Jung
Jung

Fils de pasteur, Jung naît le à Kesswil (Suisse), au bord du lac de Constance. Ses années au collège de Bâle le conduisent à s'intéresser aux sciences naturelles, à la philosophie, à la religion. Son père meurt en 1896, il se retrouve seul avec sa mère et sa sœur et se pose pour lui la question de la poursuite de ses études. Il connaît une période de grande pauvreté, mais finalement réussit à entreprendre des études de médecine. Son intérêt pour les données biologiques et les données spirituelles le conduit à choisir la psychiatrie.

En 1900, il devient assistant à la clinique psychiatrique de l'université de Zurich (le Burghölzli). Ses années d'apprentissage lui permettent de mieux comprendre l'univers des malades mentaux. C'est à ce moment là qu'il découvre les travaux publiés par Sigmund Freud. Les recherches faites par Freud au niveau de l'hypnose et du rêve aident Jung à aborder l'univers étrange des hôpitaux psychiatriques. La première rencontre entre les deux hommes a lieu en . Très vite des divergences apparaissent, elles se confirment en 1909, date à laquelle ils font un voyage commun aux États-Unis, invités par la Clark University à Worcester (Massachusetts). Au début des années 1910s, les 2 hommes se séparent. Jung traverse alors un période de profonde solitude, confronté à son propre inconscient. Il sort de cette crise en 1918 et alors commence pour lui toute une série d'études et de publications, autant de jalons pour baliser les territoires inconnus qu'il vient de découvrir.

Il se marie en 1903 avec Emma Rauschenbach, a 5 enfants et construit une maison où il s'installe définitivement dès 1909 à Kusnacht (à quelques km de Zurich, sur le bord du lac de Zurich). En 1923 Jung achète un terrain sur la commune de Bollingen, à une trentaine de kilomètres de son domicile (au bord du lac également). Il y construit une simple tour, lieu de refuge, de méditation, qui après plusieurs modifications, finit au fil des ans par devenir un véritable lieu de vie à l'écart et à l'abri du monde extérieur (en particulier de son travail journalier auprès de ses patients).

Ses découvertes l'obligent à s'intéresser à nos racines occidentales, à tous les courants de pensée. Il réhabilite le monde chrétien, l'alchimie, il étudie de très près le monde oriental. Sa culture est immense. Il entreprend toute une série de voyages, il découvre des hommes peu touchés par la civilisation, vivant entre deux mondes (Inde, Afrique du Nord, tribus du Kenya, Indiens en Arizona, au nouveau Mexique).

Dès 1936, il décrit dans l'un de ses livres le danger que fait courir l'Allemagne avec une foule de détails malheureusement prophétiques, reliant l'histoire de ce pays aux mythes sous-jacents qui l'animent. Son œuvre est condamnée par les Allemands, il ne peut rien faire pour éviter le conflit mondial et il doit sa survie au seul fait d'habiter en Suisse.

En 1944, il est victime d'un infarctus, c'est là qu'il fait l'expérience du passage de la vie vers la mort dans sa première phase. Une force invisible l'oblige à "revenir sur terre". Il publie alors toute une série d'ouvrages qualifiés de majeurs. En 1945, il fonde la société Suisse de Psychologie pratique et en 1948 l'Institut qui porte son nom (à Zurich).

En 1955 sa femme meurt ; c'est une grande épreuve pour lui. Il va écrire jusqu'à la fin de sa vie, témoin de l'homme, des difficultés de son temps. Cette année-là paraît l'article suivant dans la FSR :

Si... l'origine extraterrestre du phénomène devait se trouver confirmée... cela nous mettrait sans le moindre doute, dans la situation extrêmement précaire d'une communauté primitive actuelle en conflit avec la culture supérieure des blancs : le gouvernail nous serait retiré, et nous perdrions nos rêves agréables. Naturellement, ce serait principalement notre science et notre technologie qui devraient être jetées à la ferraille. Ce qu'une telle catastrophe signifierait sur le plan moral, nous pouvons d'une certaine manière en juger par la ruine des sociétés primitives dont nous avons été les témoins. Que la construction de ces machines prouve l'existence d'une technologie scientifique, immensément supérieure à la nôtre, ne fait pas le moindre doute. Notre monde pourrait supprimer son rideau de Fer et l'utiliser comme matière première, avec les millions de tonnes de canons, de navires de guerre et de munitions. Mais nous aurons été 'découverts' et colonisés — raison suffisante pour une panique universelle ! Si nous souhaitons éviter une telle catastrophe, les autorités qui sont en possession d'informations importantes ne devraient pas hésiter à éclairer le public aussi vite et aussi complètement que possible et devraient, avant tout, cesser ces simagrées ridicules de mystères et de vagues allusionsFSR 05/06-1955 vol.1, N°2, pp. 17-18.

En fait ce texte est la traduction anglaise d'un article de Jung dans le Die Welwoche de Zurich. Jung s'estime trahi et écrit une lettre au NICAP (à l'APRO ?). Dans le magazine The UFO Investigator The UFO Investigator, vol. 1, n° 5, de Août-Septembre 1958, sa lettre est publiée :

(...) Nous avons à faire à un phénomène ostensiblement physique caractérisé par des apparitions fréquentes, et d'autre part, par sa nature étrange, inconnue et vraiment contradictoire Greslé 1994.

Comme vous le savez je suis un psychiatre et psychologue. Je n'ai jamais vu d'ovni et je ne dispose pas d'information de 1ère main à leur sujet, pas plus qu'à propos de l'attitude douteuse de l'A.A.F. Sur la base de ce manque regrettable je suis dans l'impossibilité de formuler un avis définitif sur la nature physique du phénomène ovni.

(...) C'est un fait curieux, qu'à chaque fois que je fais une déclaration, elle est immédiatement déformée ou falsifiée. La presse semble préférer les mensonges à la vérité.

C.G. Jung, 16.8.19

q>icle de The UFO Investigator continue et éclaire le lecteur :

Dans l'édition de mai-juin 1955 du magazine Britannique "Flying Saucer Review" , des portions de l'interview de Weltwoche sont reproduites, qui, probablement en raison d'erreurs dans la traduction ou de la nécessité de réduire le nombre de mots, aboutit à donner l'impression que le Docteur adhérait complètement à la réalité des ovnis, si ce n'est les acceptait complètement comme des vaisseaux interplanétaires L'auteur n'étant pas précisé, il doit s'agir de Donald E. Keyhoe ou Richard H. Hall.

En 1958 sort un des derniers ouvrages de Jung : Soucoupes volantes : Un mythe moderne. Ce titre fera penser à tort que Jung se prononce en faveur de l'HPS pour expliquer le phénomène ovni en parlant de produit d'une conscience collective, où dans l'inconscient collectif selon Jung, le phenomène ovni peut-être associé au mandala. En fait Jung se cantonne à son métier, et se garde d'entrer dans celui des ufologues. Il écrit :

En tant que psychologue, je ne q>se pas de moyens qui me permettraient de contribuer utilement à trancher le problème de la réalité physique des soucoupes volantes. Je peux uniquement me pencher sur l'aspect psychique indéniable du phénomène, et je me contenterai donc, dans ce qui suit, de m'occuper presque exclusivement de ses incidences psychologiques Jung, C. G.:q>Flying Saucers: A Modern Myth of Things Seen in the Skies , Fondation Bollingen, 1 janvier 1979. Traduit Jung, C. G.: Soucoupes volantes : Un mythe moderne, Gallimard, Paris 1961, p. 29.

Pour lui la "rumeur" des soucoupes volantes à travers le monde pose un véritable au problème au psychologue, pour de nombreuses raisons. Jung se pose la question : si le phénomène n'est que fantaisie, pourquoi une telle rumeur existerait-q>? Jung spécule qu'il doit exister un désq>ns la population générale de croire en elles. Il indique :

Les nouvelles affirmant l'existence des ovnis sont bienvenues, mais le scepticisme semble être indésirable... croire que les ovnis sont réels convient à l'opinion, tandis que l'incrédulité doit être découragée... Il y a une tendance dans le monde à croire aux soucoupes et à les vouloir réelles, aidée inconsciemment par une presse qui d'un autre côté n'a aucune sympathie pour le phénomène. Jung pose alors une question plus incisive : Pourquoi serait-il plus désirable que les soucoupes existent que non ?

Mais il faut tout de même releq>u'à la fin de son étude susmentionnée, après s'être livré à tous les développements théoriques que lui offrait sa science, Jung écrit (au chapitre 6) :

Il n'y a que trop de bons de bons motifs, malheureusement pour interdire que nous nous débarrassions du problème de façon aussi simple. D'après les informations que j'ai pu recueillir, nous ne pouvons nier le fait, établi par de nombreuses observations, que les soucoupes volantes ont été perçues non seulement de façon visuelle, mais aussi qu'elles ont été enregistrées sur l'écran du radar et — last but not least — également, bien que rarement, sur la plaque photographique. Je m'appuie ici sur les rapports synoptiques de Edward J. Ruppelt et de Keyhoe, qu'il n'y a pas lieu de mettre en doute sans examen, ainsi que sur le fait que le professeur Donald Howard Menzel, astrophysicien, n'est pas parvenu, malgré toute la peine qu'il s'est donnée, à expliquer par des moyens rationnels un seul des rapports dûment attestés. Donc, ce dont il s'agit, c'est rien moins que savoir si des projections psychiques donnent lieu à un écho au radar ou, à l'inverse, si l'apparition de corps réels et concrets est susceptible de déclencher des projections d'ordre mythologique.

Et plus loin, dans le même chapitre:q>

Il me semble — sous toutes réserves — qu'il existe une 3ème possibilité : les soucoupes volantes seraient des apparitions matérielles, des entités de nature inconnue qui, provenant probablement des espaces sidéraux, étaient peut-être déjà visibles depuis longtemps pour les habitants de la Terre, mais qui, par manque de commune mesure ou de commune nature, étaient privées de toute possibilité de se faire reconnaître.

On voit donc que Jung était tout à fait ouq>à l'HET, même s'il disait manquer d'éléments pour se prononcer de façon définitive. Mais la matérialité du phénomène ne lui échappait pas ni le ridicule des explications proposées au public amérq> par lq>teur Menzel.

Dennis Stillings a publié une étude sur Jung et les ovnis Stillings, Dennis: Archaeus, vol. 5 (1989), pp. 33-49, où il met en évidence les mauvaises interprétations et traductions des opinions de Jung. A la fin de l'article, Stillings reproduit une lettre de Marie-Louise von Franz (collaboratrice bien connue de Jung), à qui il avait demandé ce que Jung croyait vraiment à propos des ovnis :

Ni le jeune Jung ni le vieux Jung ne croyaient en la réalité d'ovnis extraterrestres. Il pensait qu'il y avait "hors de la matière" quelque chose d'inconnu derrière çà. Mais il était intéressé par les fantaisies si puissantes qui étaient engengrées autour d'eux. "Ils sont psychiquement réels". Dans son papier il analysa la signification de ces fantaisies. C'est tout.

Plus tard, Jung change son point de vue en publiant un rapport dans lequel il conclut que le phénomène ovni est bien réel et non un phénomène socio-psychologique. Il fait partie du bureau du NICAP pendant un certain temps, défendant la diffusion d'informations au public "UFOs Panic Police, Motorists", The UFO Investigator, août-septembre 1965.

Lou Zinsstag, la nièce de Jung, est une ufologue passionnée, et fervente disciple de George Adamski. Elle fournit à son oncle matière à réflexion, comme les photos de Monguzzi sur un glacier du massif de Bernina dans les Alpes, que Jung aurait examinées attentivement sans y trouver le moindre trucage, ce qui confirme que Jung était plus spécialiste en psychologie qu'en photographie.

Jung meurt le à Kusnacht.

Entre où le doute gagne Michel Monnerie, la revue LDLN laisse s'installer dans ses colonnes des débats d'un genre nouveau sur la nature du phénomène. On parle manifestations parapsychologiques (Pierre Viéroudy), on invoque des théories psychiatriques (Jean-Jacques Jaillat, qui interpréte le phénomène à la lueur des théories de Jung), ou psychanalytiques (Josiane et Jean d'Aigure dans La Revue des Soucoupes Volantes à propos des affaires d'enlèvements).

Jung, C. G.: The Psychology of the Child Archetype, 1940 — Présente notamment la mythologie comme ayant le rôle d'une structure sociétale vitale et vivante (et non un ensemble détaché et non-pertinent d'allégories).