L'observation de Silly-le-Long

Dans la nuit du au , vers 0 h 50, deux gendarmes en patrouille sur la RN2, entre Le Plessis-Belleville (Oise) et Nanteuil-le-Haudouin (Oise), voient des lumières immobiles au-dessus de la route, puis, juste après un pont, une grande forme grise en V. Le GEIPAN conclut à la méprise avec un avion de tourisme en tours de piste de nuit  ; la gendarmerie, elle, ne retient pas cette explication.

Le témoignage

Trois gendarmes rejoignent leur caserne en fourgon de service : T1, major, commandant de brigade adjoint, conduit ; T2 est assis à l'avant droit ; T3, au fond, ne verra rien. Le fourgon, bruyant et sans vitre arrière, roule vers le nord-est sur la RN2, route à deux fois deux voies séparées par un muret, à environ 100 km/h. La Lune, presque pleine, est dans leur dos .

À la hauteur du point de repère 4, ils voient devant eux, sur la gauche et bas sur l'horizon, deux lumières blanches très intenses, fixes, une à chaque bout, et près de celle de gauche une lumière rouge qui clignote, allumée une demi-seconde, éteinte une demi-seconde. Ça reste sur place. En approchant, une masse sombre et plate apparaît autour des lumières, d'une largeur impressionnante. T1 lève le pied et passe sous le pont de la RD548 à moins de 50 km/h .

Juste après le pont, seul T1 le voit encore, par sa vitre puis dans son rétroviseur gauche : immobile, un peu plus haut que le pont, au-dessus de la bordure opposée, autant à cheval sur le pont que sur la surface herbeuse derrière. C'est un V très aplati, gris, lisse comme du béton, aux arêtes nettes, avec à l'arrière deux rectangles blancs illuminés uniformément qui s'allument et s'éteignent ensemble, deux secondes allumés, deux secondes éteints ; éteints, ils sont plus sombres que le reste de l'objet. T1 le suit dans son rétroviseur jusqu'à le perdre, 1,8 km après le pont, là où la route descend. Aucun bruit n'est entendu, mais le moteur du fourgon est très bruyant .

Revenus sur place une heure plus tard, ils ne trouvent rien ; le lendemain, rien non plus .

L'enquête

Le GEIPAN reconstitue le trajet avec les témoins le . Depuis le bord de la route, T1 pointe 27° d'envergure apparente, 21° de hauteur et 80 m de distance, soit une trentaine de mètres de haut ; T2 donne 20° et place le phénomène plus de 20° plus à gauche. Au départ, T1 le voit à 55° d'azimut, T2 à 40° .

Le ciel est dégagé selon les témoins ; la station de Roissy, à une trentaine de kilomètres, relève 7/8 de nuages et 28 km de visibilité. La Lune est à 200° d'azimut et 26,5° de hauteur, éclairée à 92 % ; l'observation tombe à la fin du crépuscule astronomique .

Les radars de l'aviation civile ne montrent qu'un seul appareil : un avion de tourisme Cirrus SR20 immatriculé F-HOBS, basé sur l'aérodrome du Plessis-Belleville, qui y enchaîne les touch and go de nuit avec un instructeur, par tours de piste d'un peu plus de six minutes. Sa finale, du nord-est vers le sud-ouest, longe la RN2 par le nord-ouest, en sens inverse du fourgon ; l'axe de la piste passe à 600 m du pont. Le pilote n'a rien remarqué d'anormal .

Avec la trace GPS complète de l'avion, recalée dans le temps par le radar primaire, et le trajet du fourgon relevé lors de la reconstitution, le GEIPAN simule les deux en 3D. Il y met en évidence un « effet pivot » : l'avion descend vers la piste pendant que le fourgon ralentit en venant à sa rencontre, et la ligne qui les relie pivote autour d'un point quasi fixe près du pont, si bien que l'avion paraît immobile. Mais l'avion n'y mesure que 0,7° au plus près, contre 14° à 27° pour le phénomène, un rapport de 38 ; il n'a aucun feu rouge clignotant, et ses seuls feux à éclats sont des flashs blancs toutes les 1,5 seconde, loin des rectangles allumés deux secondes .

Les conclusions

Le GEIPAN examine aussi un convoi exceptionnel près du pont, des travaux et un accident sur celui-ci, qu'il écarte, et classe le cas A (méprise avec un avion), à 80 % selon le vote de son collège d'experts, qui attribue les écarts à une illusion de perception due à la conduite de nuit, à l'observation au rétroviseur, à la fatigue ou au stress. Il garde le cas comme exemple de problème de perception ou de mémorisation .

La gendarmerie estime au contraire que la simulation du GEIPAN permet de différencier clairement cet aéronef du phénomène observé, et clôt sa procédure avec un phénomène non identifié .