Le "Rasoir d'Ockham" est un principe méthodologique, à au philosophe médiéval William d'Ockham, qui principalement s'opposait à une création injustifiée de nouveaux termes en philosophie. Ce principe et ses versions ultérieures étant souvent cités dans les discussions sur les anomalies, il sera discuté ici en détail. Après un bref regard sur les racines historiques, les principales formulations modernes sont résumées. Il sera montré qu'une demande de "simplicité" ne peut être soutenue de manière générale. Plutôt, chercher la simplicité à tout prix peut entrer en conflit avec d'autres essentiels de la méthode scientifique. Le principe d'Ockham — que ce soit dans sa version d'origine ou modifiée — ne peut aider à une décision rationnelle entre des explications concurrentes des mêmes faits empiriques. Un usage incorrect du Rasoir d'Ockham ne mène qu'à une perpétuation et une corroboration de préjudice existant, et ce principe ne devrait pas être utilisé pour se débarasser facilement de données ou concepts non bienvenus.

Mots-clés : Rasoir d'Ockham - anomalies - interprétation erronée de faits empiriques - principe de simplicité - économie de pensée - perpétuation de préjudice

L'interprétation erronée de faits empiriques - un schéma récurrent

Dans les discussions sur l'existence ou l'inexistence de classes de phénomènes controversés, sur une interprétation correcte de données empiriques, mais aussi sur l'adéquation de termes nouvellement créés à des fins d'explication, un principe est cité de manière persistante généralement connu sous le nom de "Rasoir d'Ockham". Dans ce qui suit, après un bref aperçu des racines historiques, la portée et les limitations de ce principe, en particulier sous sa forme moderne, seront explorées.

Parmi les nombreuses disfonctions de la science, un schéma spécifique sera examiné dans de plus grands détails. Une proportion significative des erreurs et incompréhensions dans l'histoire de la science — jusqu'à très récemment — peut être comprise comme une interprétation erronée de faits empiriques, de 2 manières possibles :

Le principe d'Ockham - versions d'origine et révisées

William d'Ockham (environ 1280-1349) est considéré comme l'un des philosophes les plus importants du 14ème siècle. Le Rasoir d'Ockham est un principe méthodologique, en particulier dans le contexte de questions ontologiques, selon lequel la philosophie et la science devraient supposer aussi peu d'entités théoriques que possible à des fins de justification, explication, définition, etc. Gethmann, C. F. (2004): "Ockham's razor", MittelstraO (Ed.), Enzyklopadie Philosophie und Wissenschaftstheorie, vol. 2, pp. 1063-1064. Metzler.. Il apparaît en 2 versions : Pluralitas non est ponenda sine necessitate et Frustra fit per plura, quod potest fieri per pauciora ; la forme souvent citée Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem (sine necessitate) (les entités ne doivent pas être multipliées au-delà de nécessaire) n'existe pas chez Ockham Schwemmer, 0. (2004): "Ockham", in Mittelstral3 (Ed.), Enzyklopadie Philosophie und Wissenschaftstheorie (vol. 2), pp. 1057-1063. Metzler. Thorbum, W. M. (1918). The myth of Ockham's razor. Mind, 27, 345-353..

Le sens d'origine de ce principe ne peut être compris que dans le contexte des débats philosophiques et théologiques de cette époque, en particulier sur le "problème des universels". Par dessus tout, Ockham s'oppose aux termes pseudo-explicatoires ou autres termes sans signification ou superflus. Mais une vision claire de l'intention authentique est bloquée par des modifications ultérieures et des ré-interprétations non consonantes avec la source primaire. Essentiellement 3 schémas de base des versions ultérieures peuvent être identifiées, qui bien sûr se recouvrent en partie :

Systèmes de termes simples ou suffisants ?

Déjà dans la vie d'Ockham, son collègue de l'ordre franciscain, Walter de Chatton, exprima la contradiction : Si 3 choses ne sont pas suffisantes pour vérifier une proposition affirmative sur des choses, une 4ème doit être ajoutée, et ainsi de suite. Plus tard, d'autres auteurs de manière semblable défendirent un "principe de plénitude" Maurer, A. (1984): "Ockham's razor and Chatton's anti-razor", Mediaeval Studies n° 46, 463475.. Le mathématicien Karl Menger Menger, K. (1960): A counterpart of Ockham's razor in pure and applied mathematics. Synthese, 12, 415428. formule une "loi contre la parcimonie" et démontre que parfois trop de concepts différents sont unis sous un seul terme (e.g., "variable").

Le besoin d'un système de termes fonctionnel, suffisamment differencié est maintenant généralement acceptée, tout comme l'avertissement à l'encontre de néologismes au-delà d'une mesure nécessaire. Les stupidités de terminologie interviennent parfois comme un "vocabulaire de show" dans de nouveaux domaines de science luttant pour une reconnaissance, et comme argot interne à un groupe motivé par la dynamique de groupe et non la logique scientifique. Toujours non résolus, cependant, sont des concepts tels que "théorie plus simple" et "hypothèse supplémentaire non nécessaire".

Le mythe de la simplicité

Le scientifique et l'"inconnu inconnu"

Normalement, une explication devient nécessaire lorsqu'un phénomène surprenant et innatendu est observé, et une explication doit do away with this element of surprise Kim, J. (1967): "Explanation in science" in Edwards (Ed.): The Encyclopedia of Philosophy, vol. 3, pp. 159-163. Macmillan, p. 162 Bauer Bauer, H. H. (1992): Scientific Literacy and the Myth of the Scientific Method, University of Illinois Press., pp. 74-76 conteste la vision commune que les scientifiques sont ouverts d'esprit et strive for new cognition and insight. Par contraste, il affirme que l'ouverture d'esprit au nouveau n'existe que tant que les choses nouvelles ne sont pas trop nouvelles. Bauer fait une distinction entre le "l'inconnu connu" qui peut être dérivé de connaissance secured (et est donc apte à des propositions de recherche), et l'"inconnu inconnu" auquel on ne peut s'attendre sur la base de l'état de la connaissance. Sur la base de l'expérience psychologique, Krelle Krelle, W. (1968). Praferenz- und Entscheidungstheorie. Tiibingen: Mohr. pp. 344-347 caractérise une limitation de la capacité humaine de traitement de l'information sous le terme de distorsion conservatrice. Les caractéristiques particulières et déviantes sont insuffisamment perçues, et les évaluations acceptées auparavant sont maintenues.

Devient donc compréhensible la raison pour laquelle l'existence des météorites et de la foudre en boule fut rejeté à l'origine. Le scepticisme face aux témoignages fournis par des profanes Westrum, R. (1978): "Science and social intelligence about anomalies: the case of meteorites", Social Studies of Science, n° 8, pp. 461-493. induit une détérioration persistante de la faculté de jugement, de sorte que même des éléments substantiels et des rapports d'experts - specimens réels de météorites et analyses chimiques - étaient écartés sous le même préjudice. Etant habitué à catégoriser les phénomènes selon les schémas conceptuels et explicatoires habituels, les scientifiques courent facilement le risque d'un piège réductioniste, étant finalement contents d'une telle catégorisation peu rigoureuse, quand bien même fut elle mauvaise.

Victimes de ce mécanisme caractéristique, les scientifiques ont agit dramatiquement contre leurs propres intérêts. Nous trouve le schéma récurrent de la "découverte avant la découverte". Au moins 3 chimistes renommés produisirent de l'oxygène avant Lavoisier, mais le classèrent incorrectement comme un gaz bien connu. Dans au moins 17 cas un nouvel objet céleste fut signalé avant d'être finalement reconnu comme une nouvelle planète (Uranus), et des erreurs semblables eurent lieu avant la "découverte catégorique" de la planète Neptune et des rayons X Kuhn, T. S. (1962): "Historical structure of scientific discovery", Science n° 136, pp. 760-764.. En 1995, 2 astronomes americains firent des observations suggérant une planète hors de notre système solaire, mais ne poursuivirent pas plus loin leur découverte. D'autres astronomes purent donc être les 1ers à publier leur découverte indépendante et déclarer avoir identifié la 1ère planète extrasolaire Schneider, R. U. (1997): Planetenjager. Die aufregende Entdeckung fremder Welten. Basel: Birkhauser..

La déformation de proximité - un schéma caractéristique de l'incompréhension

Lorsqu'ils essaient d'interpréter un phénomène, les humains ont toujours le risque de "falling short", d'adopter des explications proches de leur individual range of prior experience. Ceci peut être documenté par une série d'épisodes de l'histoire.

Galilei s'opposa catégoriquement à l'idée que les marées aient quelque chose à voir avec la Lune (théorie gravitationnelle des marées) et essaya de développer sa propre théorie purement terrestre à la place Harris, H. S (1967): "Italian philosophy", in Edwards (Ed.): The Encyclopedia of Philosophy, vol. 4, pp. 225-234. Macmillan, p. 228. Une explication était aussi hautement désirée à la controverse des météorites. Le véritable débat commença en 1794 lorsque le physicien allemand Chladni publia un petit livre défendant la réalité des météorites, et la même année une observation largement publiée eut lieu à Sienne, en Italie. Mais Chladni et tous les autres défenseurs de la réalité des météorites étaient sous le feu d'une attaque permanente. Même des universitaires qui étaient au niveau des standards de leur temps tentèrent de d'arranger des explications pour faire échouer l'idée que des objets pouvaient tomber du ciel, e.g., que les météorites étaient causées par l'enflammement de long trains de gaz dans l'atmosphère ou par des ouragans et explosions volcaniques Westrum, R. (1978): "Science and social intelligence about anomalies: the case of meteorites", Social Studies of Science, n° 8, pp. 461-493..

Le "Nordlinger Ries" est une formation géologique singulière en Bavaria (sud de l'Allemagne). Dans notre compréhension moderne il s'agit d'un cratère d'impact, pratiquement circulaire, avec un diamètre de 24 km environ. Pendant longtemps le problème de son origine avait intrigué les experts. Pour ce mystère, aussi, beaucoup d'interprétations terrestres possibles furent envisagées, e.g., un volcan qui avait disparu dans l'intervalle, une "hypothèse d'explosion", une "théorie de glacier-broyeur", etc. Ce n'est qu'après 1960 que l'impact d'un objet cosmique ("théorie de météorite") - la théorie aujourd'hui généralement acceptée - ne fut sérieusement discuté Dehm, R. (1969): "Geschichte der Riesforschung", Geologica Bavarica, n° 61, pp. 25-35.

Ce type récurrent de mauvaise interprétation peut être appelé déformation de proximité. Symétriquement, il y a aussi une tendance aux "raisonnements tirés par les cheveux", particulièrement dans certains groupes enclins à vite supposer des origines extraterrestres ou souterraines.

A la recherche d'un critère de simplicité

Les termes symmétriques de "simplicité" et "complexité" sont des notions de perspective : leur signification dans un cas donné dépend - au-delà de la dépendance de contexte bien connue de toute signification de mot - du contexte d'application et de la compréhension préalable celui qui l'utilise Gernert, D. (2000): "Towards a closed description of observation processes", BioSystems, n° 54, pp. 165-180.. Dans le cas présent, devrait suffir une mesure comparative qui marque 1 ou 2 explication possibles d'un fait empirique comme "la plus simple". Mais même une telle mesure comparative n'est faisable que dans les contextes limités d'une science formelle (e.g., comparer 2 formules d'un calcul logique) ; une mesure de complexité provoquera immédiatement des réserves dès que les relations aux données empiriques entreront en jeu.

Le degré de simplicité d'une équation de courbe peut être définie par le nombre de paramètres libres : un cercle dans la plan obtient la mesure 3, et une ellipse obtient le nombre 5. Sur la base de la simplicité nous devrions préférer les orbites planetaires circulaires de Copernic aux ellipses de Kepler. Simplicité et précision sont des besoins conflictuels. De plus, une mesure de simplicité dépend d'un schéma prédéfini. Dans une tâche de correspondance de courbe, étant donné un ensemble de points de mesure, une courbe raisonnable doit être déterminée. Si une tâche fixée nécessite, dans une 1ère étape, d'exprimer une telle courbe par un polynôme, alors que dans une 2nde étape sin (x), log (x), etc., seront aussi permis, alors cette dernière représentation sera "plus simple", mais au prix de moyens d'expression plus complexes. D'un autre côté, la réponse la plus simple - peut-être une ligne droite ou légèrement courbée - n'est pas toujours utile : pour l'effet Hall quantique, juste les extrema de la courbe sont pertinents. La théorie de la complexité n'aide pas ici. On trouve dans la littérature diverses définitions de "complexité", chacune adaptée à une application spécifique ; chacune d'entre elles est liée à sa classe spécifique de constructions formellement définies, comme des algorithmes ou séries de signes.

Le problème de décider entre des explications concurrentes à des faits empiriques ne peut être résolu par des outils formels. Si une procédure neutre avait pu être imaginée, pour évaluer la question de la foudre en boule, toujours controversée il y a des décennies de cela : la foudre en boule est-elle réelle, ou les signalements de profanes dans leur ensemble ne sont-ils fondés que sur des illusions ?

Dans une vaste monographie, Mario Bunge Bunge, M. (1963): The Myth of Simplicity, Prentice-Hall. révèle les diverses lacunes et limitations d'un principe de simplicité. En détail il démonstre qu'une demande de simplicité (sous quelque facette que ce soit) entrera en conflit avec d'autres essentiels de la science (comme exemplifié ci-dessus par conflit entre simplicité et précision). Finalement il parle d'un "culte" ou "mythe de la simplicité". Concernant le Rasoir d'Ockham, Bunge recommande la prudence : En science, comme chez le barbier, mieux vaut sortir vivant et barbu que bien rasé et mort p. 115.

Ce que le principe d'Ockham ne peut accomplir

Le principe de simplicité, peu importe dans quelle version, ne contribue pas à la sélection de théories. Au-delà de cas triviaux, le terme de "simplicité'' reste un terme subjectif. Ce qui est compatible avec la vision du monde pré-existante de quelqu'un sera considéré simple, clair, logique, et ~ évident, tandis que ce qui contredit cette vision du monde sera vite rejeté comme une explication inutilement complexe et une hypothèse supplémentaire insensée. Ainsi, le principe de simplicité devient un mirroir de préjudice, et, pire encore, un mirroir déformant, puisque son origine est camouflée.

Comme exemple, un défenseur du système géocentrique pourrait soutenir : une certaine facilité dans le calcul des orbites planétaires n'est pas pertinente, parce que nous ne sommes pas obligés d'adapter notre système de monde aux souhaits de confort des mathématiciens, et l'hypothèse d'une Terre en mouvement est une hypothèse supplémentaire inutile — et aventureuse — pas du tout étayée par la perception des sens.

Walach et Schmidt Walach, H., & Schmidt, S. (2005). Repairing Plato's life boat with Ockham's razor. Journal of Consciousness Studies, 12(2), 52-70. proposent de complémenter le Rasoir d'Ockham par le "canot de sauvetage de Platon". Ce principe, avec son origine dans l'Académie de Platon, déclare qu'une théorie doit être suffisamment complète "pour sauver les phénomènes" ; ceci fut déclenché par des anomalies observées dans le mouvement planétaire.

Notre monde est plus multi-facettes que certains pourraient l'imaginer. Le point critique n'est pas seulement le fréquemment cité "plus de choses dans le ciel et la terre", mais simplement l'explication adéquate du matériel en main. D'autres interprétations erronées viendront certainement. Mais le principe de cet honorable philosophe médiéval ne devrait pas être mal utilisé comme comme arme secrète destinée à instiguer le préjudice dans la discussion et à facilement écarter des concepts qui ne sont pas bienvenus.

Remerciements

L'auteur est reconnaissant à 2 referees anonymes. Ce texte est une traduction révisée et étendue d'un texte Allemand imprimé pour le journal Erwagung-Wissen-Ethik, avec l'aimable permission de Lucius & Lucius Publ. Co., Stuttgart.