Lionel Max Chassin

Chassin naît le à Bordeaux (Gironde), fils de Max Chassin (notaire) et de Suzanne Meriochaud. Il fait ses études au College de Blaye, Lyçée de Bordeaux (il passe son bac math élem et philo à 15 ans et 3 mois), puis l'École de guerre. Il intègre l'École Navale en , où il obtient le diplôme d'ingénieur en . Il reçoit sa 1ère citation avec la Croix de guerre T.O.E. comme enseigne de vaisseau lors des engagements sur les côtes du Rif en . Il sort 1er de l'École d'aéronautique de Rochefort et entre dans l'aéronavale (aviation maritime) en , donnant un cours supérieur de navigation aérienne à Brest en tant que jeune lieutenant de vaisseau. C'est à Agadir, l'hiver de cette année-là, qu'il rencontre Antoine de Saint-Exupéry et fait la connaissance de Mermoz. Il fait partie d'une escadrille chargée de la couverture photographique du Grand atlas et de l'Anti-Atlas, basée à Agadir, alors escale de la ligne Latécoère Toulouse-Dakar. En , il est son professeur au cours supérieur de navigation aérienne (donnant notamment des cours à Saint Ex) ouvert par la Marine à Brest et dont il est le directeur. C'est à cette occasion qu'ils se lient d'une profonde amitié. Les 12 élèves du cours, polytechniciens et saint-cyriens, adoptent vite le pilote de ligne, qu'ils surnomment "Juby" à cause de sa récente provenance. Saint-Exupéry se signale vite par sa vive intelligence et par son étourderie. En mathématiques, il est très fort (sa préparation à Navale l'a beaucoup aidé). Malheureusement, il est occupé par la correction des épreuves de son premier roman Courrier Sud qui polarisait toute son attention. Vient le jour de l'examen du certificat supérieur de navigation aérienne. Le Ministère, voulant que le cours de Chassin reste prestigieux de par sa sélection, oblige le professeur à coller 2 élèves, alors que tous sont excellents. Pour d'obscures raisons, le 11ème et le 10ème sont intouchables. Eh bien, lui dit-on, Collez le 9ème. Le 9ème était Antoine de Saint-Exupéry... Ce qui ne l'empêcha pas un jour de devenir pilote d'essai.

En , officier de la Légion d'Honneur, il rejoint l'Armée de l'Air au moment de sa création et est un des premiers brevetés parachutistes à l'école de saut d'Avignon-Puault en , où il obtient le grade de capitaine. Promu commandant en , il sort de l'École de guerre aérienne en . En , il obtient le diplôme de l'École libre des Sciences Politiques, et représente la France au comité stratégique de Londres puis est affecté en mai au cabinet du chef d'état major de l'armée de l'air. 2 jours après l'armistice, il est à Alger et est envoyé au Maroc. En septembre, il commande le groupe 1/32 composé de Glenn Martin qui reçoit l'ordre de bombarder Gibraltar, mais fait larguer ses bombes au large du rocher. Il est affecté au cabinet militaire du secrétariat d'État à l'aviation à Vichy tout en appartenant au réseau de résistance Ronsard-Troine. C'est lui qui pilote l'avion de l'amiral Darlan lorsque celui-ci se rend à Alger le . Il participe activement aux négociations lors du débarquement américain et est envoyé au Maroc, puis à Dakar, pour rallier les forces françaises à l'effort franco-américain. Lieutenant-colonel en , il est nommé directeur du personnel militaire de l'armée de l'air.

Il va ensuite en en Afrique du Nord (), est nommé lieutenant-colonel (), colonel (), général de brigade (1946). Il pratique le sport avec ferveur : très doué au tir (champion de l'Armée de l'Air en , sera président de la Société de Tir de l'Armée de l'Air), mais aussi pratiquant le tennis et le rugby (sera président du Conseil National du Sport Militaire français, membre du Stade Français).

En il est nommé général de division, puis sous-chef d'état-major de la défense nationale (), commandant la 3ème région aérienne (), commandant de l'aviation en Indochine de .

DAT (1953/1956)

Cette année-là il devient commandant en chef de la Défense Aérienne du Territoire (DAT) à Versailles, avec sous ses ordres le capitaine Clérouin. Ceci jusqu'en , où il est commandant et coordinateur de la Défense Aérienne des forces alliées en Europe centrale auprès de l'OTAN () et général de l'Armée Aérienne (), avant d'être autorisé à bénéficier du congé définitif du personnel naviguant en . Il est Grand Officier de la Légion d'honneur, décoré de la croix de guerre 1939-1945 et des T. O. E., commandeur des Palmes académiques, médaille coloniale, médaille d'or de l'éducation physique (pratique le tennis et le rugby), officier du British Empire, Grand Officier de l'ordre du Vietnam, Médaille de la France libre, Grand Croix du Nicham el-Anouar, etc.

En il participe à la fondation du Mouvement populaire du , avant d'en démissionner en . Cette année-là Chassin déclare :

Devant les phénomènes extraordinaires que, presque chaque jour, un univers inconnu offre à notre étonnement, 3 positions intellectuelles sont possibles :

  1. la crédulité du primitif, qui accepte avec une foi simple les récits les plus merveilleux, admet très aisément le "surnaturel", ne critique pas les témoignages et, en conséquence, se trouve souvent le jouet des charlatans et des escrocs.
  2. le crédulité de l'esprit fort qui, possédé par la croyance qu'il sait tout, enrage d'être confronté à des phénomènes qui ne cèdent pas à ses convictions. Ne trouvant pas dans son arsenal limité d'explication qui le satisfasse, il choisit de douter des autres plutôt que de lui-même et de récuser les faits les plus indiscutables pour éviter de mettre sa foi en question. Orgueil mal placé et anthropocentrisme périmé depuis Nicolas Copernic et Galilée font finalement de lui un danger pour la science, l'histoire le monde abondamment.
  3. celle du véritable esprit scientifique, qui s'en tient aux faits pour les observer, les rassembler, les trier, les critiquer, les coordonner. C'est l'attitude de la modestie et de la soumission au réel. C'est celle d'Aimé Michel, dans le livre passionnant qu'il consacre à la toujours brûlante question des Mystérieux Objets Célestes, livre qui, j'en suis certain, va complètement renouveler le sujet.

Malgré le peu d'intérêt - pour ne pas dire l'hostilité - qu'à peu près partout dans le monde les organismes officiels ont jusqu'ici témoigné aux pionniers de cette recherche, le public a montré plus de prudence. L'homme de la rue a souvent plus de flair que certains savants, et il croyait déjà aux aéroplanes alors même qu'un professeur en Sorbonne démontrait l'impossibilité du plus lourd que l'air. Que des phénomène étranges aient été observés, voilà qui ne fait plus de doute pour personne, et les explications dites "psychologiques" semblent bien avoir fait long feu. Le nombre de gens pondérés, intelligents, cultivés, en pleine possession de leur esprit, qui ont vu "quelque chose" et l'ont décrit, augmente de jour en jour. Des astronomes, des officiers, des ingénieurs, qui se gaussaient des fameuses "Soucoupes" ont dû, comme saint Thomas, venir à résipiscence en ouvrant les yeux. Récuser froidement leur témoignage devient de plus en plus téméraire.

Qu'est-ce d'ailleurs qu'un témoignage ? Si un gendarme vient déclarer, à la barre d'une cour d'assises, "qu'il a vu un homme, muni d'un révolver, traverser la route en poursuivant un autre homme, et disparaître avec lui dans un bois", il ne viendra pas à l'esprit des jurés de discuter ce témoignage. Et si 3 autres gendarmes confirment le fait, et que le châtiment d'un assassin en découle, soyons assurés qu'une tête tombera. Mais que ces 4 gendarmes écrivent un jour, dans un rapport, "qu'ils ont vu un objet en forme de cigare s'approcher rapidement en venant du Nord, stationner pendant plusieurs secondes au-dessus d'un village, puis repartir vers l'Est à une vitesse fulgurante en changeant de couleur", et l'on verra bien des hommes "sérieux" mettre en doute leur intelligence ou leur sobriété. On parlera d'"hallucination", de "ballon-sonde", d'"hélicoptère", de "phénomène lumineux". Ces mêmes esprits sérieux penseraient-ils à absoudre l'assassin si, pour expliquer le 1er témoignage, l'avocat affirmait que les gendarmes n'ont pas su reconnaître 2 chiens en train de folâtrer ?

Que dans la masse des témoignages recueillis, dans des conditions souvent difficiles, il y ait des observations de météorites , de ballons-sondes, et même des récits de fumistes et de demi-fous, voilà qui n'est pas discutables, et c'est justement ce qui impose le tri rigoureux dont nous parlions plus haut. Mais ce tri fait, il reste incontestablement - et tous les rapports américains le confirment - un certain pourcentage d'observations qui résistent à toutes les explications conventionnelles.

On peut donc affirmer qu'il apparaît vraiment, dans le ciel qui nous entoure, de mystérieux objets.

(...) L'affaire est trop grave pour l'humanité ! Le temps des chercheurs privés dépourvus de moyens comme Aimé Michel est passé. C'est aux gouvernements d'entrer en jeu, ne serait-ce que pour échapper à la menace d'une tragédie mondiale comme celle dont l'affaire de la plainte soviétique au Conseil de Sécurité a révélé la possibilité [L'auteur fait allusion à une plainte déposée par les russes, en 1958, contre une alerte atomique déclenchée par les réseaux radar américains. Ceux-ci avaient pris un objet non identifié pour un missile russe]. Car si l'on persiste à ne pas reconnaître l'existence de ces "objets non identifiés", on finira par les prendre pour les projectiles d'un agresseur. Et alors, le pire peut arriver.

Une dernière questiq> pose alors : quelle est l'intelligence qui guide les mystérieux objets ? Et accessoirement, de quels moyens dispose-t-elle ? Questions majeures auxquelles il est pour l'instant impossible de donner une réponse. Nous devons donc nous contenter d'hypothèses.

Intelligence humaine ? Peut-être. Les temps récents n'ont-ils pas montré que certains pays sont capables de faire, en un temps record, des progrès scientifiques énormes et d'en garder le secret absolu ? Hypothèse vexante pour l'Occident, dont nous connaissons les limites ! Mais, tout de même, explication peu probable, car les "objets" semblent bien utiliser des sources d'énergie que l'homme, quel qu'il soit, est encore loin de savoir capter.

Intelligence extra-humaine ? Pourquoi pas ? Le temps est loin où Ptolémée plaçait la Terre au centre d'un système solaire dont il faisait tout l'univers. Eddington n'affirmerait plus aujourd'hui sans doute que notre race est la race suprême et que l'intelligence humaine est la reine de l'univers. Nous sommes revenus à plus de modestie, et nous admettons fort bien qu'il puisse y avoir - et peut-être bien pas si loin de nous - des êtres dont le degré de civilisation dépasse largement le nôtre. Ne nions pas a priori. Gardons une attitude de prudence. Travaillons et réservons notre jugement.

(...) Pourtant, "le vent de tempête qui souffle aujourd'hui sur la physique ne doit-il pas figer sur les lèvres des "hommes raisonnables" bien des rires jusqu'ici méprisants ? Les recherches sur la gravitation que l'on mène en ce moment partout dans le monde n'ont-elles pas l'espoir d'aboutir un jour ? Et le but où nous tendons, qui nous dit que d'autres ne l'ont pas déjà atteint ?

Le destin des précurseurs est de souffrir pour la vérité, mais un jour arrive où on leur rend justice. Aimé Michel a choisi la voie difficile d'une recherche provisoirement discréditée. Puisse son effort n'être pas vain ! Il est capital d'y voir clair. Il est capital de comprendre enfin des phénomènes qui conditionnent peut-être notre avenir (...) A propos des soucoupes volantes - Mystérieux Objets Célestes de Aimé Michel, 1958.

Veuf de Marcelle Momard avec qui il a eut 3 enfants (Max, Pierre et Claude), il se remarie le avec Micheline Poggi-Chalais.

GEPA

A partir de , il préside le GEPA. Sa position et ses déclarations aideront à crédibiliser le phénomène :

Si nous persistons à refuser de reconnaître l'existence de ces objets non identifiés, nous finirons un beau jour, par les prendre pour des missiles guidés d'un ennemi, et il nous arrivera le pire.

Le général Chassin ne nie effectivement pas du tout l'existence d'un phénomène, cherchant à l'expliquer plutôt qu'à l'éluder. Il se passe quelque chose et on l'étudie, dit-il. Sa curiosité ne sera malheureusement pas satisfaite de son vivant. Peu de temps avant sa mort en , il confie à René Fouéré et Françine Fouéré les fondateurs du GEPA : J'aurais bien voulu savoir.

Chassin utilisera le pseudonyme de Guy Severac.

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