement contente. Des pompiers arrivent, puis Riss. Je m’aperçois qu’il y a Cécile, Coco et Luce. C’est là que je me rends compte qu’il y a des vivants. Que toutes les femmes, en dehors d’Elsa, sont vivantes. Arrivé en retard à la conférence de rédaction, Luz avait apporté une galette des rois. Le gâteau marbré de Vinson, lui, a volé en éclats. Lila, le cocker roux, a continué de courir de table en table. La jeune femme cherche ses mots. Le sens se dérobe. Cette rédaction, ce n’était que des rires et de la gentillesse. Une vraie douceur, une vraie tendresse. Quand j’ai vu Cabu et Wolinski, des vrais, vrais gentils, je n’ai pas compris… Seelow, Soren: "« C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts »", Le Monde, 2015-01-13

En tout, sont morts Stéphanne Charbonnier dit Charb (dessinateur), Brinsolaro, Jean Cabut dit Cabu (dessinateur), Georges Wolinski (dessinateur), Bernard Velrhac dit Tignous (dessinateur), Philippe Honoré (dessinateur), Bernard Maris (économiste), Elsa Cayat (psychiâtre et psychanalyste), Ourrad, Michel Renaud (invité de la rédaction).

A I-télé est le 1er média à tweeter l'information depuis ses locaux.

Les bureaux de Charlie Hebdo, après la tuerie DR

Léger prévient un ami proche à : Appelle la police. C'est un carnage. Tout le monde est mort. Puis la communication est coupée.

La journaliste Catherine Meurisse arrive en retard à la conférence de rédaction. Dans la rue, elle voit surgir 2 hommes encagoulés de l'immeuble. Leur complice est reparti à scotter.

, 20 minutes annonce aussi la nouvelle sur Twitter.

Fusillades

A la sortie de l'immeuble, une série de 3 fusillades éclate avec des policiers :

  • Les attaquants de Charlie, sortis de leur voiture pour tirer sur une voiture de police rencontrée à contresens
    dans l'Allée Verte, perpendiculaire à la rue Nicolas Appert, Les assaillants se retrouvent face à une voiture de police. Ils sortent et tirent dessus, atteignant le pare-brise, mais ne faisant pas de blessés. La voiture de police recule.
  • boulevard Richard Lenoir, direction sud, avec une brigade policière en VTT, sans que personne ne soit touché.
  • toujours boulevard Richard-Lenoir, direction nord après avoir tourné rue du Chemin Vert, :

    Les assassins de l'équipe de Charlie, sortant de leur voiture (aux rétroviseur chromés éclairés) pour achever le policier Ahmed Merabet

    Sur la droite, j’ai vu une voiture de couleur sombre arrêtée en plein milieu de la rue. 2 hommes vêtus de noir en sont sortis, avec des cagoules, armés de fusils noirs. Un policier a tiré dans leur direction. Les 2 hommes tiraient aussi. Le policier a été touché et est tombé en poussant un cri. Il a tenté de s’enfuir mais est tombé face contre terre. Les agresseurs ont couru vers lui. L’un est arrivé à sa hauteur et lui a tiré une balle dans la tête. Puis ils sont remontés dans la voiture.

    les 2 hommes ont couru en direction du policier tombé au sol, sans doute touché par un tir. Tu veux nous tuer ? demande l’un des tireurs. – Nan, c’est bon chef, répond le policier à terre. L’homme cagoulé est passé devant lui et lui a tiré dessus, au fusil d’assaut, sans même freiner sa course. Ahmed Merabet (42 ans, gardien de la paix au commissariat du 11e arrondissement), mourra de ses blessures. En retournant dans leur voiture, un des homme crie : On a vengé le prophète Mohamed ! On a tué Charlie Hebdo !

Ils prennent alors la fuite vers le nord-est de Paris. Place du Colonel-Fabien, ils percutent violemment la conductrice d’un Touran Volkswagen.

A République (Paris), le journaliste Marc Beauge aperçoit le véhicule des terroristes, vitres cassées, pourchassé par des voitures de police.

La Carte d'Identité de Said Kouachi, laissée dans la voiture abandonnée après l'accident dans le 19ème

Rue de Meaux dans le 19ème arrondissement, ils s'encastrent dans des poteaux au niveau de la et abandonnent alors la voiture, oubliant à bord une carte d’identité (qui mènera à leur identification) ainsi qu'un drapeau di jihad islamique utilisé par EI comme par AQPA, 10 cocktails molotovs, dont 1 avec une empreinte de Chérif Kouachi, un pare-soleil marqué "police" et des chargeurs pour kalachnikov.

Ils braquent alors le conducteur d’une Clio, et reprennent leur fuite dans sa voiture, après lui avoir dit : Vous direz aux médias que c'est de la part d'Al-Qaïda au Yémen.

Les policiers perdent leur trace porte de Pantin. Un appel à témoin est lancé, avec un numéro vert (08.05.02.17.17) a mis à disposition et activé afin de recueillir tout témoignage sur cet attentat.

Le président François Hollande se rend immédiatement sur les lieux de l'attentat puis annonce une journée de deuil national pour le .

Le plan Vigipirate est relevé au niveau le plus élevé, "alerte attentat", en Ile-de-France. Perquisitions à Strasbourg, en région parisienne, à Reims et Charleville-Mézières (Ardennes) et premières gardes à vue. La police recherche Chérif et Saïd Kouachi, 32 et 34 ans, nés à Paris de parents algériens. Le premier est un djihadiste condamné en .

Réactions dans le monde

Le slogan "Je suis Charlie", via le hashtag #jesuisCharlie, se répand sur les réseaux sociaux et dans les rues. Dans la soirée, plus de 100000 personnes manifestent en France et d'autres rassemblements spontanés se tiennent dans plusieurs villes européennes mais également à New York, Washington et au Canada.

En Tunisie :

Suite à l'ignoble attentat terroriste au cours duquel 12 citoyens français ont trouvé la mort, le gouvernement tunisien, présente en ce mercredi 7 janvier 2015, ses plus sincères condoléances au gouvernement français et aux familles des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

En ces douloureuses circonstances le gouvernement tunisien exprime sa ferme condamnation de cet acte terrorisme lâche et formule sa solidarité avec le peuple français.

Le gouvernement renouvelle également son appel à la communauté internationale, pour plus de coordination et de coopération, afin de faire face au phénomène du terrorisme qui vise la sécurité et la stabilité dans le monde "Attaque de Charlie Hebdo : Le gouvernement tunisien condamne un acte terroriste lâche", Business news, 2015-01-07.

Théories complotistes

Avec les premières informations émergent les premières théories de complot sur l'événement. On trouve que :

  • les rues sont trop désertes : à du matin dans ce quartier c'est tout à fait habituel.
  • les journalistes qui sembleraient au courant avant l'événement :
    • soit suite à des annonces préalables dans les media : ce qui est faux, voir plus bas
    • soit parce qu'un journaliste de Premières Lignes qui se filmera lors de l'attentat montrera un d'entre eux portant un gilet pare-balles : or toutes les rédactions de reporters possèdent dans leurs locaux ce type d'équipement, enfilé après que les terroristes aient été observés et que les journalistes se soient barricadés dans leurs locaux en face des bureaux de Charlie.
  • les rétroviseurs de la voiture changent de couleur selon les photos : il ne change pas de couleur mais reflète plus ou moins le soleil suivant son orientation.
  • Hollande bashing visant à étayer que le gouvernement aurait été au courant:
    • Montage de Hollande qui prendrait un selfie devant les lieux de l'attentat, élaboré à partir d'une photo prise lors d'une cérémonie du
      un montage d'une autre photo de Hollande faisant un selfie, plaqué sur le décor des locaux de Charlie.
    • Hollande se rendant sur les lieux de l'attentat seulement après avoir l'attentat : il a en fait été prévenu par Patrick Pelloux, un des premiers arrivés sur les lieux (voir plus bas), et a pu faire le trajet en voiture depuis l'Elysée via un cortège qui n'a pas eu à s'arrêter aux feux rouges.

Suite à ces premières théories toutes réfutées, le site satirique belge publie un article canular prétendant que le dernier roman de Michel Houellebecq avait prévu l'événement Kagan, Marie: "L’étrange passage prémonitoire du livre «Soumission» de Michel Houellebecq", Nord Presse, 2015-01-07. Le canular fonctionne bien, jusqu'à être vérifié et invalidé. Interrogé le site reconnaît : On a fait ça pour se moquer de tous les idiots complotistes qui démarrent leurs idioties

Par la suite, un faux site de la BBC www.bbc-news.co.uk au lieu de bbc.co.uk/news sera même monté pour y publier un article relayant ces théories Untersinger, Martin: "Une fausse page de la BBC sur la tuerie de "Charlie Hebdo"", Le Monde, 2015-01-12.

La liste des personnes recherchées par la police en fin de journée, dont Mourad Hamyd qui sera mis hors de cause

En fin de journée, le journaliste controversé Jean-Paul Ney publie sur Twitter les noms des suspects recherchés par la police, dont Mourad Hamyd, qui sera par la suite mis hors de cause.

Dans la nuit, Mourad Hamyd, présenté comme le plus jeune complice, se présente volontairement au commissariat de police de Charleville-Mézières, pour s’expliquer. Cependant, il sera avéré que le jeune homme était en cours. Mis hors de cause, le lycéen a toutefois été placé en garde à vue pendant 48 h car il est le beau-frère de Cherif Kouachi M.P. avec AFP: "Attaque de «Charlie Hebdo»: Mourad Hamyd, présenté à tort comme le 3e homme, «sous le choc»", 20 Minutes, 2015-01-11.

Attaque à Montrouge

Le à Montrouge (Hauts-de-Seine), Clarissa Jean-Philippe (policière municipale stagiaire, 26 ans), un collègue policier (Mathis Pseudonyme, 41 ans) et Eric Urban (47 ans, agent municipal de voirie) interviennent sur un accident de la circulation.

A un moment, Mathis voit un homme qui fait un pas en arrière, sort un fusil d'assaut, puis tire un coup de feu. Son co-équipier Eric se retourne et prend directement une balle qui lui blesse le visage, ainsi que Clarissa Jean-Philippe. Eric est paralysé pendant 1 ou 2 s. Mais on comprend que, si on réagit pas, on va mourir. Je me suis dit : il ne faut pas que je tombe par terre. Mathis, lui, croit d'abord l'arme factice, alors je tape dessus, en me disant C'est une blague à la con, mais j'ai vu la tête d'Eric déformée par la balle et Clarissa qui gémissait.

Le terroriste retourne alors sa Kalachnikov sur le petit groupe. Le seul moyen de survivre, c'est de lui sauter dessus comme une sangsue, rapporte Mathis. Ca a duré longtemps. J'ai arraché sa cagoule, j'ai tenté de le frapper. Dans la lutte, Coulibaly laisse échapper une seule phrase : Tu veux jouer, tu vas crever.

Alors qu'Eric, ensanglanté, a réussi à s'éloigner, Mathis se retrouve à genoux, mais parvient à saisir d'une main le canon de l'arme du terroriste. Coulibaly tente alors de mettre son autre main dans la poche, mais l'agent municipal l'en empêche en lui attrapant le bout de la manche. Le tireur le frappe avec le canon du fusil et sort un pistolet Tokarev avec lequel il tente de tirer.

Pour moi, j'étais mort. Il a fait "clic". Je n'ai pas compris pourquoi j'étais vivant, se souviendra Mathis, apprenant plus tard que le pistolet du terroriste s'était enrayé, lui laissant la vie sauve. Coulibaly range alors son gun, sa Kalach, puis repart en footing, se rappelle Mathis. C.P.-R. & AFP: ""Tu veux jouer, tu vas crever" : ils racontent leur face-à-face avec Coulibaly", Europe 1, 2015-10-22

Clarissa Jean-Philippe mourra de ses blessures. Le parquet antiterroriste est saisi.

Ce jour-là, un mystérieux correspondant conseille par mail Coulibaly dispose d'une douzaine d'adresses mail, dont la moitié est mutualisée avec ses interlocuteurs afin de discuter via les brouillons, sans jamais envoyer de courriel. Il a également ouvert des comptes sur des serveurs Internet basés partout dans le monde, du Danemark aux Etats-Unis en passant par les Pays-Bas et la Turquie. à Coulibaly de dormir et de se planquer, d'attendre les indications pour la suite Triomphe, Chloé & M.-A.B.: ""Dormir et se planquer", les instructions reçues par Coulibaly le jour de Charlie", Europe 1, 2014-10-14.

Cavale en Picardie

Les frères Kouachi remplissant un sac de provisions à la station service braquée Tomlinson, Simon: "Moment fugitive Charlie Hebdo gunmen robbed petrol station with ROCKET LAUNCHER hours after massacre at French magazine", Daily Mail, 2015-01-12
Un lance-roquettes en bandoulière et une kalashnikov à la main, Saïd Kouachi lors du braquage de la station service

Vaucienne (Aisne), les frères Kouachi braquent la station-service Avia "Le Relais du Moulin" visage découvert pour voler de l'essence et de la nourriture. Le gérant braqué les reconnait. Ils étaient armés de kalachnikov et d'un lance-roquette à l'épaule, selon la vidéosurveillance.

Le Raid et le GIGN se déploient (pour la 1ère fois ensemble) autour de Villers-Cotterêts, en Picardie placée également sous "alerte attentat". 9 personnes au total sont en garde à vue. Une vaste zone rurale et boisée à quelque 80 km au nord-est de Paris, à cheval entre l'Aisne et l'Oise, est passée au peigne fin avec l'aide d'hélicoptères, notamment les villages de Corcy et Longpont (Aisne).

Les journaux s'habillent de noir, des anonymes déposent fleurs, crayons, bougies ou messages près du siège de Charlie Hebdo. A , la France observe une minute de silence et le glas sonne à Notre-Dame de Paris. La Tour Eiffel s'éteint quelques instants à .

, dernière opération de recherches d'envergure dans l'Aisne. Les 2 hommes qualifiés de héros djihadistes par la radio de l'organisation EI, restent introuvables. Les frères Kouachi sont depuis des années sur la liste noire américaine du terrorisme et Saïd s'est entraîné au Yémen au maniement des armes en , selon des responsables américains.

Le chef du service de renseignement intérieur britannique MI5 déclare qu'un groupe djihadiste syrien projette des attentats de grande ampleur en Occident. Le président américain Barack Obama se rend à l'ambassade de France à Washington et écrit Vive la France ! dans le livre de condoléances.

Coulibaly, lui, a entre-temps reçu de nouvelles instructions par mail : aller au plus facile et au plus sûr Triomphe, Chloé & M.-A.B.: ""Dormir et se planquer", les instructions reçues par Coulibaly le jour de Charlie", Europe 1, 2014-10-14.

Le , la traque reprend et se déplace rapidement en Seine-et-Marne (nord-est de Paris) quand éclate une fusillade nourrie à un barrage sur le Nationale 2 entre policiers et les frères Kouachi, reconnus par une automobiliste à laquelle ils ont volé une Peugeot 206 à Montagny-Sainte Félicité (Oise).

Les fugitifs, lourdement armés, se retranchent avec une personne en otage dans l'entreprise CTD, une imprimerie de Dammartin-en-Goële. Là, le Michel Catalano est pris en otage, de manière surréaliste : J'ai vécu un moment incroyable. Je leur ai offert un café dans mon bureau et nous avons discuté. [...] À aucun moment ils n'ont été agressifs. L'un des frères Saïd est blessé par un tir de la police. Je lui ai fait un pansement, raconte le propriétaire. Ils m'ont dit Ne vous inquiétez pas, on vous laissera partir. Le village de 8000 habitants est bouclé par les forces de l'ordre soutenues par 3 hélicoptères.

Le suspect de Montrouge est identifié, grâce à son ADN découvert sur une cagoule qu'il a laissée sur les lieux de la fusillade, et 2 interpellations ont lieu dans son entourage. Vers , plusieurs sources policières affirment qu'une connexion a été établie entre le suspect et les frères Kouachi.

la chaîne de télévision BFM TV, tentant de joindre des témoins dans l'imprimerie, appele CDT :

On demande si on est bien dans l'’imprimerie où il y a une prise d’'otages. Il dit que c'’est Kouachi. On dit qu'’on est BFM-TV. Il commence à dialoguer avec nous. On lui dit : “Peut-on vous rappeler pour vous enregistrer ?” Il dit oui. On rappelle une minute après. Là, on a un entretien qui dure , qu’'on enregistre. Immédiatement, on prévient Valls et le ministère de l'’intérieur. On leur envoie l’'enregistrement. On choisit de ne pas mentionner l'’existence de ce contact avant le dénouement.

Prise d'otages dans un hyper

, une fusillade éclate Porte de Vincennes, suivie d'une prise d'otages dans une épicerie casher. Le tireur de Montrouge, impliqué dans cette nouvelle fusillade, est Amedy Coulibaly (délinquant multirécidiviste, 32 ans), qui avait rencontré Chérif Kouachi en détention. Dans le magasin, il tire sur 4 clients : Yoav Hattab (21 ans, fils du Grand Rabbin de Tunis), Philippe Braham, Yohan Cohen (22 ans, employé de la supérette, tué en tentera de lui prendre son arme), François-Michel Saada.

Dans la panique, 6 clients du magasin, avec un bébé, cherchent à se cacher. Ils soulèvent alors une trappe et se précipitent au sous-sol de l'épicerie. Lassana Bathily (employé du magasin, d'origine malienne et musulman) les voit :

Quand ils sont descendus en courant, j'ai ouvert la porte du congélateur. Il y a plusieurs personnes qui sont rentrées avec moi. J'ai éteint la lumière, j'ai éteint le congélateur. Quand j'ai éteint la chambre froide, je les ai mis dedans, j'ai fermé la porte, j'ai dit : vous restez calmes là, moi je vais sortir

RTL < "Lassana Bathily, "musulman malien", héros de la prise d'otages de Vincennes", Nouvel Observateur, 2015-01-15.

Un autre salarié de l'Hypercacher, qui s'est échappé par une sortie de secours malgré les menaces du terroriste, confie les clefs du rideau de fer du magasin aux forces de l'ordre.

Les forces de l'ordre devant le magasin Hyper Cacher

Parmi les otages, Sophie raconte :

Quand je suis arrivée à l'entrée du magasin, j'allais rentrer dans les rayons. J'ai tourné ma tête vers la gauche, tout de suite à l'entrée. Je suis tombé sur le cadavre d'une personne, assise, la tête penchée. J'ai eu l'impression d'être dans un mauvais film.

Le temps que je réalise ce qui se passe, j'ai levé la tête, en face, et j'ai vu le terroriste qui m'a dit : Tu rentres tout de suite ! Il était armé jusqu'aux dents, avec 2 Kalachinov. Je n'ai pas pu faire marche arrière, j'étais vraiment à l'entrée, j'ai dû rentrer.

Une personne a voulu partir : il lui a tiré dans le dos. […] Coulibaly a posé une de ses armes automatiques. Le jeune homme qui était en face a pris le fusil d'assaut et a voulu lui tirer une balle, lui a été plus rapide et il lui a mis une balle dans la gorge. Le pauvre jeune homme est tombé... ""Miraculée", Sophie raconte ses 4 heures d'horreur avec Coulibaly", Europe 1, 2015-01-12. L'arme saisie avait été posée par Coulibaly sur le trottoir parce qu'elle ne fonctionnait pas ; elle s'était enrayée après la 1ère fusillade B., Mickael: "Perquisition à Paris, manifestations... tous les événements de la journée", L'Obs, 2015-01-10.

Au bout de quelques temps, Amédy Coulibaly lui demande d'aller chercher les clients qui s'étaient réfugiés en bas, dans la chambre froide.

Malheureusement, il y avait un père avec son enfant de 3 ans. Je dis malheureusement parce que, du coup, je me suis dit que j'ai fait monter un enfant de 3 ans, c'est une horreur. Dans l'autre chambre froide, on n'a pas réussi à ouvrir, ils ne répondaient pas. J'ai dit : Laissez tomber, on dira qu'il n'y a personne.

Dans l'escalier, le papa du garçon est monté avec un extincteur, et il commençait à le dégoupiller. Il me dit : Je dégoupille, je vais le mettre sur lui. J'ai dit : Vous ne faites rien' ! Il vient d'en descendre un devant moi, vous ne faites rien !

Aux otages, Coulibaly se revendique de l'Etat Islamique : Il a dit : Je suis du Daech, de toute façon, il n'avait qu'une idée, c'était mourir en martyr. Il nous a dit clairement que les juifs financent Israël, que ça suffisait, que le Daech allait arriver.

Un avis de recherche a également été lancé pour la compagne de Coulibaly, Hayat Boumeddiene (26 ans), et 2 interpellations ont eu lieu dans un quartier sensible à Grigny, en banlieue parisienne, dans l'entourage très proche du tireur présumé de Montrouge.

Amedy Coulibaly contacte BFM-TV, affirmant s'être synchronisé avec les tueurs de Charlie Hebdo pour planifier les attaques : Eux Charlie Hebdo, moi les policiers. Il dit ne pas avoir été en contact avec les frères durant les 3 derniers jours. Coulibaly se réclame lui de l'Etat islamique organisation pourtant rivale d'Al-Qaida. Il déclare par ailleurs détenir 16 personnes, et que 4 otages sont morts.

Peu après , RTL appelle l'Hyper Cacher de Vincennes. Coulibaly décroche mais ne répond pas directement puis raccroche mal le combiné. S'engage alors une longue conversation entre Coulibaly et quelques otages, à commencer par un propos paradoxal :

À chaque fois, eux, ils essaient de vous faire croire que les musulmans sont des terroristes. Moi, je suis né en France. S'ils n'avaient pas été attaqués ailleurs, je ne serais pas là.

ou encore une étrange conception d'une égalité entre crayon de dessinateur et kalachnikov :

Nous, chez nous, c'est la loi du Talion. Vous la connaissez très bien (…) Allah a dit dans le Coran : Ils transgressent, transgressez à transgression égale.

ou enfin, en citant Oussama Ben Laden, l'idée que l'on peut faire la paix tout seul, sans son "ennemi" :

Comme il a dit (…) : Vous n'allez jamais goûter à la paix. C'est nous qui ferons la paix en Palestine. "Quand Coulibaly essaye de se justifier devant ses otages à l'épicerie casher", RTL, 2015-01-10

Chérif Kouachi se revendique alors d'AQPA, la filiale de l'organisation au Yémen. J'ai été envoyé, moi, Chérif Kouachi, par Al-Qaida au Yémen. Je suis parti là-bas, et c'est le cheikh Anouar Al-Awlaki qui m'a financé, faisant référence à un voyage entrepris dans le pays avant la mort de ce prédicateur américain tué par une attaque de drone de la CIA en . Les frères Kouachi avaient déjà revendiqué, au moins à 2 reprises, leur filiation avec le Yémen auprès des personnes qu'ils avaient croisées dans la journée du mercredi 7 janvier. " Les terroristes avaient revendiqué dès 10 heures leurs attaques sur BFM ", Le Monde, 2015-01-09.

une tête de porc et des viscères ont été découverts, accrochés à la porte d'une salle de prière musulmane, vendredi matin à Corte (Haute-Corse), a indiqué la gendarmerie. Une lettre, qui n'a pas été ouverte, a également été retrouvée sur les lieux et a été remise à la gendarmerie chargée de l'enquête.

Fumée sortant de l'imprimerie au moment de la confrontation finale

Peu avant , après plusieurs heures de confrontation, les policiers et gendarmes d'élite donnent quasi-simultanément l'assaut à Dammartin-en-Goële et à Paris.

Sortie fatale

A Dammartin, les frères Kouachi tentent de sortir en tirant sur les forces de l'ordre et sont tués. Le frère aîné, Saïd, a été légèrement blessé au cou par un tir de riposte d'un gendarme survenu dans la matinée, avant le début du siège, selon les précisions du procureur de Paris, François Molins. L'otage supposé s'était lui mis à l'abri sous un évier de la cantine au 2ème étage de l'entreprise dès l'arrivée des 2 hommes, retranchés au 1er. Ils ne l'ont jamais retenu en otage. Il est libéré indemne alors que 2 membres du GIGN sont légèrement blessés.

Assaut

Assaut de l'Hyper Cacher : Coulibaly assiégé tente une sortie et se fait abattre

l'assaut du magasin Hyper Cacher commence. Sophie se souvient :

Ca a pété, d'un seul coup. Quand ça a pété, ça a pété de derrière, donc on s'est tous précipités, à essayer de se cacher quelque part. Ce que j'ai vu, puisque j'étais à côté de la sortie avec plusieurs autres cachés derrière les caisses, petit à petit le rideau de fer est monté. Et là, je me suis dit : Il faut y aller, il faut partir.

Les forces de l'ordre ouvrent le rideau de fer à l'aide de la télécommande donnée par l'employé échappé. Coulibaly tente une sortie et est tué. On retrouve effectivement 4 autres personnes mortes dans le supermarché, vraisemblablement tuées par le preneur d'otages dès le début de l'attaque, ainsi que 7 personnes blessées. Les premiers éléments de l'enquête ont révélé que Coulibaly, qui disposait d'un véritable arsenal, avait piégé le magasin avec des bâtons d'explosif.

Gardes à vue

Depuis le début de l'enquête, 16 mesures de prolongation de garde à vue ont été prises pour les différents protagonistes entendus après les attaques djihadistes à Paris et en Seine-et-Marne, a annoncé François Molins. Vendredi soir, 5 personnes étaient toujours en garde à vue alors que la compagne d'Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, est toujours activement recherchée. On déterminera plus tard qu'elle a pris un avion Madrid-Istanboul (Turquie)le , puis franchi la frontière vers la Syrie le .

En garde à vue, l'épouse de Chérif Kouachi confirme que son mari connaissait Amedy Coulibaly.

Réactions

Le , RTL diffuse des extraits de la conversation entre Coulibaly et ses otages, enregistrée vendredi après-midi.

Le , la présidente centriste de la commission d'enquête du Sénat sur l'organisation et les moyens de lutte contre les réseaux jihadistes en France et en Europe, Nathalie Goulet, plaide pour qu'il n'y ait pas de loi nouvelle sur la sécurité après les attentats qui ont endeuillé la France.

Le , Le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen déclare : moi, je suis désolé, je ne suis pas Charlie.

Le , Le dessinateur néerlandais de Charlie Hebdo, Willem, soutient dans la presse néerlandaise vomir sur ceux qui, subitement, disent être nos amis : Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Elizabeth ou Poutine : ça me fait bien rire, ironise-t-il dans un entretien au quotidien néerlandais de centre-gauche Volkskrant : Marine Le Pen est ravie lorsque les islamistes se mettent à tirer un peu partout.

Le , le mouvement islamiste palestinien Hamas condamne les agressions contre le magazine Charlie Hebdo et insiste sur le fait que la différence d'opinions et de pensées ne saurait justifier le meurtre..

Le , la famille d'Ahmed Merabet tient une conférence de presse "La famille d’Ahmed Merabet appelle à ne pas mélanger extrémistes et musulmans", France 24, 2015-01-10 à Livry-Gargan (Seine-Saint Denis) :

Je m'adresse à tous les racistes, islamophobes et antisémites : il ne faut pas mélanger les extrémistes et les musulmans. Arrêtez de faire des amalgames, de déclencher des guerres, de brûler des mosquées ou des synagogues.

Mon frère était musulman, il s’est fait abattre par des gens qui étaient des faux musulmans, c’était 2 terroristes.

, , 700000 personnes ont défilé en province pour rendre hommage aux victimes.

, la mère et les soeurs d'Amedy Coulibaly condamnent les attentats de Paris et Montrouge, présentant leurs sincères condoléances aux familles des victimes, dans un communiqué transmis à l’AFP :

Nous condamnons ces actes. Nous ne partageons absolument pas ces idées extrêmes. Nous espérons qu’il n’y aura pas d’amalgame entre ces actes odieux et la religion musulmane "La famille d'Amedy Coulibaly condamne les attentats", Le Progrès, 2015-01-10.

Un manifestant embrassant un CRS
Un manifestant brandissant un crayon

Le , une multitude de Marches Républicaines en France pour la liberté d'expression réuni au moins 3,7 millions de personnes. Parmi les slogans les plus récurrents, on trouve Je suis Charlie, je suis policier, je suis juif, solidaire avec l'ensemble des victimes touchées (les membres de Charlie Hebdo, les 2 policiers morts, les 4 personnes assassinées à l'Hyper Cacher parce qu'elles étaient juives).

Les chefs d'états et politiques rassemblés à la Marche Républicaine de Paris : Anne Hidalgo (maire PS de Paris), Jean-Claude Juncker (Commission Européenne), Benjamin Nétanyahou (Israël), Nicolas Sarkozy, Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), François Hollande, Angela Merkel (chancelière Allemagne), Manuel Valls, Donald Tusk (Conseil Européen), Mahmoud Abbas (Autorité palestinienne), David Cameron (1er ministre britannique), Matteo Renzi (Italie), Mariano Rajoy, Ahmet Davutoglu (1er ministre Turc), Sergueï Lavrov (ministre des Affaires étrangères russe)

Lors d'un allocation, Nétanyahou déclare aux juifs qui se sentent menacés en France et plus généralement en Europe que Israël est leur foyer.

Parmi les chefs d'état et politiques présents, certains sont contestées, comme Mehdi Jomaa (1er ministre tunisien) ou Ahmet Davutoglu (1er ministre Turc) dont le Bureau national du Conseil de Coordination des organisations arméniennes de France qualifiera la participation à cette manifestation honte et une insulte à l'esprit de Charlie Hebdo pour les représentants d'un État qui détient le record du nombre de journalistes en prison.

Malgré que le Hollande, Valls, aient convié tous les citoyens à participer à cette marche, Le FN, lui, s'estime exclu, et Marine Le Pen appelle à un rassemblement en province, dans la ville de Beaucaire (Gard) au maire FN. Son bras droit, Florian Philippot, sera à Metz.

Revendications

Ce jour-là, une video est postée sur Internet depuis Raqqa (Syrie) où quelqu'un qui dit être Coulibaly revendique l'attentat de Montrouge au nom de l'Etat Islamique "Dans une vidéo posthume, Amedy Coulibaly revendique l'attentat de Montrouge", Le Monde, 2015-01-11, avoir avoir coordonné son action contre la police avec l'attaque menée, mercredi, par les frères Saïd et Chérif Kouachi contre Charlie Hebdo . Coulibaly se revendique de l'Etat islamique et dit avoir donné plusieurs milliers d'euros aux frères Kouachi pour aider à la préparation de leur attentat. Sa voiture est également retrouvée près de l'épicerie cacher. Cependant, un reportage qu'on peut entendre à la tv sur la video n'a été diffusé que vendredi soir à 20:30, après la mort de Coulibaly.

Concernant la tentative d'assassinat d'un joggueur blessé (bras, jambe et dos) par balles à Fontenay-aux-Roses, à seulement quelques mètres du domicile de Coulibaly, un autre élément cloche : un témoin qui aurait entendu la victime témoigner auprès de la police l'aurait entendu parler d'un tireur de type européen, ce qui excluerait Coulibaly directement.

Image de la video de revendication

Le , Nasser Ben Ali al-Anassi de Al-Qaida au Yémen revendique l'attentat contre l'hebdomadaire, conformément aux dires des frères Kouachi :

Nous, Al-Qaida dans la péninsule arabique, revendiquons la responsabilité de cette opération destinée à venger le prophète Mahomet.

Nous tenons à préciser à l'intention de la nation musulmane que ce sont nous qui avons choisi la cible, financé l'opération et recruté son chef.

L'opération a été menée sur ordre de notre émir général Ayman al-Zawahiri nouveau chef d'Al-Qaida et conformément à la volonté posthume d'Oussama Ben Laden.

""Charlie Hebdo" : ce que dit Al-Qaida au Yémen dans sa vidéo", L'Obs, 2015-01-14

Le , à la Préfecture de Nanterre, le préfet des Hauts-de-Seine remet la médaille de la sécurité intérieure et la médaille d'acte de courage et de dévouement à Eric Urban et Mathis, en remerciement de leur bravoure et leur dévouement lors de la première attaque de Coulibaly à Montrouge. Ils demeurent toutefois amers envers la mairie de Montrouge, dont ils estiment avoir été zappés. Aucun soutien, rien, même pas une poignée de main. J'ai vécu le néant pendant dix mois, déplore Mathis, tandis qu'Eric, lui, doit encore subir des soins consécutifs à ses blessures et a l'impression d'être tombé dans une oubliette C.P.-R. & AFP: ""Tu veux jouer, tu vas crever" : ils racontent leur face-à-face avec Coulibaly", Europe 1, 2015-10-22.