Interview de Claude Poher (1974)

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En mars 1974 se tient aux USA une réunion de scientifiques et universitaires intéressés par le problème ovni, auquel se rend Claude Poher. A cette même époque, Poher participera à une série d'entretiens radiophoniques sur les ovnis à France Inter, animée par Jean-Claude Bourret :

Bourret : Qui avez-vous rencontré aux USA ?

Poher : J'ai rencontré une trentaine de scientifiques. Les plus connus sont le docteur Hynek, Jacques Vallée, le docteur Saunders, etc. Ils excercent tous une activité classique, en consacrant toutefois une partie de leurs loisirs au phénomène ovni, appelé là-bas phénomène U.F.O. (Unidentified Flying Objects). J'ai rencontré également des représentants de l'Institution Américaine pour l'Aéronautique et l'Astronautique. Cette institution a créé un sous-comité U.F.O., qui publie des articles dans les revues de l'AIAA - pour que la communauté scientifique prenne conscience du phénomène. Ces personnes ne travaillent pas personnellement sur la question. Il s'agit de juges extrêmement impartiaux, extrêmement prudents. Néanmoins, ils ont publié des cas fort intéressants et continueront de le faire.

Bourret : Où en est la question des ovnis aux USA ? Y a-t-il une meilleure approche du problème qu'en France ?

Poher : Non. Il semble qu'en France les ovnis soient plus facilement acceptés par la communauté scientifique qu'aux Etats-Unis. Cela résulte de l'action de la commission Condon, qui a été négative et continue à produire des effets improductifs aux Etats-Unis. En France, nous n'avons pas eu de retombées négatives : la plupart des scientifiques ne connaissent pas le rapport Condon.

Bourret : Le rapport Condon n'est pas négatif pour celui qui veut bien le lire jusqu'au bout (1000 pages). Il renferme des cas d'observations d'ovnis et de photos jugées authentiques par la commission qui, pourtant, n'était pas favorable aux ovnis, pusiqu'elle avait reçu pour mission de réduire le phénomène ovni à des mauvaises interprétations de phénomènes connus.

Poher : Oui, c'est le moins que l'on puisse dire. J'ai rencontré le docteur Saunders, qui faisait partie de la commission Condon, et qui a démissionné, il reste la personne qui, dans le monde, possède le plus gros catalogue informatique d'observation d'ovnis. Aux dernières nouvelles, il a 85000 cas d'observations dans son ordinateur.

Bourret : Pouvez-vous rappeler pourquoi le docteur Saunders a démissionné de la commission Condon ?

Poher : Tout simplement parce qu'il n'était pas d'accord avec les méthodes de travail et les conclusions apportées par la commission Condon.

Bourret : Vous dites 85000 cas, Claude Poher. S'agit-il de cas d'atterrissage ou d'observations et d'atterrissages ?

Poher : Non, c'est un mélange de toutes les observations. 10 % des cas portent sur des atterrissages. Aux USA, il existe une certaine spécialisation des scientifiques s'occupant du problème UFO. Le docteur Saunders réunit toutes les informations sur la question et, à partir de ce travail, dresse des statistiques à la demande des autres scientifiques. Par exemple, je lui ai demandé un certain nombre de travaux qu'il eu l'amabilité d'exécuter.

Bourret : Quels travaux ?

Poher : Par exemple, on obtient facilement l'ensemble des cas français. Des témoins étrangers ont vu des ovnis en France ; ils ont rapporté leurs observations en retournant dans leur pays. Ce genre d'observations est intéressant : on peut comparer celles-ci avec ce que décrira un témoin français. Ces comparaisons apportent une confirmation de la description du phénomène identique - quelle que soit la nationalité du témoin.

Bourret : Et les atterrissages ?

Poher : Il existe actuellement 546 cas d'atterrissage avec des traces où les scientifiques américains ont réalisé une enquête poussée. En comparant les traces de ces atterrissages avec celles qui ont été analysées en France, on trouve exactement les mêmes caractéristiques.

Bourret : Lesquelles ?

Poher : Par exemple, la répartition temporelle des instants d'atterrissages suit une loi strictement la même aux USA et en France : c'est troublant. Parce que s'il s'agit d'un phénomène sociologique ou psychologique, il n'y a aucune raison pour que les français et les américains soient amenés à établir des rapport coïncidants sur tous les points alors que leur mode de vie diffère sensiblement.

Bourret : Tout au long de cette émission, j'ai rencontré beaucoup de scientifiques. Les uns étaient "contre", d'autres étaient "pour" les ovnis. J'emploie à dessein ce vocabulaire simpliste : il a le mérite de définir les attitudes. Or, je n'ai jamais rencontré un scientifique qui, s'étant penché sérieusement sur la question ovni en réalisant notamment des enquêtes sur le terrain, figure dans les "contre" après une étude approfondie du dossier. Et aux USA ?

Poher : Une importante étude a été menée, aux USA, sur cette question. Les résultats en sont récents. Sur 195 scientifiques, mêlés de près ou de loin à l'étude des ovnis aux USA, 40 % étaient "pour" au début ; 60 % étaient "contre". Après une étude du dossier plus ou moins longue (de quelques jours à plusieurs années) on trouve 95 % des scientifiques qui sont "pour" ! Le reliquat de 5 % tient plus des "réservés" que des "contre". Il s'agit d'ailleurs de ceux qui ont étudié le problème le moins longtemps : quelques jours ou quelques semaines. Cela résulte d'une analyse portant sur 15 ans. Cette statistique est donc intéressante. Les scientifiques eux-mêmes ont répondu à un questionnaire qui leur a été envoyé. Par conséquent, c'est bien la réponse et la position des scientifiques eux-mêmes.

Bourret : Claude Poher, nous sommes à l'heure du bilan. Nous tournons les dernières pages de ce dossier ovni. Pouvez-vous dire quelles hypothèses sont retenues par les scientifiques américains pour tenter d'expliquer le phénomène ovni.

Poher : A peu près les mêmes que celles avancées au cours de votre émission. L'hypothèse extra-terrestre est loin d'être la seule capable d'expliquer le phénomène. Il y en a d'autres, difficiles à vérifier. Des hypothèses qui concernent la manipulation de l'espace-temps. On en est encore, à l'heure actuelle, à essayer de connaître les caractéristiques du phénomène. On ne les jauge qu'à travers le témoignage humain - avec tout ce que cela comporte d'inexactitudes. L'approche faite aux Etats-Unis, comme en Europe, est multiple. Nous essayons d'améliorer notre connaissance en poussant des enquêtes plus approfondies, plus sérieuses, en utilisant des compétences plus appropriées, en particulier dans l'interrogation des témoins. Les enquêtes concernant les atterrissages sont mieux exploitées. On approche aussi le phénomène par des méthodes d'analyse statistique. On s'est aperçu en effet que, lorsqu'on dispose de milliers de témoignages, des caractéristiques apparaissent. Lorsque les enquêtes sérieuses seront à notre disposition en très grande quantité, par le seule étude statistique, on obtiendra une connaissance du phénomène ovni beaucoup plus précise.

Bourret : C'est l'avenir de l'étude sur les ovnis ?

Poher : Il n'y a pas seulement cela. On peut espérer que, dans un avenir assez proche, on pourra implanter un certain nombre de stations de mesures automatiques capables de fournir des données plus objectives du phénomène. Actuellement, on ne sait pas si l'émission lumineuse que les témoins affirmetn apercevoir reste limitée ou non au visible. Cette émission lumineuse peut très bien s'étendre dans l'infrarouge et dans l'ultraviolet.

Bourret : Qui dit station scientifique automatique dit "crédits" ?

Poher : C'est le noeud du problème ! Pourtant, les sommes dépensées ne seraient pas considérables. Avec quelques millions de francs anciens, on pourrait faire progresser la connaissance objective du phénomène. Pour des stations élaborées, il faudra évidemment des sommes plus importantes que la Recherche Scientifique ne veut pas débloquer - pour l'instant du moins !

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