Le journaliste australien Jeff Wells était membre de l'équipe du National Enquirer qui "packagea" l'histoire de l'enlèvement de Travis Walton pour être publiée. L'histoire de Walton est aujourd'hui le sujet d'un film à gros budget de la Paramount, Fire In the Sky. Wells est un des 7 auteurs du récit du National Enquirer "Un homme de l'Arizona capturé par un ovni" publié le . A son retour en Australie, Wells écrivit cette vision par un protagoniste des allées et venues sordides pour la rubrique de son journal, les identités des participants n'y étant qu'à peine masquées. "Le jeune" est à l'évidence Travis Walton. "Le cowboy" est son frère, Duane Walton. "Le professeur" est le Dr. James Harder de Berkeley, à cette époque une figure proéminente de l'APRO, l'Organization de Recherche sur les Phénomènes Aériens aujourd'hui disparue, un "abductioniste" des ovnis bien connu qui décèda en . L'examinateur au polygraphe est John J. McCarthy, l'opérateur au polygraphe expérimenté de l'état de l'Arizona. Cet article fut réédité dans le Skeptical Inquirer, Vol. 5 Nr. 4 (Eté 1981), pp. 47-52.

Jeff Wells se souvient de ses relations avec un jeune pathétique dont le rêve n'a jamais vraiment décollé.

Les personnages de cette histoire d'ovni sont réels même s'ils semblent plus être les inventions d'un écrivaillon d'Hollywood. Un jeune homme hânté, un cowboy rustre, un professeur étrange, un psychiatre hard-drinking, un lot de journalistes et une belle fille.

Tous furent envoyés dans la chaleur du désert par une rencontre rapprochée du 3ème type et peut-être ont-ils contribué à une idée d'Hollywood.

J'étais là et je peux me porter garant de la distribution humaine bigarrée - mais vous devrez vous faire votre propre avis sur les extra-terrestres aux têtes de bocal.

Certains des personnages engraissent toujours à répéter leur version de l'histoire dans le marché américain apparemment sans limites du bizarre.

Les prétendus faits, la tapisserie soigneusement tissée qui est devenir "l'histoire officielle" peut aujourd'hui être comptée parmi le folklore ovni, pablum pour ceux qui tournent leurs têtes vers le ciel à la recherche du sens de leur vie.

Je ne deviendrai jamais riche avec ma version et je ne la livre qu'à cause de la folie ovni que les journaux me racontent est en train de balayer cette partie du monde.

Le phénomène ovni arrive vraiment ici, comme il a roulé pendant de nombreuses années, et fait boule de neige jusqu'à des proportions incroyables dans d'autres pays où c'est un très gros marché.

Plus fort il devient, plus on s'intéressera à ce qu'on appelle les classiques des rencontres avec des ovnis.

Parmi eux, vous pourriez trouver des éléments de cette histoire. Si c'est le cas, vous réaliserez que mon histoire est un rappel que dans de tels cas, y compris le plus célébré et prétendumment bien documenté, il n'y a rien de plus pragmatique que des preuves.

L'incident est intervenu il y a quelques années de cela et a fait les titres des journaux dans le monde entier.

Je travaillais à San Francisco comme bureau man pour un hebdomadaire national devenu riche et puissant alimentant la classe moyenne d'envies de guérisons du cancer, Jackie Onassis, racontars d'Hollywood, voyance, et ingrédients du même accabit pour le gâteau déliquescent qu'est l'esprit américain.

Il était donc naturellement intéressant qu'un employé des forêts de 22 ans ait disparu et que 6 témoins aient passé des tests de détection de mensonges en affirmant que la dernière fois qu'il l'avaient vu il courait vers un énorme ovni.

Mon article a offert des dizaines de milliers de dollars à quiconque pourrait prouver sans conteste que des extraterrestres avaient visité notre planète - sachant que les droits exclusifs vaudraient des millions.

Aussi, lorsque 5 jours plus tard, le jeune homme que nous avions fini par appeler "le jeune" débarqua dans une petite ville de l'ouest, téléphona à son frère et déclara avoir été enlevé par l'équipage d'un vaisseau spatial extraterrestre, nous étions prêts.

En 1 heure j'étais dans un avion pour rejoindre dans une ville du désert une équipe de journalistes et de photographes arrivant de Los Angeles et de la côte Est.

À l'aéroport du désert je tombais sur l'un d'entre eux, un jeune anglais chic du bureau de L.A., qui me briefa. Un journaliste était chez le cowboy à parler argent ; le jeune était à l'intérieur, en état de choc.

Le bureau envoya $1000 pour aider le jeune à se sentir mieux et un ufologue réputé, un professeur de Californie, avait été envoyé, tous frais payés, pour donner un coup de main.

Notre tâche immédiate fut de soudoyer le frère avec le millier de $ pour se mettre avec nous dans un motel luxueux à la périphérie de la ville, sans donner de noms, où le reste de la presse qui était là de venir et le sheriff, qui disait à qui voulait l'entendre que l'affaire était un canular et demandant que le jeune passe un test de détection de mensonge, ne les dérangeraient pas.

Ca ne va pas être facile, dit l'anglais alors que nous rangions nos cartes de crédit dans nos poches et nous dirigions vers les Pontiacs que nous venions de louer.

Le frère a pris les choses en main et, le frère, c'est une sorte de psychopathe. Le jeune est mort de peur face à lui, comme notre reporter d'ailleurs.

Le cowboy ne nous déçu pas. C'était un des hommes les plus vils et plus durs que j'aie jamais vu - pas loin de la trentaine, professionnel du rodéo et boxeur amateur lourd-léger, ne buvant jamais une goutte, les épaules larges, les muscles bombés sous le T-shirt, les hanches finement ciselées, les jambes arquées, les yeux jettant des éclairs, tendu, imprévisible.

Il était appuyé sur une camionnette avec un râtelier à fusil dans la cabine et nous scruta avec des rayons de ruse et de haîne aussi forts que l'éclair du vaisseau spatial qui avait pole-axed son frère alors que les témoins fuyaient de terreur.

Personne ne vas se moquer de mon frère, dit-il.

Personne ne voulait rire de son frère, avons-nous dit. Nous voulions juste donner à son frère une chance de raconter son histoire à quelqu'un qui le comprendrait.

Pour prouver notre bonne foi, et pour tenir à l'écart tous ces autres chacals de la presse, qui embarrasseraient le jeune de questions folles, nous les cacherions et paierions le jeune beaucoup pour raconter son histoire.

Gagnants du prix : Travis Walton (premier plan), qui a dit avoir été enlevé par in ovni, montre un chèque de $2500. 6 autres ayant vu l'incident se partagent $2500. De gauche à droite Allen Dalis, Kenneth Peterson, Mike Rogers, Dwayne Smith et John Goulette. Absent est Steve Pierce.

Si nous amions l'histoire, et si elle pouvait être bien documentée, et que le jeune passait notre test de détection de mensonges, nous ouvririons nos carnets de chèques tout en grand et commencerions à parler à 5 chiffres. Les chèques de récompenses du National Enquirer pour le Cas de l'Année

À notre soulagement le cowboy accepta - mais pas, dit-il, pour l'argent, mais parce que son frère avait une vraie histoire à raconter qui éclairerait le monde.

Notre premier aperçu du jeune fut à un dîner dans la salle à manger de l'hôtel cette nuit-là. Ce fut un choc.

Il s'assit là muet, pâle, tremblant comme un animal acculé. Soit il était bon acteur, soit il était vraiment effrayé par quelque chose.

Mais l'arrivée du professeur rattrapa tout.

Il était doux comme le beurre et rapidement lui mangeait dans la main.

Vous n'êtes pas seul, sussura-t-il . Il y a beaucoup de gens, plus que vous ne pensez, qui ont été choisis pour les rencontrer.

Les ? J'ai commencé à m'interroger sur le professeur.

Le cowboy était si impressionné qu'il a commencé à parler sa propre expérience ovni, lorsqu'il avait été pourchassé par une soucoupe volante à travers les bois alors qu'il était enfant.

En une heure ou deux le professeur avait parlé aux frères de passer le test au polygraphe du sheriff ainsi qu'une séance d'hypnose dans cette pièce immédiatement.

Il semblait que les choses se déroulaient plutôt bien, sans savoir que nous allions faire face à 4 jours de chaos.

Le lendemain le bureau annonça que toute l'histoire allait être filmée par une équipe de la meilleure émission TV d'investigation de CBS, 60 Minutes.

Nous devions être sur nos gardes, parce que CBS était là pour nous avoir, avertit mon rédacteur-en-chef.

Nous devions présenter a bold front pour un bon film de journalistes dédiés n'épargnant rien pour apporter au public la véritable histoire de l'un des incidents les plus extraordinaires de l'histoire connue.

L'histoire fantastique du jeune était sortie sous hypnose mais les frères étaient devenus très paranos avec le professeur et ne voulaient plus parler qu'à lui. [1]

Le professeur seemed to have his own future on the lecture circuit and the paperback bookstands very much in mind and we didn't trust him.

So we taped everything and had the CBS crew film the kid's story given under hypnosis.

It was a tale of little men with heads like fishbowls and skin like mushrooms.

But suddenly the strain began to tell on the kid and he lapsed into sobbing bouts. He was falling apart and so was his story.

It necessitated flying in a husband-and-wife team of psychiatrists from Colorado to tranquilize the kid and keep the cowboy from exploding.

The kid was a wreck and it was all the psychiatrist could do to get him ready for the lie-detector expert we had lined up.

The test lasted an hour and I was in the next room fending off the TV crew when I heard the cowboy scream: I'll kill the sonofabitch!

The kid had failed the test miserably. The polygraph man said it was the plainest case of lying he'd seen in 20 years but the office was yelling for another expert and a different result [2].

To head that off we had the psychiatrist put the cowboy and the kid through a long session of analysis.

Their methods were unique. The next day the four of them disappeared into a room and soon a waiter was headed there with two bottles of cognac.

At the end of it the psychiatrists were rolling drunk but they had their story and the brothers were crestfallen.

It seemed that the kid's father, who had deserted them as a child, had been a spaceship fanatic and all his life the kid had wanted to ride in a spacecraft.

He had seen something out there in the woods, some kind of an eerie light which had triggered a powerful hallucination which might recur at any time. There was no question of any kidnap by any mushroom men.

The kid needed medical help and the cowboy swore he would shield him from further harassment.

Reports began to filter in that the witnesses' lie detector tests were not much help either - they supported the story that they had all seen the strange light but not that the strange light was identifiable as a spaceship.

The CBS crew had left in disgust and I sat down to detail everything that had happened in a 16-page memorandum designed to kill the story. It was all over.

I paid the $2000 hotel bill - including a mammoth bar tab to which the psychiatrists had contributed nobly - for the five days and we all scattered to the airport.

It had been a lunatic experience from beginning to end, made more disturbing by the fact that on several occasions, with coaxings from the professor, I had almost believed that the story was real.

As I drove to the airport I was never so glad to be leaving a city and to this day the whole experience there remains in my memory as some kind of nightmare.

As I neared the airport I switched on the car radio and heard familiar voices - the kid, the cowboy, and the professor giving an interview about the kid's shatteing experience on board a flying saucer.

A few weeks later I picked up the paper I worked for and found that with the help of the professor it had turned my memorandum into a sensational front-page story.

The professor was calling me up demanding tapes for his lectures and the kid was signing contracts for books and TV documentaries.

And so another UFO hero was made.