Edward Uhler Condon (docteur) (1902-1974)

Home
Rejoignant Westinghouse en 1937, Condon quitte le monde de la recherche universitaire et entâme une carrière réussie de directeur de recherche [Physics Today]
Rejoignant Westinghouse en 1937, Condon quitte le monde de la recherche universitaire et entâme une carrière réussie de directeur de recherche

"Ed" Condon naît le 2 Mars 1902 à Alamogordo (Nouveau-Mexique). Il fait partie de ces jeunes scientifiques qui vont en pélerinage en 1926 à Gottingen et Munich et comprend vite la signification et la puissance de la nouvelle théorie des quantas. De retour de Gottingen, il travaille un court moment comme chargé des relations publiques pour les laboratoires Bell, fait des conférences à l'université de Columbia, puis démarre une carrière académique qui l'emène jusqu'à l'université de Princeton (Minnesota). Là, il publie divers travaux (le premier texte anglais sur la mécanique quantique avec Philip M. Morse en 1929, Théorie du Spectre Atomique avec G. Shortley en 1936) et continue à enseigner (notamment à l'élève Seitz) jusqu'en 1937, où il quitte Princeton pour un poste de Directeur Adjoint des Recherches à Westinghouse, qu'il va faire entrer dans l'âge du nucléaire. Le magazine Time le qualifie même de Roi du Monde Atomique.

Puis la guerre arrive. Il met alors ses compétences au service de la nation en travaillant pour le NDRC et le projet Manhattan. Il ne sera pas à Alamogordo, son lieu de naissance, lors de l'explosion de Trinity sur la petite ville du Nouveau-Mexique.

Après la guerre, Condon est président de l'APS et conseiller scientifique pour le sénateur Brian McMahon, président du comité spécial du Sénat sur l'énergie atomique. McMahon milite pour le contrôle civil du programme des armes nucléaires et reçoit en ce sens le plein soutien de Condon, qui considère ce contrôle civil indispensable pour éviter une guerre nucléaire.

NBS

Howard Menzel, Condon et Walt Roberts partagent un moment de détente le 5 mars 1950
Howard Menzel, Condon et Walt Roberts partagent un moment de détente le 5 mars 1950

A la même époque il quitte Westinghouse pour prendre la direction du NBS, dont il fonde notamment les laboratoires de Boulder (Colorado). Mais très rapidement, et probablement en raison de ses positions sur le contrôle civil de l'armement nucléaire, il est victime d'attaques de l'HUAC (House Un-American Activities Committee) et de son président membre de Congrès J. Parnell Thomas, qui indiquent dans un rapport le 1er mars 1948 qu'il semble que le docteur Condon soit l'un des maillons les plus faibles de notre sécurité atomique. Encore et encore, son accréditation est moult fois révisée, suspendue par le Secrétaire de la Marine, puis re-attribuée, pour être réexaminée à nouveau. Parmi ses détracteurs figure le Vice-Président Nixon, également membre de l'HUAC. En 1951, Il est finalement blanchi, Thomas à la prison de Danbury, mais est convaincu de recevoir des dessous-de-table du personnel de son équipe. Il quitte alors le gouvernement, le NBS, et prend la tête du département de Recherche et Développement de Corning Glass Works. En Octobre 1954, la Marine lui redonne son accréditation dans le cadre d'un contrat de recherche chez Corning pour le gouvernement.

Il retourne ensuite vers l'enseignement, 2 ans à Oberlin et 7 ans à l'Université de Washington, pour enfin revenir à Boulder (Colorado), en tant que professeur de physique et chargé de cours pour le JILA (Joint Institute for Laboratory Astrophysics). Son accréditation est discrètement rétablie, le blanchissant une nouvelle fois. A cette époque en 1964, il est même président de l'Association des Enseignants en Physique (Association of Physics Teachers).

Projet Colorado (1966)

Condon, invité par le président Johnson à la Maison Blanche le 1er août 1966 pour marquer le 20ème anniversaire de l'acte McMahon, dont Condon a fait campagne pour le passage [Physics Today]
Condon, invité par le président Johnson à la Maison Blanche le 1er août 1966 pour marquer le 20ème anniversaire de l'acte McMahon, dont Condon a fait campagne pour le passage

C'est en 1966 que l'USAF charge son université, celle du Colorado, de faire une étude du phénomène ovni, jusqu'en 1968. Dès le début des travaux du projet, Condon déclare :

Je tiendrais à recommander dès maintenant que le gouvernement abandonne l'affaire. Je suis, quant à moi, persuadé qu'il n'y a rien là-dedans. Mais je ne suis pas censé déposer mes conclusions avant 1 an encore. Peut-être que l'étude des phénomènes d'ovnis pourrait être valable pour les groupes qui s'intéressent aux phénomènes météorologiques.

Durant les années 1966 et 1967, un des membres de la commission, David Sauders, fait des recherches dans les archives des négociations avec l'USAF et tombe sur un mémo de Robert Low, coordinateur du projet. Celui donne sa vision de l'organisation du projet dans le but avoué de conclure à la non-inexistence des "soucoupes volantes". Saunders, qui croyait travailler pour une enquête scientifique, découvre qu'il participe à une imposture. Avec son collègue Levine, autre membre du projet, il communique le mémo à MacDonald, qui vocifère sur le directeur Condon, mais commet l'erreur de donner les noms de ses indicateurs : Saunders et Levine sont renvoyés du projet. Suite à cette découverte qui est en fait la goutte faisant déborder le vase, Mary Louise Armstrong, autre membre du projet, démissionnera le 24 février 1968.

Alors que Mstislav Keldysh est président de l'Académie de Sciences russes, le New York Times annonce en Décembre 1967 que l'URSS établit un projet gouvernemental pour étudier les ovnis (le Comité Stolyarov). Frederick Seitz écrit alors le 16 Janvier 1968 à Keldysh, incluant en attachement une lettre de Condon pour Feliks Zigel. Les américains déclareront n'avoir reçu aucune réponse, malgré leurs relances [Blue Book]. De fait, c'est dès Janvier que la dissolution prochaine du Comité Stolyarof est annoncée.

"Restez calme, Dr. Condon — dites-leur simplement que vous ne croyez pas en eux !"
"Restez calme, Dr. Condon — dites-leur juste que vous ne croyez pas en eux !"

Attaqué de toutes parts, après une déclaration de Hynek le 17 Décembre 1968, Condon perd son sang froid et déclare :

Ceux qui édictent des livres sur l'ufologie et les enseignants qui permettent à leur élèves de s'intéresser à cette pseudo-science devraient être fouettés en place publique et bannis à jamais de leur profession.

En 1969, ce qu'il reste de la commission publie le Rapport Condon qui met un terme définitif à la seule étude officielle des ovnis par l'USAF : le projet Blue Book.

Condon lui, part en retraite du JILA en 1970, et décède le 26 mars 1974, sans avoir quitté Boulder (Colorado).

Home