Déclaration publique

Kervandal, G. (capitaine de gendarmerie), conférence au GEPA, 21 mai 1976

Lors de la réunion publique du GEPA du 21 mai 1976, le capitaine de gendarmerie G. Kervandal nous a parlé de la position de la Gendarmerie Nationale dans les termes suivants

J'ai été autorisé par M. Cochard, Directeur de la Gendarmerie et de la Justice militaire, à être parmi vous ce soir.

C'est donc officiellement que je suis ici. Cependant, comme je ne m'occupe absolument pas d'ovnis à la Direction de la Gendarmerie, les idées que j'ai émises dans divers articles ou celles que je pourrais émettre ce soir n'engagent que moi et en aucun cas la doctrine de la Gendarmerie. Je me devais de préciser ce point afin d'éviter toute équivoque.

Le commandant Dotte-Charvy, de l'Armée de Terre, vient de vous dire que les ovnis n'étaient pas du ressort des armées parce que, apparemment, ils ne constituaient pas une menace pour la sécurité des Etats en général et qu'il n'y avait aucune raison particulière pour que l'Armée de Terre française se sentit plus visée que les autres armées.

Je vous dirai à mon tour que les ovnis ne sont pas l'affaire de la Gendarmerie française, parce qu'ils ne sont pas l'affaire d'une personne, d'une organisation ou d'une administration. Ils sont notre affaire à tous, parce qu'ils nous concernent tous. Si la Gendarmerie française s'est intéressée aux ovnis, c'est qu'elle y a été amenée parfois malgré elle.

La Gendarmerie Nationale est en effet chargée, en vertu de textes parfois très anciens, de veiller à la sûreté des voies de communication et des campagnes, ainsi qu'à la sécurité des biens et des personnes et au maintien de la tranquilité publique. Et il est bien évident que, lorsqu'un ovni ou tout autre engin survole à basse altitude un village, un véhicule, il trouble cette tranquilité ; comme il est non moins évident que l'atterrissage d'un engin dans un champ ou une pâture peut causer des dégâts aux récoltes, aux troupeaux. Il est certain aussi que, dans l'ignorance où nous nous trouvons de l'origine, de la nature du phénomène, nous pouvons légitimement penser que certaines observation peuvent être mises sur le compte d'opérations de contrebande, de trafic louche, d'espionnage. La Gendarmerie française, force à caractère mi-civil, mi-militaire, ne peut donc pas se désintéresser du phénomène, et le gendarme, bien que militaire, se sent alors davantage concerné que son camarade de l'Armée de Terre, de l'Aviation ou de la Marine par les ovnis.

La Gendarmerie est donc amenée à agir sur demande du témoin, soit de sa propre initiative. La Direction de la Gendarmerie a d'ailleurs donné des directives à toutes ses unités pour que toute observation d'ovni portée à leur connaissance fasse l'objet d'une enquête sérieuse et approfondie.

Je vais essayer de répondre aux questions que vous pouvez vous poser concernant l'enquête de gendarmerie en matière d'ovnis.

Comme se fait cette enquête ? Dès qu'ils sont alertés, les gendarmes se rendent sur les lieux de l'observation, y font les constatations d'usage, c'est-à-dire qu'ils prennent des photographies des lieux, relèvent des plans, interrogent témoins et proches des témoins, demandent des analyses de laboratoire, font des moulages des empreintes qui peuvent avoir été laissées, se renseignent auprès des services spécialisés pour savoir si des ballons-sondes ou des fusées ont été lancés, si des échos radar ont été relevés, vérifient si des avions ou des hélicoptères n'ont pas été amenés à atterrir sur les lieux au moment de l'observation, etc. Un procès-verbal est alors rédigé et regroupe de la façon la plus complète possible l'ensemble des renseignements recueillis.

Ces enquêtes s'apparentent aux enquêtes judiciaires et aux constats d'accidents corporels de la circulation habituellement menés par la gendarmerie.

Quelle est la destination des procès-verbaux de gendarmerie ? Le but de l'enquête de gendarmerie n'est pas de faire travailler les gendarmes pour leur seul plaisir. Certes, les gendarmes ont aussi leurs archives, mais ils ne souhaitent pas accumuler des dossiers dans des armoires. Le but véritable des procès-verbaux est de renseigner les autorités, administratives, judiciaires ou militaires selon la nature de l'événement relaté. Parfois les 3 autorités doivent être renseignées. Dans le cas présent, il est difficile de dire quelle est l'autorité la plus concernée par le problème. Les gendarmes adressent donc un exemplaire du procès-verbal à chacune de 3 autorités, c'est-à-dire au préfet du département, au procureur de la République et au général commandant de la région aérienne. En outre, depuis quelques mois, les procès-verbaux sont également adressés au Centre National d'Etudes Spatiales à Toulouse, qui dépend du Ministère de l'Industrie.

Qui sont les témoins qui viennent dire aux gendarmes qu'ils ont vu des ovnis ?

Des gens de toutes catégories socio-professionnelles, de tous âges, mais sans doute d'abord des gens vivant près de la nature ou qui circulent beaucoup de jour comme de nuit. Des gens aussi qui n'ont pas peur de venir raconter leur observation soit parce qu'ils ont confiance en celui auquel ils parlent, soit parce que l'émotion a été plus forte que la peur du ridicule.

Il y a, en effet, de très nombreuses observations qui demeurent insoupçonnées parce que les témoins ont vu des choses étranges et qu'ils ont peur de le dire, de crainte d'être traités de fous.

Il faut que les témoins sachent qu'ils peuvent aller en toute confiance voir les gendarmes. Ceux-ci les écouteront, parce qu'ils doivent le faire, et ne se moqueront pas d'eux. Les gendarmes sont souvent des témoins privilégiés parce qu'ils circulent fréquemment la nuit. Certains même ont assisté à des atterrissages d'engins. Mais, bien sûr, ils sont des hommes comme les autres et ont pu se tromper. Ils ont dans tous les cas rendu compte des faits à leurs chefs. Et on ne s'est pas moqué d'eux. Il faut également que les témoins éventuels sachent que leur anonymat sera respecté, s'ils le demandent, et que leur nom ne sera pas mentionné dans le procès-verbal.

Il ne faut donc pas craindre d'aller à la gendarmerie relater une observation, surtout lorsqu'elle en vaut la peine. Mais, bien entendu, il ne faut pas tomber dans l'excès contraire et aller réveiller les gendarmes pour tous les avions qui ne suivent pas l'itinéraire habituel ou pour tous les satellites artificiels observés.

Je voudrais maintenant conclure en vous disant que la Gendarmerie, concernée par les ovnis, semble bien placée parmi les services publics pour mener des enquêtes sérieuses, quels que soient le lieu ou le temps.

Encore faudrait-il qu'elle soit officiellement mandatée pour intervenir dans tous les cas, afin que toutes les portes lui soient ouvertes. Mais cela est une autre histoire.

La Gendarmerie n'est ni pour ni contre les ovnis, elle ne veut pas prendre parti dans le débat scientifique. Il semble simplement aux gendarmes, qui sont, je le répète, des hommes comme les autres, qu'il y a certainement quelque chose de vrai dans toute cette affaire d'ovnis, et ils voudraient savoir, et pouvoir fournir à ceux qui ont vocation d'éclaircir le mystère des soucoupes volantes les informations les plus valables. C'est pourquoi ils mènent l'enquête.