Lorsque j'ai assumé le rôle de directeur de projet, un de mes premiers objectifs fut d'en découvrir autant que possible sur les mutilations qui avaient été signalées au Nouveau Mexique dans le passé. Du Bureau de Coupures de Presse du Nouveau Mexique et d'autres sources, j'ai obtenu des copies des principaux articles de journaux et magazines qui avaient été écrits sur ces cas. Après avoir lu cela et d'autres éléments, il devint vite apparent qu'il y avait un désaccord considérable, non seulement sur la nature et les causes des mutilations, mais aussi sur le nombre d'incidents qui avaient eu lieu au Nouveau Mexique.

D'après les informations fournies au bureau du procureur du district, en le comté de Rio Arriba à lui seul avait connu plus de 60 mutilations. Un mois plus tôt, cependant, le Albuquerque Journal déclarait que 60 était le nombre total de cas rapportés au Nouveau Mexique Thompson 1979b. A la conférence du sénateur Schmitt en , un policier déclara qu'au cours des 3 dernières années, 90 têtes de bétail et 6 chevaux avaient été mutilés dans l'état.

Quels chiffres étaient les bons ? Je ne le savais pas, mais je voulais le savoir. Afin, donc, d'évaluer la portée du problème des mutilations au Nouveau Mexique, je considérais qu'il était nécessaire :

  1. de déterminer aussi exactement que possible le nombre d'incidents signalés, et
  2. d'évaluer chaque cas pour déterminer si des dommages de prédateur/charognard pouvaient être catégoriquement éliminés comme cause probable de la mutilation.

Pour atteindre ces objectifs, je contactais le Comité du Bétail du Nouveau Mexique, la Police d'Etat du Nouveau Mexique, et le sheriff de chaque comté, en demandant des informations sur les cas qu'ils trouvèrent enquêtés. Suite à cette recherche étendue, j'obtenais des informations sur un total de 90 mutilations qui avaient été signalées au Nouveau Mexique jusqu'à . Ce chiffre inclut non seulement le bétail mais aussi 6 chevaux et 1 veau de bison. Seuls 26 incidents, cependant, avaient eu lieu dans le comté de Rio Arriba et 3 de plus dans le comté de Santa Fe, qui se situe aussi dans le 1er District Judiciaire (voir tableau 1).

Sur ces 90 mutilations suspectées, j'ai obtenu les rapports sur 58 incidents du Comité du Bétail du Nouveau Mexique. La Police d'Etat du Nouveau Mexique me fournit des informations sur 15 cas. Je reçus aussi des rapports sur 3 incidents qui avaient fait l'objet d'enquêtes, conjointement par les 2 agences. Des informations sur 14 cas supplémentaires furent récupérées principalement d'articles de journaux et magazines.

Tableau 1 - Mutilations signalées au Nouveau Mexique (1975-mai 1979)
Année Comté de Rio Arriba Nombre total
1 19
4 21
1 5
15 30
5 15
26 90

Mon objectif suivant fut de déterminer si les indices cités dans chaque rapport excluaient catégoriquement les dommages de charognard/prédateur comme cause probable de la mutilation. Une telle approche fut adoptée pour les 3 raisons suivantes :

D'abord, il est un fait bien connu que les animaux sauvages et les oiseaux se nourissent des carcasses de bétail mort. Dans des conditions propices, les prédateurs (animaux qui tuent pour se nourrir) et les charognards (animaux se nourrissant de carcasses déjà mortes) peuvent dévorer certaines zones du corps dans un intervalle de temps relativement court. Des animaux se nourrissant couramment de bétail sont les coyotes, renards, blaireaux, lynx roux, aigles royaux, corbeaux, vautours et pies, selon Donald S. Balser, directeur de la Predator Management Research pour le Department of Interior des Etats-Unis Balser 1979.

On trouve nombre de ces espèces au Nouveau Mexique. Homer Pickens, ancien directeur du Département des Jeux et Pêche du Nouveau Mexique, se souvient avoir enquêté sur les morts de bétail qui avait été tué par des ours et des lions. John Hubbard 1979, également du Département des Jeux et Pêche du Nouveau Mexique, déclare qu'on trouve des oiseaux de proie au Nouveau Mexique pendant toute l'année. Certaines espèces, comme le corbeau, la corneille et la pie, vivent au Nouveau Mexique toute l'année. D'autres, comme l'Urubu à tête rouge et le la pygargue à tête blanche, sont des oiseaux saisonniers. Les vautours, par exemple, arrivent au printemps et partent au début de l'automne, tandis que les pygargues à tête blanche arrivent à l'automne et partent au début du printemps. Selon Hubbard, l'année dernière ces aigles se sont principalement nourris sur de la charogne d'élan et de bétail qui étaient morts pendant l'hiver.

Ensuite, les parties de la carcasse qui auraient été enlevées dans une "mutilation classique" sont les mêmes que celle habituellement consommées par les prédateurs et charognards. La plupart des oiseaux de proie ont la capacité de vider l'anus et d'enlever les yeux et la langue Hubbard 1979 Dennis 1979. De plus, les aigles et les corbeaux possèdent aussi la force et l'agilité pour perforer une carcasse et en enlever les organes internes. Cependant, comme l'ornithologue réputé Dr. Kenneth Sager le souligne, la facilité avec laquelle cela est fait dépend en partie de la taille de cette carcasse.

Plus grand est l'animal, plus il est difficile pour le charognard d'avoir accès à la fourniture de nourriture sous la surface dure. [Ils attaquent donc les] points d'entrée plus souples, c'est-à-dire les yeux, ouvertures anales, et zones tendres sous le ventre, en particulier les mammelles des bovins femelles Sager 1979.

Des observations semblables furent aussi faites par les vétérinaires suivantes dont j'ai cherché le conseil au cours du projet :

La tendance est d'enlever les parties les plus tendres de la carcasse, e.g. les yeux, l'anus, les glandes mammaires, la langue... Dr. William J. Quinn (1979), Chief Diagnostic Laboratory Bureau, Etat du Montana.

On devrait s'attendre à la perte d'un oeil, langue, lèvres, anus et rectum pour la prédation [d'animaux] charognards et carnivores Dr. L. D. Kintner (1979), College of Veterinary Medicine, University of Missouri, Columbia, Missouri.

Les animaux prédateurs attaquent généralement les carcasses laissées reposer pendant une période de temps et mâcheront ou inciseront presque toujours avec leurs dents la portion la plus accessible du corps. Ces parties sont la queue, l'anus parce qu'il n'est pas couvert de poils, la vulve pour la même raison, et le pénis, les oreilles, et les lèvres parce qu'elles sont proéminentes et accessibles Dr. Vaughn A. Seaton (1979), Head of the College of, Veterinary Medicine, Iowa State University of Science and Technology, Ames, Iowa.

Enfin, un certain nombre de vétérinaires expérimentés m'ont conseillé de mener l'enquête de cette manière. Comme le Dr. Quinn 1979 le souligne dans une lettre récente :

Une ... supposition logique serait que les indices sont l'oeuvre d'animaux sauvages et qu'il doit d'abord être prouvé que ce n'est pas le cas avant qu'une mutilation [induite par des humains] puisse être prétendue.

Peut-être l'exemple suivant aidera-t-il à clarifier mon propre raisonnement sur le sujet. Imaginez que vous soyez un officier de police qui vient d'être appelé par un citoyen local pour enquêter sur un vol qui aurait eu lieu dans sa maison. Lorsque vous arrivez, l'homme explique qu'il avait préparé un steak pour dîner et venait de le mettre sur la table lorsqu'il a dû quitter la pièce pour répondre au téléphone. Lorsqu'il est revenu, le steak n'était plus là. Le seul autre occupant de la maison était le chien de la famille, qui lorsqu'on l'a vu pour dernière fois était assis à côté de la table en se lêchant les côtes.

Supposez que le plaignant vous dise alors qu'il suspecte que le steak manquant a quelque chose à voir avec les ovnis, parce que pendant qu'il parlait au téléphone il a observé un éclair de lumière dehors. En tant qu'agent de police expérimenté comment évalueriez-vous le raisonnement du plaignant ? Enquêteriez-vous sur ce délit en essayant d'abord de prouver qu'un ovni était impliqué ? Ne serait-il pas bien plus logique de suspecter d'abord le chien, avant d'aller plus loin ? Remplacer le steak par "vache mutilée" et le chien par "tous les charognards mangeurs de viande en plein nature". Encore une fois, ne serait-il pas plus logique et sensé de suspecter d'abord les charognards — ne méditer sur d'autres explications qu'après un examen minutieux des éléments ait éliminé celui-ci ?

En bref, c'est l'approche que j'ai adoptée pour enquêter sur les mutilations signalées au Nouveau Mexique. Quel type de preuve est nécessaire pour établir un verdict de cause non-charognard ? Les parties enlevées dans une mutilation classique étant les mêmes que mangées par les prédateurs et les charognards, le critère principal de différenciation des 2 types de mutilations serait les procédures utilisées pour faire les incisions. Dans une mutilation classique, comme Perkins 1979: 22 le souligne, la chirurgie est trop précise pour avoir été faite par un autre animal. La littérature sous-tend que même un observateur non formé peut facilement différencier de telles incisions des découpes dentelées, inégales faites par des oiseaux et animaux sauvages.

Est-ce vrai ? Pour répondre à cette question, j'ai consulté un certain nombre de vétérinaires. Leur réponse était unanime : les oiseaux et animaux sauvages peuvent faire des incisions à l'apparence très soignée. La déclaration suivante faite par le Dr. Kintner 1979 est typique des réponses que je reçus :

Aussi surprenant que cela pourrait sembler au non-initié, de nombreux charognards font une découpe [aussi] propre que pourrait en faire un chirurgien avec un scalpel afuté.

Une description encore plus imagée de la capacité de ces animaux est offerte par le Dr. Michael Aleksiuk 1975 dans un article intitulé "Manitoba's Fantastic Snake Pits". Après avoir regardé une corneille tuer et manger partiellement un serpent, Aleksiuk fait l'observation suivante :

J'ai ramassé le serpent. La peau n'avait été rompue que dans la zone du foie, et cet organe avait été excisé avec soin. Rien d'autres n'avait été touché. Comment la corneille a pu réalisé la chirurgie avec une telle précision, c'est un mystère.

Bien sûr, certaines découpes faites par des prédateurs et des charognards sont sensiblement en dent de scie et grossières lorsqu'elles sont faites. Cependant, avec le temps même ces incisions peuvent donner l'apparence de découpe au couteau comme le Dr. Vaughn A. Seaton 1979 l'explique dans la déclaration suivante :

Étirer les tissus causés par une autolyse et production de gaz post mortem peut faire paraître les bords d'une blessure par morsure ou l'incision d'une dent semblable au résultat de découpes précises, en particulier dans les tissus tendres non couverts de poils.

Si une apparence douce, régulière n'est pas une base suffisante pour faire la distinction entre animal et découpes au couteau, comme une telle incision peut-elle être différenciée ? Une analyse microscopique des tissus impliqués est la seule méthode sûre. Le Dr. Harry Anthony 1979 de la Faculté de Médecine Vétérinaire, de l'Université de l'Etat du Kansas, explique que sous le microscope, les incisions faites par des prédateurs et charognards ont une lésion de déchirure cohérente, des marques de dents dans la ligne de poils, et une absence de poils coupés à l'endroit de séparation.

Une observation semblable fut faite par le Dr. A. E. McChesney, coordinateur du Laboratoire de Diagnostic, Faculté de Médecine Vétérinaire et de Sciences Biomédicales de l'Université d'Etat du Colorado. Selon le Dr. A. E. McChesney, pour être qualifié de découpe au couteau, les critères suivants doivent être réunis :

[La] découpe doit inclure des poils découpés qui court perpendiculairement à la ligne du couteau. Elle doit aussi montrer des découpes dans un tissu plus profond et devrait avoir a effet de scie issu des répétitions. Avec l'anus il doit y avoir des signes de couteau plus profonds dans le périnée et le rectum doit être découpé nettement sans lambeaux.

Quid de certaines des autres caractéristiques de la mutilation classique, comme l'absence de sang sur la scène ? Cela ne constituerait-il pas un indice que l'animal avait été mutilé par des agents autres que des animaux ou oiseaux sauvages ? Pas nécéssairement, car comme les vétérinaires me l'ont dit, lorsque le coeur cesse de battre, le sang, comme tout autre liquide, s'installe par la gravité dans les portions inférieures de la carcasse et dans les cavités du corps. Il se coagule alors et pour l'observateur non formé donnerait l'apparence d'avoir disparu Hibbs 1979. Dans la plupart des cases, tout sang visible serait facilement consommé par les prédateurs et les charognards. Comme le souligne le Dr. Kintner 1979 :

La règle plutôt que l'exception pour ces animaux est de faire un travail soigné et de ne laisser ni sang ni pagaille sur le lieu de la carcasse.

En résumé, pour prouver la cause humaine (voir note de pied de page p. 6) dans une mutilation mutilation, il est nécessaire de montrer que les parties manquantes de l'animal ont été enlevées avec un couteau ou autre instrument aiguisé. Pour déterminer si un tel instrument a été utilisé, il doit être démontré que les follicules de poil dans la peau ont été coupées perpendiculairement à la plaie. Une telle démonstration nécessiterait normalement une analyse microscopique des lésions en question.

Si une telle analyse n'a pas été réalisée, alors la cause humaine ne peut être prouvée. Cependant, il existe un autre critère qui, s'il est rencontré, suggèrerait au moins une cause humaine — la découverte de mutilations sur le côté protégé de l'animal. Les parties enlevées par les oiseaux sauvages et les animaux sont presque toujours celles sur le côté exposé d'un animal gisant, les prédateurs manquant généralement de force et de capacité à déplacer la carcasse, en particulier une de la taille d'une vache.

Si, comme certains enquêteurs le prétendent, l'animal a été mutilé dans une zone puis lâché des airs à l'endroit où il a été trouvé par la suite, alors on devrait s'attendre à trouver un nombre respectable de cas où les mutilations ont eu lieu sur le côté protégé ou inférieur de l'animal. En fait, Neil Bockman, un enquêteur amateur a récemment demandé à l'officier de Dulce dans une interview enregistrée pourquoi ces animaux n'ont jamais atterri sur le côté mutilé. L'officier a répondu : Oui, j'ai suivi çà, vous savez. C'est quelque chose d'incroyable, vous savez. Vous commencez à regarder çà et ça vous pouvez en devenir fou.

En résumé, si aucun de ces 2 critères n'est rencontré, alors le dommage par prédateur/charognard doit être supposé. Une telle supposition est même plus probable dans les cas où des traces d'oiseaux, empreintes d'animaux, plumes, fourrure, défécations d'animaux ou fientes d'oiseaux sont trouvées près de la carcasse.