Au 18ème siècle il y avait toujours une croyance chez de nombreuses personnes selon laquelle des pierres tombaient avec la foudre. Ces pierres, que de premiers auteurs avaient appelées ombriae, brontiae et cerauniae Adams, F. D.: The Birth and Development of the Geological Sciences (New York: Dover, 1954), pp. 118-124., étaient souvent considérées avoir des pouvoirs surnaturels Il y a un nombre considérable de cas où des météorites ont effectivement été l'objet d'adorations. Voir LaPaz, L.: Hunting Meteorites: Their Recovery, Use, and Abuse from Paleolithic to Present, Topics in Meteoritics n° 6, pp. 84-94. Egalement Nininger, H. N.: Out of the Sky (Denver, Col.: University of Denver Press, 1952), pp. 5-8.. L'évêque Pontoppidan observa que les paysans norvégiens croyaient que ces pierres étaient particulièrement utiles aux femmes pendant le travail de l'accouchement, en ce qu'elles les aideraient à faire sortir l'enfant Pontoppidan, E.: The Natural History of Norway (Londres: A. Linde, 1755), pp. 174-76.. La croyance concernant les pouvoirs surnaturels de ces pierres était si forte en Prussie que Helwing, le ministre d'Angerbourg, dû finalement recourir à l'usage du Bras Seculier pour s'en débarasser A. de Jussieu, "De l’Origine et des Usages de la Pierre de Foudre", HMARSP, 1723 (Paris, 1753), partie ’Histoire’, 6-9.. En conséquence chaque savant l'un après l'autre eut toutes les peines à décrire à quel point l'idée que ces pierres étaient vraiment tombées avec la foudre était infondée Voir G.-L. L. De Buffon, Histoire Naturelle, vol. 6 (Paris: Imprimerie Royale, 1779), p. 225 ; article sur "Pierre de Foudre", dans le Dictionnaire Raisonné Universel d’Histoire Naturelle (Lyon: Bruyset, 1791); article sur "Foudre, Pierres de", dans J. L. R. d'Alembert & Diderot, D.: Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Metiers (Paris, 1757)..

Ces pierres figure paraissaient pour un savant du 18ème siècle appartenir à 3 types Mahudel: "Sur les Prétendues Pierres de Foudre", Histoire et Mémoires de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres H][MAR,IBL Vol. 12 (Paris 1745), partie ’Histoire’, pp. 163-169.. Les 1ères étaient des fossiles évidents, les restes durcis de créatures qui avaient vécu un temps. Une 2nde variété, plus intéressante, était constituée à l'évidence d'outils de l'homme primitif qui, laissés derrière des campements où il s'était installé ici ou là, donna lieu à l'idée que la foudre avait envoyé au sol ces étranges cales et haches. Un 3ème type de "pierre de foudre", qui semblait être une pyrite ou marcassite avec une croûte noire, était un peu plus difficile à expliquer. Alors que les 2 premiers types avaient été associés à la foudre en raison de leur forme pointue (naturellement les éclairs doivent être pointus), la raison de relier ce 3ème type à la foudre n'était pas claire. Nous devrons laisser les chimistes démontrer son origine contre ceux qui pensent qu'elle est céleste, dit le savant indifféremment Ibid., 163.. Que les 3 types de pierres ait reçu le même nom fut malheureux pour la reconnaissance des météorites. Car alors que les scientifiques du 20ème siècle s'accorderaient avec les savants du 18ème sur l'identité des 2 premiers types, ils ne s'accorderaient pas sur le 3ème, qui contenait sans aucun doute des pierres qui étaient vraiment tombées du ciel, mais sans la foudre. Mais lorsque de vraies météorites étaient apportées aux savants pour examen, la mémoire de celles qui étaient erronées était toujours vivace. Aucun savant ne souhaitait être pris pour un imbécile en acceptant comme authentiques des objets analogues à ceux déjà montrés être frauduleux. Il fallu de nombreuses années avant que le préjudice puisse être dépassé.

Les savants du 18ème siècle étaient aussi bien conscients que les anciens avaient rapporté que des pierres étaient tombées du ciel en plusieurs occasions. Probablement la plupart des savants virent-ils ceci simplement comme un exemple de la crédulité des anteurs antiques, mais certains étaient disposés différemment. L'historien français Fréret, par exemple, suggéra que ses collègues de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres prennent ces rapports anciens au sérieux. Il fit valoir que nombre des "prodiges" rapportés par les anciens étaient assez vrais : il s'agissait simplement d'événements naturels, peut-être assez rares, auxquels on avait donné une interprétation surnaturelle Fréret, N.:"Réflexions sur les Prodiges Rapportez dans les Anciens", HMARIBL, vol. 4 (Paris: 1746), partie ’Mémoires’, pp. 411-436.. Le géologue Guettard, dans ses notes sur l'Histoire Naturelle de Pline, pensait aussi que des pierres pouvaient tomber du ciel, et cita des signalements modernes comme anciens de celles-ci Pline l'Ancien: Histoire Naturelle de Pline, vol. 1 (Paris: Desaint, 1771), pp. 404-09.. Il pensait que de telles pluies pourraient être causées par des ouragans et des explosions volcaniques.

Mais la question des pluies de pierres avait un intérêt autre que simplement historique. Les 3 pierres qui avaient été envoyées à l'Académie des Sciences en 1769 étaient loin d'être les seules récemment tombées à passer entre les mains des savants. Les récits testimoniaux de pluies contemporaines étaient encore plus nombreux. Pourtant l'analyse de l'une des 3 pierres en 1772 fut la 1ère fois où une pierre dite être tombée était analysée par une académie scientifique et décrite dans un journal scientifique. L'évaluation négative de l'origine de la pierre par un corps si prestigieux influença probablement beaucoup la réaction d'autres corps scientifiques par rapport aux pierres, ainsi que les témoignages à leur sujet. La réaction de l'Académie créa un environnement dans lequel le transfert d'information sur le phénomène était lent et imparfait. Car le verdict de l'Académie fut largement pris comme le point de vue officiel de la science elle-même, pas juste celui d'une académie. Afin d'expliquer pourquoi ce verdict changea 3 décennies plus tard, il nous faut examiner en detail comment des savants individuels prirent des décisions sur la réalité des météorites ainsi que le système d'intelligence sociale qui leur apporta l'information qui constitua le fondement de ces décisions.