La comparaison entre le texte du P.V., les différentes versions du témoignage fournies à la Gendarmerie et au GEPAN, ne fait pas apparaître de contradiction ou de "vide" important dans les différents récits de l'observation.
En outre, la reconstitution des déplacements supposés du témoin pendant son observation a montré une bonne cohérence d'ensemble (cf. V.4).
Pour ce qui est du témoignage fourni au GEPAN par le témoin, on n'a pas relevé de contradiction manifeste dans le discours.
D'après les données recueillies, nous savons que le témoin n'est pas particulièrement intéressé par le "phénomène OVNI", ni par les thèmes de science-fiction. De plus, son épouse ayant la même attitude que lui dans ce domaine, Monsieur Henri ne risque pas d'avoir subi une influence susceptible de conditionner de quelque façon l'observation dont il témoigne.
Signalons que le témoin a coopéré avec la Gendarmerie. Concernant l'enquête GEPAN, Monsieur Henri est tout d'abord exact à notre rendez-vous. Il exprime sa satisfaction sur la réalisation de l'enquête, son étonnement quant à la rapidité d'intervention, et tient à coopérer au maximum avec nous (un service rendu "entre scientifiques").
Le témoin libérera davantage de temps que prévu, par rapport aux horaires contraignants de son activité professionnelle, pour participer sur place à l'enquête.
Il répondra aisément à nos questions, et se montre légèrement culpabilisé de ne pouvoir nous accorder plus de temps, à cause de son travail et des obligations familiales liées au week-end suivant de la Toussaint.
Enfin, Monsieur Henri répondra plus tard avec soin au questionnaire complémentaire.
On entend par mode d'investissement, la façon dont le témoin se positionne par rapport à son expérience du 21 octobre (à quel registre, fantasmatique ou descriptif, accorde-t-il consciemment ou non la plus grande part ? Quel sens donne-t-il à son expérience, quel type d'exploitation en fait-il ?...).
La lecture du P.V. de Gendarmerie et l'écoute du discours de Monsieur Henri rendent perceptible une nette mise en valeur du registre descriptif, pour l'ensemble du discours tant sur un plan quantitatif que qualitatif.
En effet, la place accordée à la description très précise de la trajectoire, de la position et surtout de l'aspect du Phénomène Aérospatial Non-identifié si elle constitue l'essentiel du contenu du P.V., à l'exclusion d'informations sur les réactions et l'interprétation possible du témoin est presque autant présente dans le discours de Monsieur Henri au GEPAN.
Le désir d'exactitude conduit le témoin à employer un vocabulaire étendu pour qualifier l'aspect du phénomène, par exemple (cf. "surfacé, lissiel") et l'aide à détailler ses propres déplacements pendant l'observation.
De même, Monsieur Henri peut donner une durée très précise à son expérience du 21 octobre.
Nous tenterons plus bas de donner un sens à l'insistance de ce registre dans le discours.
Par contre, le registre fantasmatique est moins apparent, ce qui se révèle par une certaine difficulté du témoin à prendre seul, à son compte son observation.
Nous évoquons ici le déplacement du "je" au "on, vous" et aux tournures impersonnelles, repérables dans certains fragments du discours.
(cf. "vous vous demandiez vraiment ce que c'était... une foule de choses qui vous apparaissent en tête... le petit truc qui arrive dans votre jardin... on avait l'impression, on voit ceci, on pense plein de choses... ça faisait l'impression... il est à dire qu'après ce furent un mélange d'étonnement...").
Ce déplacement peut s'interpréter par la situation de parole du témoin vis-à-vis des enquêteurs ( où il peut désirer se démarquer de l'insécurité liée à un récit trop inhabituel ).
D'autre part, observons que le versant interprétatif et imaginaire n'est pas développé par le témoin du moins si l'on s'en tient au discours recueilli.
Notons que l'activité du témoin avant l'observation ne suppose pas l'attente, chez lui, d'une expérience inhabituelle le concernant ("activité normale calme du jardinage").
À partir du début de son observation Monsieur Henri va progressivement interpréter le phénomène en s'en tenant tout d'abord à des significations les plus réalistes possibles : un "avion", un bolide quelconque proche d'une météorite ("quelque chose qui allait vraiment tomber dans la terre"), puis, en éliminant les objets connus ( ballon-sonde ), il l'interprète ensuite comme un engin militaire, et enfin, comme "une soucoupe volante".
C'est sa perception qui modifie l'interprétation, donc ses sentiments, et non un jugement à priori sur le phénomène, en terme d' "OVNI" : l'écart entre l'idée qu'il se fait d'un engin militaire et ce qu'il voit lui fait abandonner cette hypothèse ( "pas de cônes sensibles, de tiges... tout le secteur soucoupe volante, oui, il y a une soucoupe volante, ou un truc bizarre dans mon jardin" ).
L'évolution de ses affects de la peur panique à la prépondérance du désir d'observation, pourrait s'expliquer à la fois par "l'impression de neutralité absolue", qu'on peut entendre dans son sens physique et psychologique ( neutre = inoffensif )* et par son activité professionnelle de chercheur ( observer ce qui est nouveau et qui fascine ( cf. "un bel objet" ) ) et ce qui l'y a conduit, du point de vue de sa propre structure psychique ( en schématisant : désir de voir de près pour comprendre ). * A rapprocher de "mers pacifiques" ( cf. VI-5 ).
Si le mythe "OVNI/extra-terrestre" est présent dans l'interprétation finale qui persiste ( cf. les associations de pensées au moment de l'enquête par questionnaire : "humains d'autres galaxies..." ), il semble seulement dériver des informations apportées par les média, en ne renvoyant qu'à un imaginaire social contemporain, peu investi par Monsieur Henri : il dit ne pas s'intéresser au phénomène, ne pas avoir d'ouvrages sur la question, et ne développe pas ces thèmes. De plus, on notera la persistance d'une capacité d'interrogation par rapport au sens qu'il donne ensuite à l'objet de son observation : "il faut remettre les choses à leur plus simple, plus juste valeur... J'en sais rien, je me pose des problèmes... pourquoi ici, pourquoi pas là ?..." et la tentative de Monsieur Henri pour élucider ces questions ( cf. quelques analyses de plants d'amarante à son propre laboratoire -- cf. VII )
Enfin, la place réduite de l'expression des fantasmes au moment de l'observation ( "l'impression..." "de quelque chose qui allait sortir de là-dedans... quelque chose qui n'était pas vivant mais..." ) puis quasiment nulle par la suite, * tend à prouver que le discours de Monsieur Henri est davantage soumis au principe de réalité qu'à la recherche d'un bénéfice imaginaire de son expérience.
L'écoute des données fait apparaître, dans le désir de discrétion plusieurs fois répété par le témoin ("j'ai pas besoin de publicité... je ne pense pas en parler à d'autres personnes...), une capacité à contenir les effets d'une expérience d'étrangeté, que celle-ci ait eu ou non un support dépendant d'une réalité "objective".
À l'inverse d'un discours de type mythomaniaque ou psychotique, on ne constate pas la nécessité absolue de parler d'un vécu extraordinaire porteur d'une valorisation sociale (cf. les paroles du témoin "c'est arrivé comme ça, c'est reparti autrement... Je n'aimante pas ce phénomène..."), ou susceptible d'être un prétexte pour développer des sentiments de persécution.
Rappelons que l'expérience rapportée par Monsieur Henri n'a pas produit, selon lui, de transformations profondes dans sa conception de la vie ni dans son mode de vie. Le fait qu'il ne désire pas que sa relation à l'autre ( parents, collègues et amis ) en soit modifiée** conduit le témoin à n'en parler qu'à son épouse et aux "spécialistes" (Gendarmes et enquêteurs du GEPAN), ce qui révélerait la présence d'une capacité critique quant aux effets négatifs possibles de son propre discours.
Or, nous savons que ceci est loin d'être la caractéristique essentielle du discours pathologique.
* Rappelons, toutefois, ce que les Gendarmes nous ont signalé à la fin de l'enquête juste avant notre départ de la Brigade : après avoir déposé, Monsieur Henri leur avait confié que, vers la fin de son observation, "il avait dit bonjour en plusieurs langues" à l'adresse du phénomène.
** L'explication du témoin "pour ne pas les (famille et amis) inquiéter, ni modifier quoi que ce soit chez les autres" semble sous-entendre une projection chez l'autre d'une préoccupation propre au témoin.
De lui-même le témoin parle très peu des éléments pouvant donner davantage de crédit à son témoignage, comme s'il estimait que sa parole suffisait ("je n'ai pas besoin de donner une preuve..."), et, fait intéressant, parle très peu, de lui-même, de la présence de la trace sur les plants d'amarante.
Remarquons également qu'il était suffisamment sûr de son expérience d'observation pour accepter d'en parler à la Gendarmerie, sur le conseil de son épouse, alors qu'il ne sait pas encore qu'il y a des traces dans son jardin, puisque, selon lui, il ne les découvre que le soir, à son retour de la Gendarmerie.
D'autre part, si une dénégation s'exprime à propos du problème posé par l'absence de photo à produire ("j'ai raté (la photo), le problème est pas là"), et si Monsieur Henri regrette, après-coup, d'être le seul témoin ("ce qui m'embête, c'est que je suis seul à l'avoir vu")*, il semble que le désir d'accréditer son récit passe par l'insistance dans la précision du témoignage (cf. la description du phénomène et des déplacements de Monsieur Henri et les croquis qu'il réalise ). C'est dans cette optique que pourrait prendre sens l'insistance avec laquelle le témoin parle de la durée de l'observation. Ainsi, le fait de dire qu'il a pensé à regarder sa montre au début et à la fin de son observation ( peut-être en effet un réflexe de chercheur), pourrait signifier l'assimilation inconsciente de son témoignage au compte-rendu d'une observation expérimentale où la part de subjectivité est, sinon écartée, du moins contrôlée.
* Ceci peut s'expliquer par la panique ressentie au début de l'observation par le fait que Monsieur Henri Pesse que ses voisins sont absents à cette heure-là et par la prédominance du désir d'observation.
Enfin, soulignons que la certitude éprouvée par le témoin quant à la réalité de son expérience d'observation ("c'est un fait réel, je l'ai vu") ne va pas jusqu'à une attitude de refus devant les doutes exprimés, au début, par les Gendarmes.